‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de VoltaireChapitre 139 sur 142 · CCXXVII. ADIEUX A LA VIE · texte numérisé non relu

CCXXVII. ADIEUX A LA VIE

A Paris,. 1778.

A die u ; je vais dans ce pays D’où ne revint point feu mon pere :

Pour jamais adieu , mes amis, * *

Qui ne me regretterez guere.

Vous en rirez , mes ennemis.

C’est le requiem ordinaire.

Vous en tâterez quelque jour ;

Et lorsqu’aux ténébreux rivages Vous irez trouver vos ouvrages,

Vous ferez rire à votre tour.

Quand sur la scene de ce monde Chaque homme a joué son ràlet,

a 5o POÉSIES MELÉES.

En partant il est à la ronde Reconduit à coups de sifflet.

Dans leur deruiere maladie J’ai vu des gens de tous états,

Vieux évêques , vieux magistrats , Vieux courtisans à l’agonie :

Vainement en cérémonie Avec sa clochette arrivait L’attiraiï de la sacristie ;

Le curé vainement oignait Notre vieille a me à sa sortie ;

Le public malin s’en moquait 5 La satire un>moment parlait Des ridicules de sa vie , z Puis à j amais on l’oubliait :

Ainsi la farce était finie.

Petits papillons d’un moment , Invisibles marionnettes ,

Qui volez si rapidement De Polichinelle an néant ,

Dites-moi donc ce que vous êtes.

Au terme où je suis parvenu Quel mortel est le moins à plaindre ?

C’est celui qui sait ne rien craindre , Qui vit et qui meurt inconnu.

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