CONTES EN TER S
Il faut avoir un saint pour toute une famille;
Et depuis quelque temps j’ai choisi saint André *.
Je lui suis très dévote ; il m’en sait fort bon gré:
Je l’invoque en secret; j’implore ses lumières ;
Il m’apparaît souvent la nuit dans mes prières :
C’est un des plus grands saints qui soient eu paradis.
A quelque temps de là certain monsieur Denis , Jeune homme bien tourné, fut épris d’Isabelle.
Tout conspirait pour lui ; Denis fut aimé d’elle,
Et plus d’un rendez-vous continua leur amour. Gertrude en sentinelle entendit à son tour Les belles oraisons , les antiennes charmantes / Qu’Isabelle entonnait quand ses mains caressantes Pressaient son tendre amant de plaisir enivré.
Gertrude les surprit, et Se mit en colere.
La fille répondit : Pardonnez-moi, ma mere ;
J’ai choisi saint Denis, comme vous saint André.
Gertrude, dès ce jour plus sage et plus heureuse, Conservant son amant, et renonçant aux saints, Quitta le vain projet de tromper les humains. ,
On ne les trompe point. La malice enviepse Porte sur votre masque un coup-d’ceil pénétrant;
On vous devine mieux que vous ne savez feindre fl Et le stérile honneur de toujours vous contraindre Ne vaut pas le plaisir de vivre librement.
La charmante Isabelle, au monde présentée,
Se forma, s’embellit, fut en tous lieux goûtée, Gertrude en sa maison rappela pour toujours Les doux amusements, compagnons dés amours; " Les plus honnêtes gens y passèrent leur vie.
Il n’est jamais de mal en bonne compagnie. '
Que les Athéniens étaient un peuple aimable ! Que leur esprit m’enchante , et que leurs fictions Me font aimer le vrai sous les traits de la fable !
La plus belle , à mon gré , de leurs inventions Fut celle du théâtre, où l’on faisait revivre Les héros du vieux temps , leurs moeurs , leurs passions.
Vous voyez aujourd’hui toutçs les nations Consacrer cet exemple et chercher à le suivre.
Le théâtre instruit, mieux que ne fait un gros livre. Malheur aux esprits faux dont la sotte rigueur Condamne parmi nous les jeux de Melpomenè!
Quand le eiel eut formé cette engeance inhumaine, La nature oublia de lui donner un cœur.
Un des plus grands plaisirs dn théâtre d’Athene Etait de couronner dans des jeux solcmncls Les meilleurs citoyens , les plus grands des mortels; Eu présence du peuple on leur rendait justice. Ainsij’ai \u Villars, ainsi j’ai vu Maurice,
Qu’un maudit courtisah quelquefois censüra,
Du champ de la victoire allant à l’opéra , 01 Recevoir des lauriers de la main d’une actrice.
Ainsi quand Richelieu revenait de Mabon ,
( Qu’il avait pris pourtant eu dépit de l’enviè : ) Par-tout sur son passage il eut la comédie ;
On lui battit des mains encor plus qu’à Clairon.
Au théâtre d’Eschyle , avant que Melponiene Sur son cothurne altier vînt parcourir la scene,
On décernait les prix accordés aux amants.
Celui qui dans l'année avait pour sa maîtresse
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Faitles plus beaux exploits, montre plus de tendresse ^ Mieux prouvé par les faits ses nobles sentiments-.
Se voyait couronné devant toute la Grece.
Chaque belle plaidait la cause de son cœur,
De son amant aimé racontait les mérites,
Après un beau serment dans les formes prescrites De ne pas dire un mot qui sentit l’orateur,
De n’exagérer rien, chose assez difficile
Aux femmes, aux amants , et même aux avocats.
On nous a conservé l’un de ces beaux débats ,
Doux enfants du loisir de la Grece tranquille.
C’était, il m’en souvient , sous l'archonte Eudamas.
Devant les Grecs charmés trois belles comparurent La jeune Eglé , Téone , et la triste Apamis.
Les beaux esprits de Grece au spectacle accoururent; Ils étaient grands parleurs, et pourtant ils se turent, Econtaut gravement en demi-cercle assis :
Dans un nuage d’or Vénus avec son fils ,
Prêtait à leur dispute une oreille attentive.
La j eune Eglé commente , Eglé simple et naïve ,
De qui la Voix touchante et la douce candeur Charmaient l’oreille et l’oeil , et pénétraient an cœur.