‹ Contes espagnols;Chapitre 5 sur 14 · LA VIERGE DE REUS · texte numérisé non relu

LA VIERGE DE REUS

A l'heure du crépuscule où la clarté est douteuse, je te vis pour la première fois, tu m'apparus belle et immaculée, ô sainte consolatrice I ô étoile du matin! Les vierges que les peuples entourent d'un saint respect, dont les antiques traditions rehaussent la beauté, et qui, à travers les siècles conservent leurs gloires, ne sont pour moi ni si pures, ni si belles.

La Vierge traditionnelle me fut toujours sacrée, de même que l'amour à ma patrie me fut toujours cher; j'aime la foi que nos pères avaient en elle! comme eux aussi, j'aime leur foi dans la liberté. 0 Vierge 1 ma patronne, toi qui exiles les douleurs du cœur, tu es l'arc-en-ciel de la paix et la consolation

lio VICTOR BALAGUER

dans les guerres ; le barde des montagnes, le troubadour de l'âpre Montserrat, vient te saluer.

Eternelle lumière de la vie, tu es le vase des plus pures essences, descendu pour apaiser les tourments de ce monde, tu es la source la plus pure des bonheurs spirituels, parmi les lis tu es la plus chaste des fleurs, le bijou du ciel et de la terre. Gardienne d'une cité qui est riche en faits de gloire, elle unit, ô Vierge ! son histoire à la tienne ; pour elle tu es le soleil d'amour, la clarté de la victoire, tu es son plus riche joyau, son trésor le plus beau.

0 toi, claire fontaine des amours, fontaine riche et cristalUne, plus pure que le soufle du vent, plus douce que le miel ; tu as un palais richissime, auberge passagère, qui est un port de salut pour les naufragés et un alcázar pour les fidèles. Tu promènes ton regard sur une plaine riche en fleurs et en arbres, dont les brises du ciel sont pures ; car pour toi, ô reine, pour toi, ô soleil de beauté, la terre est un jardin de fleurs, le ciel un jardin d'étoiles.

LA VIERGE DE REUS ill

Les brises amoureuses voltigent sur ton front, et toi, ô Vierge ! tu respires à toute heure le parfum des fleurs ; à tes pieds l'on dépose des prières silencieuses, et loi, ô Vierge ! à toute heure tu respires les parfums des cœurs. La forêt voisine t'envoie les mystérieux murmures des doux et harmonieux cantiques des oiseaux ; pour toi, Etoile de la mer ! Vierge sacrée ! murmures, voix, aromes, tout est parfum d'amour.

Riches et heureux mortels, encensez-la dans vos prières, car elle est la consolatrice des affligés et le miroir de la vertu ; pour elle, ô généreux bardes ! dont les harpes chrétiennes n'ont jamais manqué de foi, trouvez des louanges. Envoie-lui les baisers, ô brise douce et fraîche de la marée ! donnez-lui vos parfums, fleurs de la prairie, lorsque le jour tombe, lorsque l'aube commence à luire, chantezlui vos hymnes, oiseaux de la vallée ! !

VICTOR BALAGUER

(Légende Catalane)

Un jour, le soleil s'obscurcit subitemeut, les étoiles tretiiblottantes apparurent au ciel, les entrailles de la terre tressaillirent, les murs des édifices s'écroulèrent, les pierres roulèrent, les rochers se fendirent, les morts sortirent de leurs sépulcres, épouvantés et couverts de leurs suaires ; et leurs orbites béantes interrogèrent l'espace.

L'Homme-Dieu mourait sur une croix de bois, dressée au sommet du Golgotha ; et à son dernier soupir, la nature répondit par un cri d'agonie.

Montserrat, non-seulement frémit, mais voulut porter éternellement le deuil du Créateur. Ses cimes élevées se séparèrent, de profonds abîmes s'ouvrirent dans ses flancs, le mont entier s'ébranla

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et, depuis, Briarée aux cent bras laissa dans chaque roc isolé, dans chaque pyramide solitaire, un perpétuel témoin de sa douleur.

Dieu, en récompense, tapissa ses rochers avec tout le luxe et l'opulence d'une splendide végétation.

Croyez-en ce que bon vous semblera. Que les uns attribuent ce phénomène de la montagne à l'œuvre capricieuse d'un volcan ; que d'autres le représentent comme une des suites des bouleversements* occasionnés par le déluge ; quant à nous, poètes chrétiens, nous acceptons la tradition, telle que les temps nous l'ont conservée. Et de fait, peut-il y avoir rien de plus poétique et de plus touchant ?

