‹ Contes espagnols;Chapitre 7 sur 14 · LA JEUNE FILLE DU CIMETIERE · texte numérisé non relu

LA JEUNE FILLE DU CIMETIERE

Elles sonnent gaiement, elles sonnent les cloches, les cloches de l'église, de l'église de Valldaura. On habille la fiancée, on l'habille de gala, on lui

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met une basquine noire, des mules brodées, un mouchoir et un corsage de soie et la mantille blanche.

Elles sonnent gaiement, elles sonnent les cloches, les cloches de l'église, de l'église de Valldaura.

Pour recevoir le cortège, le fiancé se met en marche, et s'arrête devant le cimetière qui est contigu à l'église. Deux robustes cyprès gardent la porte du cimetière.

Elles sonnent gaiement, elles sonnent les cloches, les cloches de l'église, de l'église de Valldaura.

Soudain le fiancé sent qu'une main le touche à l'épaule. C'est la main d'une jeune fille, cachée derrière le cyprès, qui se présente à ses yeux, pâle et défaite.

Elles sonnent gaiement, elles sonnent les cloches, les cloches de l'église, de l'église de Valldaura.

« — Et moi?... — dit la jeune fille, dont les yeux sortent des orbites. — Qu'est devenu cet amour, cet amour que tu me juras, que cent fois tu me promis en dansant la danse des Rameaux sur la place? »

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Elles sonnent gaiement, elle sonnent les cloches, les cloches de l'église, de l'église de Valldaura.

« Pauvre de moi, qui te croyais ! Pauvre de moi, malheureuse; qui, en te donnant mon cœur, te donnai mon honneur avec lui! Queferai-je, pauvre de moi, pauvre de moi, infortunée ? »

Elles sonnent gaiement, elles sonnent les cloches, les cloches de l'église, de l'église de Valldaura.

Le fiancé passe au large sans l'écouter seulement, et donne la main à la fiancée, et l'accompagne à l'église et devant la jeune fille le cortège passait.

Et elles sonnent gaiement, elles sonnent les cloches, les cloches de l'église, de l'église de Valldaura.

Maintenant ils sont dans l'église : ils s'agenouillent, ils se marient; la jeune fille du cyprès tombe à terre évanouie, poussant un gémissement, et disant : « Dieu me protège!... »

Et elles sonnent gaiement, elles sonnent les cloches, les cloches de l'église, de l'église de Valldaura.

Ils sont sortis de l'église.... la fiancée la rougeur

peinte sur son front. Le fiancé l'embrasse du regard ; et en passant près du cyprès il ne tourne seulement pas la tête.

Elles sonnent gaiement, elles sonnent les cloches, les cloches de l'église, de l'église de Valldaura.

On trouva morte, le lendemain, la jeune fille sous le cyprès. Elle n'avait ni père ni mère, ni amis pour l'ensevelir, et dans la fosse commune, par charité on l'enterra !

Hier gaiement ; aujourd'hui c'est le glas, le glas qu'elles sonnent les cloches, les cloches de l'église, de l'église de Valldaura !

C'était une blanche maisonnette sur le revers d'^^ne montagne. Elle se dressait comme un flocon de neige dans un bois d'orangers, avec deux cyprès à la porte comme des guetteurs pour la veiller, avec un ruisselet d'eau vive murmurant à ses pieds, avec la mer qui, devant elle, miroir du ciel, bleuis-

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sait, et avec la plus belle enfant de la côte catalane. Elle avait le premier parfum des arbres qui l'ombrageaient, elle avait la première haleine de la fraîche brise marine et une enfant à qui donner des murmures, des aromes et des brises. Ah ! ma malsonnette ! Ma maisonnette blanche !

Nous étions tous deux un soir assis sur l'herbette. C'était l'heure du crépuscule, l'heure la plus chaste du jour. Un oranger nous abritait tous deux sous ses branches et nous respirions l'encens de la douce fleur dont les ondes invisibles parfumaient l'espace. Je ne regardais qu'elle, et elle regardait la plage que les vagues de la mer bordaient de fleurs d'argent.

