‹ Contes en vingt lignesChapitre 18 sur 25 · LA RIVIERE · texte numérisé non relu

LA RIVIERE

UN sage, cheminant sur une route, vit un homme absorbé, qui paraissait rempli de tristesse.

— Quel est ton mal? lui cîit-il.

— Je me souviens.

— Ne garde pas le souvenir plus que le toit ne garde la fumée, plus que l'arbre ne garde l'oiseau ; il est plein de traîtrise et s'enfonce comme une épine dans le fruit sacré du cœur.

— Donne-moi donc un remède.

— Invoque la noble IndiiTérence, la voici qui vient.

— Q,iie fais-tu tlu souvenir ? lui demanda le désolé.

La nouvelle venue étendit la main.

— Il est là-bas, je le laisse dormir, couché dan» la cendre de l'horizon, et je vais!

Le malheureux eut un soupir.

— Tu n'es pas faite pour moi !

Et l'Indifférence passa.

Une rivière coulait tout près de là. L'homme se leva, alla déposer sur la berge son ambition, sa souffrance, et quelques objets précieux, puis ayant regardé une dernière fois en lui et autour de lui la lumière et la vie, il plongea et disparut.

Tous les roseaux chantaient, car le jour était beau.

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