‹ Contes en vingt lignesChapitre 11 sur 25 · L'AIR ET LEAU · texte numérisé non relu

L'AIR ET LEAU

TOUT en se promenant au bord d'un gouffre, le Médecin dit au Poète :

■ — De quoi te plains-tu ? Ton œil est ouvert, je te vois debout, tu n'es pas malade.

Mais le patient répondit :

— Si l'oiseau qui a des ailes devait vivre plongé dans l'eau le plaindrais-tu ?

— Oui.

— Si le poisson que la mer baigne devait en sortir pour vivre dans l'air, le plaindrais-tu ?

^ Oui.

. — ' Je suis le nageur qu'une main mauvaise a tiré des flots, il faut que je meure.

Je suis l'être ailé fait pour les nuages, mon âme légère l'homme l'a touchée, elle est devenue de plomb.

Mon cœur a mille fins, comme elle, il m'entraîne.

Et il se laissa choir dans l'abîme sans fond.

Page 1