LE RUSSE À PARIS. 10 S
LE RUSSE
j Noos n'en avons jamais rien appris.
le rxftisiEir.
Les barbares !
Hélas ! en leur faveur mon esprit abusée »
Avait cru que le Nord était civilisé. '
LE RUSSE
Je viens pour me former sur Tes bords de la Seine ; C’est un Scythe grossier voyageant dans Athene, Qni vous conjure ici, timide et curieux.
De dissiper la nuit qui couvre encor ses yeux.
Les modernes talents que je cherche à connaître Devant un étranger craignent-ils de paraître?
Le cygne de Cambrai , l’aigle brillant de Meaux, Dans ce temps éclairé n’ont-ils pas des égaux?
Leurs disciples , nourris de leur vaste science , N’ont-ils pas hérité de leur noble éloquence ?
LE PARISIEN
Oui , le flambeau divin qu’ils avaient allumé Brille d’un nouveau feu , loin d’être consumé ;
Nous avons parmi nous des peres de l’Eglise.
le russe. k
Nommez-moi donc ces saints que le ciel favorise.
LE PA.RISIEK.
Maître Abraham Chaumeix, Hayer le récollet ,
Et Berthier le jésuite, et le diacre Trublet,
Et le doux Caveirac , et Nonotte , et tant d’autres , Ils sont tous parmi nous ce qu’étaient les apôtres Avant qu’un feu divin fût descendu sur eux :
De leur siecle profane instructeurs généreux ,(i) Cachant de leur savoir la plus grande partie,
( i ) Peu d’auteurs se sont servis du mot instructeur , qui semble manquer à notre langue. On voit bien que c’est un Russe qui parle. Ce terme répond à celui de coukaski, qui est très énergique eu slavon. *
io6 SATIRES.
Ecrivant sans esprit , par pnre modestie.
Et par piété même ennuyant les lecteurs.
Ii E RUSSE.
Je n’ai point encor lu ces solides auteurs.
Il faut que je vous fasse un aveu condamnable:
Je voudrais qu'à l’utile on joignit l’agréable ;
J’aime à voir le bon sens sons le masque des ris ;
Et c’eSt pour m’égayer que je viens à Paris.
Ce peintre ingénieux de la nature humaine Qui fit voir en riant la raison sur la scene.
Par ceux qui l’ont suivi serait-il éclipsé?
T. E r A RI SIEN.
Vous parlez de Moliere ; oh ! son régné est passé ;
Le siecle est bien plus fin ; notre scene épurée Du vrai beau qu’on cherchait est enfin décorée :
Nous avons les remparts , nous avons Ramponeau ; Au lieu 'du Misanthrope on voit Jacques Rousseau ,
' Qui, marchant sur ses mains, et mangeant sa laitue , Donnç un plaisir bien noble au public qui le hue. Voilà nos grands travaux ,nos beaux arts , nos succès , Et l’honneur éternel de l’empire français.
A ce brillant tableau connaissez ma patrie.
LE RUSSE’
Je vois dans vos propos un peu de raillerie;
Je vous entends assez : mais parlons sans détour ; Votre nuit est venue après le plus beau jour.
Il en est des talents comme de la finance ;
La disette aujourd’hui succédé à l’abondance;
Tout se corrompt un peu , si je voqs ai compris.
Mais n’est-il rien d’illustre au moins dans vos débris? Minerve de ces lieux serait-elle bannie?
Parmi cent beaux esprits n’est-il plus de génie ?
LE FA.RISIEN.
TJngénie Pah , grand Dieu ! puisqu’ilfantm , ’expliquer, S’il en paraissait un qne l’on pût remarquer,
Tant de témérité serait bientôt punie.