Le ciel était beau et bleu, et les arbres se balançaient sous les douces haleines d'une brise tiède et pure. Il y avait des parfums d'amour dans le murmure des eaux, dans le susurrement des feuilles, dans la brise qui passait ; il y en avait dans nos cœurs et dans nos regards aussi. Ah ! ma maisonnette ! ma maisonnette blanche !

Les heures douces et tendres qui donnent des plaisirs à l'âme, hélas ! qu'elles arrivent tardive-

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ment! hélas, qu'elles passent rapidement! Belle heure du crépuscule, heure toujours sainte pour moi, heure d'expansion, de consolation et d'espérance, à ta lumière douteuse je la voyais toujours, radieuse et claire, brillante étoile de, ma vie, port sauveur de mes angoisses. Et chaque jour je lui disais de ma voix amoureuse :

« C'est l'heure d'aimer ! Aimons-nous ! » Et chaque jour mes paroles s'étouffaient dans un baiser qui enlaçait deux âmes. Ah ! ma maisonnette ! ma maisonnette blanche !

La jeune fille était blonde, était blonde comme un soleil. Amoureuse Anne-Marie, voleuse de mon cœur!

Son père veut qu'elle se marie avec Georges d'Aragon. — Ne faites pas cela, mon père, à moins que vous ne veuillez ma mort, car je suis déjà fiancée au

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flls de dame Melchiore ; il m'a donné l'anneau d'argent et les boucles d'oreilles d'or. —

La jeune fille était blonde, était blonde comme un soleil. Amoureuse Anne-Marie, voleuse de mon cœur !

— De cela je vous garderai, ma fille, j'en perdrais plutôt mon nom. La tour de l'hommage possède une noire prison, et vous serez là toute seulette, sans plaisir ni consolation, jusqu'à ce que vous vous mariiez avec Georges, avec Georges d'Aragon.

La jeune fille était blonde, était blonde comme un soleil. Amoureuse Anne-Marie, voleuse de mon cœur!

— Hirondelles voyageuses, dis à mon amant que je suis enfermée à cause de lui et qu'il me tire de prison. — Descendez par cette échelle, dame de mon amour, car mon cheval nous attend pour nous emporter tous deux. —

La jeune fille était blonde, était blonde comme un soleil. Amoureuse Anne-Marie, voleuse de mon cœur !

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Le père se présente devant eux, avec des éclairs dans les yeux. — Maudit voleur de jouvencelles, que Dieu te donne malemort ! — Le matin d'après on les enterra, dans une même tombe tous deux. Voyageur qui passe ici, dis : — Que Dieu leur ait pardonné. —

La jeune fille était blonde, était blonde comme un soleil. Amoureuse Anne-Marie, voleuse de mon cœur!

Eveille-toi, ma douce amie, avec le premier rayon du soleil, avec la première lueur du jour et avec le chant du rossignol.

Avec ma poésie amoureuse je t'envoie aujourd'hui mon cœur, car la chanson de l'aube est la chanson de l'amour.

Sors pour saluer le jour qui commence son chemin. Tout est douceur, mon amie, tout est amour le matin.

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Le soleil, baiser dont Dieu scelle son amour pour le monde, fait éclore le jour et le calice de la fleur.

Des vagues d'or fondu roulent dans les espaces transparents, les oiseaux volent joyeux, les voix des torrents chantent.

La brise murmure amoureusement à travers les prairies, imitant un bruit de baisers dans les solitudes de la forêt.

Les parfums sont suspendus aux riches calices des fleurs, comme les baisers à la bouche, comme les amours à ton cœur.

Le ciel transparent que le soleil commence à enflammer est aussi pur que la pensée que tu as au réveil.

Le soleil, en passant, a appelé à ta fenêtre. Ouvre tes yeux au soleil, jeune fille, ouvre ton cœur à mon chant.

Car la voix amoureuse, tendre émanation du cœur qui aujourd'hui te chante l'aubade, jeune fille, est la voix de l'amour.

Chaque fois que je vais à ta maison, quand je traverse la chambre verte, mes yeux se fixent sur cette cheminée.

Là, tu brûlas mes lettres un jour que tu te croyais oifensée, et je crois que quelque chose de moi dut brûler avec elles.

