LA VANITÉ
Citant maî-à-propos des auteurs qq’il ignore,
Voit voler son beau nom du. couchant à l’aurore ;
Ses flatteurs à diné l’appellent Cicérou.
Berthier dans son college est surnommé Varron.
Un vicaire à Chaillot croit que tout homme sage Doit penser dans Pékin comme dans son village :
Et la vieille badaude, au fond de son quartier ,
Dans ses voisins badauds voit l’univers entier.
Je suis loin de blâmer le soin très légitime De plaire à ses égaux, et d’ètre en leur estime.
Un conseiller du roi sur la terre inconnu Doit dans son cercle étroit , chez les siens bien venu , Etre approuvé du moins de ses graves confrères ; Mais on ne peut souffrir ces bruyants téméraires Sur la scene du monde ardents à s’étaler.
V"eux-tu te faire acteur? on voudra te siffler. Gardons-nous d’imiter ce fou de Diogene Qui, pouvant chez je s siens, en bon bourgeois d’ Athene ,
A l’étude , au plaisir doucement se livrer ,
Vécut dans un tonneau pour se faire admirer.
Malheur à tout mortel, et sur-tout dans notre âge, Quj se fait singulier pour être un personnage !
Piron seul eut raison quand, dans un goût nouveau. Il fit ce vers heureux, digne de son tombeau-,
Ci gît qui ne fut rien. — Quoi que l'Orgueil en dise, Humains , faibles humains , voilà votre devise. Combien de rois , grands Dieux ! jadis si révérés , Dans l’éternel oubli sont en foule enterrés !
La terre a vu passer leur empire et leur trône.
On ne sait en quel lieu florissait Babylone.
Le tombeau d’Alexandre , aujourd’hui renversé , Avec sa ville alticre a péri dispersé.
César n’a point d’asyle où son ombre repose :
Et l’ami Pompignan pense être quelque chose !
ÇOIÎTES EN VERS, etc. Q
Jf w