Les Romains, maîtres du monde, opulents aventuriers promenant par toute la terre les enseignes de leurs légions, s'arrêtèrent, frappés d'admiration, à la vue de ce mon(.

Ils crurent, qu'à l'abri de ces rochers, protégés par ces murailles de granil, ils pourraient établir un séjour de délices, et, de même que dixsept siècles plus (ai'd, Napoléon pensa que les AI-

pes seraient un somptueux tombeau pour le guer- ' rier de Marengo, ils pensèrent, eux, que Montserrat serait un magnifique piédestal pour les colonnes d'un temple.

Aussi, Vénus eut son temple â Montserrat. P]t l'on entendit dès lors sur la haute montagne, résonner les chants bachiques des filles de Rome, qui, vêtues de leurs tuniques flottantes, allaient danser autour de l'autel et couronner de fleurs la statue de la déesse.

La montagne dont les entrailles s'étaient déchirées à la mort du Christ, dut prêter ses échos aux chants profanes des prostituées romaines.

Chaque nuit, lorsque la povn^pre que le soleil couchant projette sur lesnuages, à son déclin, disparaissait du ciel, une jeune fille, ou plutôt une fillette, traversait la plaine, et, prenant un sentier qui semblait n'avoir jamais été foulé par des pas humains, s'introduisait furtivement dans un bosquet de sapins, dont les branches étendaient leur ombre fraîche à l'entrée d'une caverne.

Dans un coin de cette caverne, se dressai!, sur une

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pierre qui lui servait d'autel, une image grossière de Saint-Miehel sculptée par un chrétien que l'on avait arraché un soir de sa retraite, pour le conduire au supplice.

L'enfant allait se prosterner devant la statue et lui demandait, dans un sublime élan d'amour, de faire d'elle aussi, une sainte martyre.

Une nuit que les arbres balançaient amoureusement leurs chevelures touffues au souffle d'une douce brise ; que les fleurs entouraient de leurs aromes exquis les contours de la caverne ; que la lune y introduisait ses pâles rayons, enveloppant dans un pâle manteau de suave clarté la statue de Saint- Michel, l'enfant qui pour la centième fois répétait sa prière, entendit tout à coup un chant pur, au sein de l'épaisse ramure.

C'était la voix du rossignol.

Et, chose étrange ! l'oiseau lançait des notes que la fillette comprenait.

Il chantait ainsi :

— « Tout vient de Dieu et retourne à Dieu. En un instant il donne la vie à la rose et, en un instant, il

la flétrit. Il laisse vivre l'homme quelques années, comme il permet à une lampe de briller dans le fond d'une crypte. Il souffle un jour sur la lampe et elle s'éteint ; il souffle sur l'homme et il meiu^t. Dieu aime la prière qui ' est la rosée de l'àme. Dieu envoie à l'enfant chrétienne le baume des larmes pour l'attendrir et le chant du rossignol pour l'encourager. »

Alors le rossignol entonna un cantique si plein de foi, que la flUette en fut toute émue, et d'abondantes larmes tombèrent comme des perles de ses paupières baissées.

Le lendemain, en pénétrant dans la caverne, elle vit un rossignol, posé sur une branche. En apercevant la fillette, le chantre des bois battit joyeusement de l'aile.

— « Salut, chanta-t-il, salut à l'enfant à qui l'amour de Dieu fait ambitionner les palmes des martyrs ! Confiance et espoir en Dieu ! Un ange annonça jadis à Abraham que sa postérité serait nombreuse comme les grains de sable de la mer et comme les étoiles du ciel ; le rossignol annonce au-

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jourd'hui à l'enfant que Dieu va lui permettre de voir l'extension de sa colère ».

Et, comme la fiUette l'écoutait sans le comprendre, elle leva vers lui ses grands yeux bleus; alors, l'oiseau messager du Seigneur, continua :

— « Jéricho tombe au son des trompettes ; Sodome et Gomorrhe voient s'étendre sur elles la nuée noire qui portait l'extermination des peuples. Confiance et espoir en Dieu!... L'enfant chrétienne doit suivre le rossignol des bois à travers les aspérités du chemin, comme autrefois les Israélites suivirent la colonne de feu à travers le désert »,

Et, sautant de branche en branche, l'oiseau s'éloigna en chantant, dans son langage, les louanges du Seigneur.

La fillette suivit le rossignol.