Là tu brûlas mes lettres, parce qu'elles étaient les feuilles vivantes d'une histoire aux remembrances éternelles.

Là tu brûlas mes lettres, avec plaisir ou peine, je ne sais; Dieu veuille que ton cœur ne se soit pas envolé avec leurs cendres!

Barcelone 21 décembre.

Tu m'as trahi. Ta perfidie ne peut être plus claire, et cependant tu veux prouver que tu n'es

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pas coupable ; et cependant, tu veux paraître innocente à mes yeux.

Tu m'as trahi. J'essaierai un jour d'écrire ton histoire pour que ton nom demeure parmi les amoureux comme un monument d'horreur et de trahison.

C'est moi qui te quitte. Toi, fausse, tu n'auras même pas la peine de me quitter. Adieu pour jamais ! Je te jure.... mais je ne jure pas, car quelque jour je j^ourrais me parjurer.

Adieu pour jamais! J'ai encore l'espoir de me venger. Tu sauras un jour ce que j'ai souffert, et alors, si tu as encore du cœur, je tiens ma vengeance.

Madrid, 21 avril

Elle ne m'avait pas trahi. Oui, je le disais! Oui, c'était impossible! Elle redevient mienne, elle revient dans mes bras aimant comme toujours, . et

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elle revient, à l'heure où les hirondelles reviennent à leur nid.

Depuis qu'elle est revenue, tout me semble avoir plus de vie et de gaîté. L'air est plus pur, la lumière plus belle et les étoiles brillent d'une clarté plus vive.

Tout s'éveille pour l'exalter. Jamais la rive du Manzanares n'eut de plus belles fleurs qu'à présent ; jamais les brises de Madrid n'eurent plus douce haleine.

L'espace est rempli de parfums et d'arômes, le soleil répand dans les airs des poussières d'or, mon sang frémit, mes lèvres brûlent, et l'âme entière se baigne dans des lueurs d'amour et d'harmonie.

Elle est revenue! Je veux la recevoir ceinte de roses, ma Déesse, ointe de heaumes d'Arabie et de Perse, et entourée de pommes odorantes, d'encens et d'essences !

Avec elle reviennent les nuits sereines pendant lesquelles, veillant à ses pieds, je murmurais de

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douces tendresses, des lais d'amour, des couplets, des chansonnettes.

Oh! que je t'aime, fleur de ma terre, bouche de baisers, nacre de perles, soupir de l'âme, nid d'amours ! Oh ! que je t'aime, vie de ma vie, lumière de mon étoile!

Je boirai de nouveau à pleine coupe les douces amours de ma bien-aimée, et le miel de l'Hymette de ses lèvres, que je suce assoifl'é, et qui me donne toujours une soif nouvelle.

Puisqu'elle est revenue, le^ cieux, en récompense des ameres heures d'absence, me donnent la vie éternelle dans ses bras, mon front oint par le baptême de ses baisers.

Il était minuit. Je te voyais dans le nuage qu'un groupe d'adorateurs formait autour de toi : je te voyais dominer l'un d'un regard, l'autre d'un sourire, coquette avec tous, et je regardais tranquille, calme.

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les bras croisés, sans angoisse, sans jalousie, parce que tes admirateurs ne voyaient, les doux niais — quoiqu'une mer de lumière remplit le salon — ni le baiser caché que m'envoyait sans remords ta petite main blanche jouant avec tes lèvres, ni le serrement de mains que dans l'ombre du mystère, sans que personne le vît, nous nous donnions devant tous.

Hier soir, quand à l'heure de la fête le palais se remplissait de rumeurs, quand toute une mer de lumière débordait dans l'espace de ces riches salons, au rythme si doux de l'harmonieuse et provocante musique d'une valse, parmi les fleurs, parmi les gazes, parmi les soies, je te vis passer aux bras d'un homme et alors, dans mes veines d'un demi-siècle, je sentis bouillonner le sang de mes vingt ans.

Oh ! fille de mes yeux ! Tu es encore jeiine, ta

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chevelure frisée descend encore en boucles et en spirales ondoyantes sur tes épaules et ton sein, ton regard enchanteur conserve encore l'électrique lumière de l'éclair, tes lèvres provocantes cachent encore, comme un bouton naissant, leur baiser d'amour, et ton front garde encore son duvet original, car personne ne sait que tu es à moi depuis douze ans.

