‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de VoltaireChapitre 11 sur 142 · L’ÉDUCATION D’UNE FILLE · texte numérisé non relu

L’ÉDUCATION D’UNE FILLE

Respirait dans la nuit sous un ombrage frais ,

En ignorai t l’usage , et s'étendait auprès ;

Sans savoir l'admirer regardait la nature ;

Pais se levait, allait, marchait à l’aventure,

Sins dessein « sans objet qui pût l’intéresser;’

Ne pensant point encore, et cherchant à penser.

Elle entendit du bruit au boudoir de sa mçre: curiosité l'aiguillonne à l’instant.

»~.e ne soupçonnait nulle ombre de mystère ; Cependant elle hésite, elle approche en tremblanjt, Posant sur l’escalier une jambe eu avant.

Etendant une main, portant l’antre en arriéré,

Le con tendu , l’œil fixe, et le cœur palpitant ,

D’nne oreille attentive avec peine écoutant.

D’abord elle entendit un tendre et doux murmure, Des mots entrecoupés , des soupirs languissants.

Ma niere a dn chagrin, dit-elle entre ses dents,

Et je dois partager les peines qu’elle endure. .

Elle approche; elle entend ces mots pleins de doncenr: André ,mon cher André , vous faites mon bonheur! Isabelle à ces mots pleinement se rassure.

Ma tendresse , dit-elle , a pris trop de souci ;

Ma merc est fort contente , et je dois l'être aussi.

Isabelle à la fin dans son Ut se retire,

Ne peut feriper les yeux ,.sc tourmente, et soupire : André fait des henreux! et de qneUe façon?

Que ce talent est beau !. Mais comment s’y prend-on? Elle revit le jour avec inquiétude. c ... .

Son trouble fut d’abord apperçu par Gertrude. Isabelle était simple, et sa naïveté ‘

Laissa parle* enfin sa curiosité.

Quel est donc cet André, loi dit-elle , madame. Qui fait, à ce qu’on dit , le bonheur d’une femme ? Gertrude fut confuse; elle s’apperçut bien Qu’elle était découverte. et n’en témoigna rien:

Elle sc composa ; puis répondit : Ma fille,

Page 1