LA STATUE
UN grand seigeur, qui ne vivait que pour sa femme, la perdit.
Sur son ordre un artiste des plus renommés fut appelé au chevet de la morte, la contempla longuement et fit d'elle une statue si ressemblante qu'on croyait la voir respirer. Chaque jour, le mari désespéré allait passer des heures aux pieds de la dame de marbre.
Jalouse de sa douleur, sa mère lui dit :
« Vos regrets sont bien criminels, car notre espoir doit être au-delà, de la terre •.
Et ce jour là, plus triste encore, le veuf s'en fut retrouver la froide image.
Comme il prenait en ses mains les mains Jointes, celles-ci s'entr'ouvrirent et, sur les doigts vivants, se refermèrent à jamais.
Chacun put voir la récompense de ce persévérant amour car, dans son émotion d'avoir animé la statue, le seigneur mourut de bonheur, prisonnier du fantôme qu'il avait adoré.