îls arrivèrent ainsi au sommet de la montagne. Un temple magnifique s'y dressait et, entre ses colonnes passaient des rayons de lumières. De l'intérieur venaient les chants des prêtresse, qui, à peine voilées par la gaze de leurs tuniques, tournaient autour de la déesse des amours et versaient des

parfums sur la tête des jeunes bacchantes groupées aux pieds de Vénus et de Jupiter, que Vulcain protégeait de ses filets.

L'enfant était à peine arrivée, derrière le rossignol, qu'elle entendit un grand fracas. Les colonnes corinthiennes qui soutenaient l'édifice, tombèrent, brisées, entraînant la voûte à leur suite.

Et elle aperçut alors une nuée blanche qui se formait au-dessus d'une roche élevée; la nuée s'illumina d'un reflet de pourpre, puis se déchira ainsi qu'un voile léger et saint Michel apparu!, ses ailes diaphanes déployées et tenant à la main son épée de feu.

Au même moment le monceau de ruines qui restait du temple, se couvrait de mousse et de fleurs ; et le temple ne fut plus qu'un immense bloc de granit, par les crevasses duquel l'herbe sortit en abondance, humide de rosée.

Et tandis que saint-Michel, se dérobant derrière le nuage refermé, s'élevait lentement dans l'espace, ainsi qu'un aigle en son vol majestueux, le rossignol fit de nouveau entendre sa voix :

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— « Heureuse celle à qui Dieu a permis de voir les eifets de sa puissance ! Tout vient de Dieu et retourne à Dieu ! Salut ! salut à l'enfant chrétienne qui croit et espère ! Gloire à Dieu ! . . . »

Et la fillette, tombant à genoux, murmura avec ferveur :

— « Gloire à Dieu ! »

Telle est la ballade que ma nourrice me chantait, étant enfant, pour m'endormir dans mon berceau.

VICTOR BALAGUER

Le dix-huitième siècle naissait quand le successeur de PhillippelV, le pauvre Charles II, dernier représentant de la maison d'Autriche, en Castille, descendait au tombeau.

Un des meilleurs écrivains contemporains a popularisé le règne de ce monarque, en le faisant entrer, presqu'enlier, dans l'action du drame intitulé : Charles II l'Enchanté.

Triste roi et triste règne que le sien !

La maison d'Autriche avait commencé, en Es pagne, par où toutes choses finissent et s'était terminée par où toutes commencent. Elle avait commencé par un héros et fini par un enfant ; l'œuvre

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(racée au début par un géant, s'échappait détruite, des mains d'un nain. Charles-Quint, portrait d'empereur, était le créateur de la dynastie qui s'éteignait avec Charles II, parodie de roi.

Durant son règne — en l'an 1678 — on construisit une église à Madrid.

— A qui dédierons-nous ce nouveau temple? demandait-on sans cesse à V Enchanté ?

— Nous verrons, répondait le roi. Qu'on l'achève d'abord.

Enfin, un jour, le temple fut achevé.

— A qui la dédicace de cette église, sire ?

— A la vierge qui ait le plus de fidèles, dit le monarque ; à la plus renommée et la plus fameuse ; à celle qui ait obtenu le plus de remerciements de mon peuple.

Un synode fut convoqué, auquel fut représentée chacune des trois nations de la couronne aragonaise : Catalogne, Aragon et Valence.

Les habitants de Valence proposèrent Notre- Dame du Puy; les Aragonais, la vierge del Pilar; les Catalans, Notre-Dame de Montserrat.

La première année du dix-huitième siècle arriva et Charles V Enchanté mourut, laissant, à défaut de fils, son trône à un petit-fils de Louis XIV de France, le duc d'Anjou.

Celui-ci vint en Espagne et tint sa cour à Barcelone.

Philippe V se met en chemin pour la capitale de la principauté, avec l'intention de consacrer les lois et privilèges de Barcelone ; mais il envoie une ambassade, pour avertir les conseillers qui devaient le recevoir, qu'ils n'eussent pas à user de leur droit de rester couverts, tant qu'il ne les y aurait pas invités, et que l'on ne lui remît pas les clefs de la ville, ainsi que c'était l'usage.

Barcelone reçoit cette ambassade avec colère. Si Philippe ne voulait pas que les conseillers se couvrissent devant lui, il était clair qu'il leur enlevait ce droit, c'est-à-dire cette prérogative que Charles-Quint leur avait accordée, et que ses successeurs avaient confirmée. Si Philippe ne voulait pas qu'on lui remît les clefs de la. ville, c'était parce

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qu'il s'en croyait déjà maître, par le seul fait d'avoir pris possession du trône de Castille.