Que d'amoureux, comme des papillons voletant autour de la lumière! Que de galants qui, nuit et jour, croisent sans cesse sous tes balcons pour se nourrir d'amour avec tes regards, pour vivre de plaisir à tes côtés. Ils soupirent pour toi. Ils seront les esclaves de ta beauté, de ton moindre désir; comme des agnelets soumis, ils te jureront de passer toute une vie à tes pieds, et, d'une voix d'amour ou de désir, leurs lèvres tendres et douces te diront : Je t'aime ! Mais ils ne sauront pas le faire comme je l'ai fait, ils ne te le diront pas comme je te l'ai déjà dit.

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Tu me dis que tu ne m'aimes pas, et comme je ne le crois pas, tes joues s''enflamment de colère et furieuse, tu frappes la terre du pied.

Ce que tes lèvres disent, tes yeux le démentent : ferme tes yeux, ma bien-aimée, quand tu voudras que je te croie.

Je te jure que jamais, jamais de ma vie un autre baiser de femme ne scellera mes lèvres. Un moment aussi vite venu qu'enfui t'a posée dans mes bras. Je sens encore ta chair sur ma chair, sur mon visage le feu de tes joues", et je sens encore sous la paume de ma main, ma bien-aimée, le tictac de ton cœur qui tremblait comme une oisillonne craintive volée au nid et prisonnière dans la main de l'oiseleur.

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Je m'agite encore et je vis, je me meus et j'étouffe dans l'atmosphère ardente qui nous entourait hier soir près du balcon.

Je voudrais avoir recueilli l'air qui enveloppait nos deux corps. J'étais jaloux de cet air qui, l'avare, recueillait et emportait dans les espaces tes soupirs amoureux et le brûlant « je t'aime ! » qui s'échappait de tes lèvres ardentes.

Oh ! vie de ma vie ! Je sens encore la douce haleine de ta bouche séductrice, et je me soutiens avec le souvenir de cet instant d'enivrant bonheur! Je t'ai encore dans mes bras, et je sens un bruit de baisers jetés dans les airs, des effluves de courants nébuleux, des bouillonnements de sang dans mes veines, des doux reproches d'outrages rêvés, des soupirs ardents et des plaintes amoureuses, les parfums et le miel de baisers sur mes lèvres.

Je te jure que jafnais, jamais de ma vie un autre baiser de femme n'enlèvera la saveur de tes baisers restée sur mes lèvres.

Je te demande seulement qu'à l'heure de ma mort, ma douce amie, et, sur mon lit d'agonie, un

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baiser de ta bouche caressante vienne racheter ma pauvre âme amoureuse pour qu'elle puisse trouver une demeure au ciel.

Quand tu fermes tes paupières en langueur voluptueuse, par la fente de tes yeux sort un rayon de feu, et il n'est pas étrange que tes baisers soient alors brûlants, car ils sont les étincelles du feu de tes yeux.

Si les âmes des morts reviennent au lieu de leurs angoisses, au lieu où elles furent heureuses quand un corps les portait, je sais déjà, quand je serai mort, où retournera mon âme.

Si tu vois donc un jour, en écrivant sur ta table peut-être un billet d'amour, le papier t'échapper, glisser à terre et voleter dans ta chambre, ce ne

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sera pas le vent qui le poussera, ce sera l'haleine de mon âme.

Si quelque nuit, dans ton alcôve, oublieuse de ma mémoire, tu penses peut-être à de nouveaux liens que ton destin te prépare, et que tu sentes voler dans les airs un soupir qui te glace le cœur, le soupir ne sera pas une chimère, ce sera le soupir de mon âme.

Si par hasard, ce qu'à Dieu ne plaise, tu t'endors aux bras d'un autre, cherchant dans de nouvelles caresses l'oubli de tes inconstances, et que tu entendes un cri de mort qui t'éveille en sursaut, ce ne sera pas une vaine illusion, ce sera le cri de mon âme.

