‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de VoltaireChapitre 29 sur 142 · LA VANITÉ · texte numérisé non relu

LA VANITÉ

Citant maî-à-propos des auteurs qq’il ignore,

Voit voler son beau nom du. couchant à l’aurore ;

Ses flatteurs à diné l’appellent Cicérou.

Berthier dans son college est surnommé Varron.

Un vicaire à Chaillot croit que tout homme sage Doit penser dans Pékin comme dans son village :

Et la vieille badaude, au fond de son quartier ,

Dans ses voisins badauds voit l’univers entier.

Je suis loin de blâmer le soin très légitime De plaire à ses égaux, et d’ètre en leur estime.

Un conseiller du roi sur la terre inconnu Doit dans son cercle étroit , chez les siens bien venu , Etre approuvé du moins de ses graves confrères ; Mais on ne peut souffrir ces bruyants téméraires Sur la scene du monde ardents à s’étaler.

V"eux-tu te faire acteur? on voudra te siffler. Gardons-nous d’imiter ce fou de Diogene Qui, pouvant chez je s siens, en bon bourgeois d’ Athene ,

A l’étude , au plaisir doucement se livrer ,

Vécut dans un tonneau pour se faire admirer.

Malheur à tout mortel, et sur-tout dans notre âge, Quj se fait singulier pour être un personnage !

Piron seul eut raison quand, dans un goût nouveau. Il fit ce vers heureux, digne de son tombeau-,

Ci gît qui ne fut rien. — Quoi que l'Orgueil en dise, Humains , faibles humains , voilà votre devise. Combien de rois , grands Dieux ! jadis si révérés , Dans l’éternel oubli sont en foule enterrés !

La terre a vu passer leur empire et leur trône.

On ne sait en quel lieu florissait Babylone.

Le tombeau d’Alexandre , aujourd’hui renversé , Avec sa ville alticre a péri dispersé.

César n’a point d’asyle où son ombre repose :

Et l’ami Pompignan pense être quelque chose !

ÇOIÎTES EN VERS, etc. Q

Jf w

Page 1