Comment croire alors qu'il venait consacrer les lois et privilèges de Barcelone, puisqu'il commençait par abolir deux de ses plus belles prérogatives?

Les conseillers décidèrent d'obéir quand même et vinrent au-devant de Philippe sans lui remettre les clefs et sans se couvrir.

Philippe entra dans Barcelone en carrosse. Ses conseillers allaient à cheval, mais la tête nue, car il ne leur avait pas ordonné de se couvrir. En arrivant au palais, Philippe sortit au balcon et sa canne tomba ! Etrange hasard !

Le peuple toujours prêt à commenter les faits, accepta cette circonstance pour un augure.

La population avait accompagné Philippe en silence jusqu'au palais. La foule était étonnée, voyant que les conseillers allaient, la tête découverte, derrière la voiture. A la mauvaise impression que causait ce fait, ne tarda pas à se joindre celle

d'un nouveau que la tradition nous a conservé et que sa particularité nous oblige à mentionner.

Un sous-lieutenant avait été condamné à la peine de mort. Les soldats castillans le conduisaient au lieu d'exécution, lorsque' le cortège militaire rencontra une procession qu'accompagnait le Saint-Sacrement. Immédiatement, le clerc qui portait l'étendard de Dieu s'avança vers le condamné et l'en couvrit, le déclarant libre au nom du Seigneur. Le capitaine de l'escorte , sans faire attention, écarta assez irrévérencieusement le prêtre qui étendait le pardon de Dieu sur la tête du coupable, et ordonna à seS' soldats de continuer leur chemin, manquant à tous les usages et prérogatives établis.

Ce ne fut pas tout. L'escorte qui emmenait l'officier le fit passer devant le palais du vice-roi, comme si le prince punissait dit un chroniqueur et non la loi qui est celle qui condamne.

Que l'on juge si, sur un peuple aussi attaché à ses principes, aussi religieux que le peuple catalan, les faits que nous venons de raconter, ajoutés à d'autres que la brièveté de cet article nous oblige

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à supprimer, devaient exercer une fâcheuse influence.

De sorte qu'un jour, la cloche sonna, terrible, voix de bronze de la cathédrale, appelant le conseil des Cent.

De ce jour, la Révolution de Catalogne fut un fait accompli.

Entre temps, Philippe V, qui s'était marié à Figueras avec Marie-Louise-Gabrielle de Savoie, retourna à Barcelone, et, de là, passa à Montserrat dont il connaissait la renommée, désireux de plier le genou devant cette vierge qui avait vu s'incliner tous ses prédécesseurs.

Philippe arriva à Montserrat le 24 décembre 1702, accompagné du cardinal de Tré et de plusieurs gentilshommes de la première noblesse espagnole.

La nuit de son arrivée, à minuit, il descendit à la chapelle de Notre-Dame avec son confesseur, et, après avoir baisé les marches de l'autel, il, demeura longtemps en prière. Le lendemain matin, il visita le monastère, vit le trésor, parcourut les

ermitages et passa à la vieille église, où il se fit conter la poétique histoire de Jean Garin, par le duc de Bénévent, qui lui dit la connaître.

Après y avoir séjourné pendant deux jours, il partit, laissant une aumône de deux cents dollars d'or.

Durant ce temps, son épouse visitait la vierge, en compagnie de l'évêque d'Urgel, de la célèbre princesse des Ursins, du marquis de Castel-Rodrigo et de plusieurs autres grands seigneurs.

Marie-Louise resta quelques jours à Montserrat, et dans une fête qui eut lieu alors, elle voulut vêtir la sainte image de ses propres mains, sans permettre qu'on l'aidât dans son travail. De sorte qu'en partant, elle se déclara sa camériste et emporta une toque ainsi que la clef de la porte la plus proche de Notre-Dame , lui laissant en échange une rose en or massif, ornée de cent diamants, bijou de grand prix et d'un goût exquis.

En descendant de Montserrat, Philippe avait rencontré mv son chemin un chevalier de sa mai-

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son, qui montait précisément au monastère, le cherchant.

— Sire ! sire ! s'écria-t-il en arrêtant son cheval.

— Qu'arrive-t-il ? demanda Philippe.

