‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de VoltaireChapitre 32 sur 142 · LE RUSSE A PARIS · texte numérisé non relu

LE RUSSE A PARIS

Non , je ne le tiens pas assuré de sa vie.

Les Berlhiers , les Ghaumeix , et j usqnes aux Frérons, Déjà de l’imposture embouchent les clairbns ; L’hypocrite sourit . l’énergumene aboie ;

Les chiens de Saint-Médard s’élancent sur ietir proie ; Un petit magistrat à peine émancipé,

Un pédant sans honneur à bicètre échappé ,

S’il a du bel esprit la jalouse manie.

Intrigue , parle , écrit , dénonce , calomnie ,

F.n crimes odieux travestit les vertus ;

Tous les traits sont lancés, tons les rets sont tendus. On cabale à la cour ; on amente , on excite Ces petits protecteurs sans place et sans mérite. Ennemis des talents , des arts , des gens de bien ,

Qui se sont faits dévots de peur de n’être rien. N’osant parler au roi, qui hait la médisance, ,

Et craignant de ses yeux la sage vigilance ,

Ces oiseaux de la nuit ^rassemblés dans leurs trous. Exhalent les poisons de leur orgueil jaloux : Poursuivons , disent-ils , tout citoyen qui pense.

Un génie ! il aurait cet excès d’insolence U n’a pas demandé notre protection !

Sans doute il est sans moeurs et sans religion ;

Il dit que dans les cœurs Dieu s’est gravé lui-même. Qu’il n’est point implacable , et qu’il suffit qu’on l'aime.

Dans le fond de son atne il se rit des Fantins,

De Marie Alacoque , et de la Fleur des saints.

Aux erreurs indulgent , et sensible aux miseres ,

U a dit, on le sait, que les humains sont freres ;

Et dans un doute affreux lâchement obstiné ,

Il n’osa convenir que Newton fût damné.

Le brûler est une œuvre et sage et méritoire.

Ainsi parle à loisir ce digne consistoire.

Des vieilles , à ces mots , aù ciel levant les yeux , Demandent des fagots pour cet homme odieux ;

)o 3 SATIRES.

Et des petits pochés commis dans leur jeune âge Elles font pénitence en opprimant un sage.

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