‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de VoltaireChapitre 28 sur 142 · LA VANITÉ · texte numérisé non relu

LA VANITÉ

Q h'ai-tü, petit bourgeois d’une petite ville? Quel accident étrange , en allumant ta bile, .

A sur ton large front répandu la rougeur?

D’où vient que tes gros yeux pétillent de fureur? Réponds donc. — L’univers doit venger mes injures; /

L’univers me contemple , et les races futures Contre mes ennemis déposeront pour moi.

— L’univers , mon ami , ne pense point à toi. L’avenir encor moins: conduis bien ton ménage, Divertis-toi, bois , dors, sois tranquille, sois sage. De quel nuage épais ton crâne est offusqué !

— Ah î j’ai fait un discours, et l’on s’en est moqué l Des plaisants de Paris j’ai sentila malice :

iOO SATIRES.

Je vais me plaindre au roi, qui me rendra justice; Sans doute il punira ces ris audacieux.

— Ya ; le roi n’a point lu ton discours ennuyeux ;

Il a trop peu de temps , et trop de soins à prendre ; Son peuple à soulager, ses amis à défendre ,

La guerre à soutenir : en un mot les bourgeois Doivent très rarement importuner les rbis.

La cour te croira fou : reste chez toi , bon homme.

«— Non , je n’y puis tenir ; de brocards on m’assomme. Les quand y les qui, les quoi, pleuvant de tous côtés^ Sifflent à mon oreille, en cent lieux répétés.

On méprise à Paris mes chansons judaïques.

Et mon Pater anglais, et mes rimes tragiques.

Et ma prose aux quarante ! un tel renversement D’un état policé détruit le fondement ;

L’intérêt du public se joint à ma vengeance ;

Je prétends des plaisants réprimer la licence. '

Pour trouver bons mes vers il faut faire une loi :

Et de ce même pas je vais parler au roi.

Ainsi, nouveau venu, sur les rives de Seine,

Tout rempli de lui-même, un pauvre énergumeno De son plaisant délire amusait les passants.

Souvent notre amour-propre éteint notre bon sens ; Souvent nous ressemblons aux grenouilles d’Homerer Implorant à grands cris le fier Dieu de la guerre , 1 Et les Dieux des enfers, et Bellone, et Pallas ,

Et les foudres des cieux, pour se venger des rats.

Voyez dans ce réduit ce crasseux janséniste,

Des nouvelles du temps infidèle copiste.

Vendant sous le manteau ces mémoires sacrés De bedeaux de paroisse, et de clercs tonsurés.

Il pense fermement , dans sa superbe extase , Ressusciter les temps des combats d’Athanase.

Ce petit bel esprit , orateur du barreau ,

Alignant froidement ses phrases au cordeau,

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