— Voyez, sire ! •

Et le chevalier mit dans la main du roi une monnaie d'argent récemment frappée à en juger par sonéclat. Audos de cette monnaie Barcelone était représentée avec sa robe de matrone, montée sur un cheval, au-dessus d'un monceau de cadavres, et tenant dans sa main la foudre, avec laquelle elle semait la destruction et la mort dans les rangs d'une armée compacte qui formait le fond. Au revers, on voyait un roi, Philippe V, peut-être, fuyant à cheval et laissant tomber la couronne de sa tête.

— Eh bien ! demanda Philippe, que veut dire ceci ?

— Ceci veut dire, répondit le chevalier, que la cloche de Barcelone a réuni le Conseil des Cent, ceci veut dire qu'une décision importante a été prise, que la Catalogne s'est engagée à recoonaître

pour maître l'archiduc Charles, et à l'aider à conquérir, avec ses hommes et soa argent, le trône qu'il dit lui appartenir de droit ; ceci veut dire que l'on a frappé des médailles pour transmettre à la postérité le souvenir du jour où Barcelone proclame Charles III ; ceci veut dire que, dans tous les peuples catalans, la cloche salue de ses accents la révolte naissante, et que, dans tous les camps, retentit le cri universel et énergique de Via fora !

Philippe V se mordit les lèvres jusqu'au sang, et sans répondre, piqua son cheval de ses éperons.

Rien n'était plus certain, Barcelone secouait sa crinière de lion, et, menaçante et provoquante, se jetait, la première, dans la lice. Charles d'Autriche était reconnu roi d'Espagne sous le nom de Charles III, et le duc d'Anjou et la maison de France recevaient Tanathème.

VICTOR BALAGUER

LA CHANSON DE NOEL

(Poésie traduite du Catalan)

LA CHANSON DE NOEL

Le moineau chantait : Aujourd'hui, nuit de Noël, nous verrons naître une étoile, comme jamais plus il n'y en aura ; jamais le monde n'en verra d'aussi belle.

Le rossignol chantait : Ce n'est pas une étoile, mais un soleil étincelant de lumière, pour les hommes, pour les cités, pour les anges et pour les saints, c'est la lumière de l'avenir.

Et l'hirondelle disait : Je traverserai la lumière ainsi que la mer salée, et j'irai par tous les peuples, répandre la nouvelle, dès que l'aube apparaîtra.

L'onde roulante dit, lorsqu'elle termina sa route : Ecoutez, vous tous, hommes ; le Verbe s'est fait homme, et la liberté une doctrine.

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Et l'ange dit : 0 étoile, qui ornes tout le ciel, ô saint fils de Marie ! Les hommes verront le fils de Dieu, sur la croix, mourir dans l'agonie.

Et la rose dit : 0 soleil ! pour toi je porterai le deuil, tant que durera ma vie ! je ne veux plus de la couleur blanche, je veux toujours être vêtue de la couleur du sang.

Et les ondes et les oiseaux, les fleurs et les anges disent à présent : 0 peuples ! Races, Rois ! Avezvous encore dans vos lois la peine de mort ?

Sous de noirs nuages le ciel bleu s'est obscurci ; tout ce qui vit se couvre d'un épais linceul de neige; les rivières et les ruisseaux se sont gelés ; le soleil, allumé, s'est éteint ; la terre semble vide de la bonté de Dieu.

Miracle ! Tout à coup, au milieu de la nuit silencieuse, et par-dessus la neige, la terre reverdit ; on voit le ciel se teindre d'une couleur rose ; les rivières poursuivent leurs cours, la neige est fondue.

Tout ce qui est mort remue ; tout ce qui est inerte

LA. CHANSON DE NOEL 139

revient à la vie, les arbres se balancent avec une verdure luxueuse. Tout ce qui apparaît à la vue, est un jardin fleuri, et dans les cieux on voit apparaître l'étoile de l'amour.

Du sein de la terre, ses esprits candides, comme des fleurs d'or et de pourpre, traversent l'immense espace por tant dans leurs bras des bouquets aromatiques d'où s'exhalent le myrte, l'aloès et l'encens. Et au milieu de la nuit, les anges; battant des ailes, tournent, courent, vont et reviennent, entourés de nuages d'or, et à tous ceux qu'ils rencontrent, et à tous ceux qui les voient, ils disent : Hosanna ! le Sauveur est né.

L'étoile des Rois fait briller ses lumières splendides, l'immensité est remplie par les harmonies angéliques. Et un chœur de voix mélodieuses va partout en chantant et en murmurant : Hosanna 1 Hosanna ! le Sauveur est né.

VICTOR BALAGUER

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