Lis les histoires, jeune fille, lis-les et elles te diront qu'on ne commence à vivre que quand on commence à aimer.

Lis les histoires, jeune fille, lis-les et tu sauras que les douleurs ne viennent que quand les amours s'en vont.

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Ce matin nous l'enterrâmes. Je la connus jeune fille, quand elle était une perle cachée de pureté, quand elle était belle et fraîche comme la rose qui jaillit vivace de son bouton.

Ce matin nous l'enterrâmes. Je la comius quand elle consacrait toute sa passion et tout son amour à un homme. De son amour elle vivait, de son amour elle est morte, car pour la vouloir marier à quelqu'un qu'elle n'aimait pas, on l'a mariée avec la tombe.

Ce matin nous l'enterrâmes. C'est une vieille histoire, celle que l'on raconte de jeunes filles mortes d'amour. Des histoires comme celle-ci, on ne les croit pas quand on les conte, mais elles seront toujours la vérité et toujours, et toujours elles seront nouvelles.

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J'allais te donner un baiser sur le seuil de la porte, quand tu me dis : on vient ! Et j'en fus si refroidi, qu'à peine pus-je murmurer : « Madame, à vos pieds. » pendant que devant nous passait tranquillement cet homme.

Je ne sais s'il nous vit, je ne sais s'il nous connaît ou si je le connais, mais je l'ai vu depuis cent fois au théâtre et à la promenade, et en le voyant je baisse la tête comme si j'avais commis un crime, et il me semble même que cet homme me blâme avec son ironique regard.

Je ne veux ni savoir son nom, ni demander qui il est, mais je le hais sans le connaître, etje lui garde rancune, et je le vois, et chaque fois que je le vois je sens un poids sur mon cœur, et il me semble qu'un homme comme celui-là est de trop dans le monde.

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Nuit et jour soupirait la dame de Château-Blanc ; elle disait toujours à son époux :

— Vous avez un cœur d'airain, car vous ne voyez pas queje suis triste et que je vais me consumant.

— Mon amour, dites-moi ce qui vous manque, et je vous le donnerai de grand cœur.

— Un pèlerin de Terre-Sainte m'a apporté une nouvelle. Il m'a dit qu'une reine maure possède un collier de perles fines comme il n'y en a pas d'autre au monde. Un collier, la reine maure, l'ennemie des chrétiens, et la dame de Château-Blanc pas même une perle.

— Ne vous chagrinez phis, mon amour, car vous aurez son collier.

Et le mari est à la guerre, à la guerre contre les Arabes. Passent les mois, passent les mois, passe un an, passent deux ans. La dame sort à la fenêtre et le voit venir par la plaine, entouré de ses hommes d'armes, les chevaux caparaçonnés, et devant tous

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un page avec un pennon déployé. La dame descend l'escalier et l'attend sur le seuil. Voici ses premières paroles ! — Comment avez-vous tant tardé? — Voici ses secondes paroles : — M'avez-vous apporté le collier?

— Le collier que je vous apporte, je ne sais s'il vous plaira. Il n'est ni d'argent, ni de perles, ni d'or, ni de brillants non plus ; c'est un simple cordon de soie béni par le Saint Père, un simple cordon de soie dont je ferai un lacet pour pendre une mauvaise femme qui a trompé son mari. Je la pendrai à la grille de la grand'tour : les corbeaux, en l'y trouvant, les corbeaux la mangeront ; et mes vassaux, en la voyant, mes vassaux diront :

— On a pendu comme félonne la dame de Château-Blanc.

Je t'envoie un bouquet de violettes, un bouquet de violettes du bois, que j'ai cueilli moi-même à l'aube,

avant le lever du soleil. S'il y a des gouttes sur leurs feuilles, ce ne sont pas des gouttes de rosée, ce sont les larmes de tristesse dont je les ai arrosées, car pour chaque violette cueillie, ma poitrine se fendait de douleur ; car poiu- chaque violette cueillie, c'était du cœur et non des yeux que coulaient des larmes.

Chaque nuit, à la lumière de la lune, je vois devant ma maison se promener de long en large un homme enveloppé d'un manteau. Il semble qu'il a loué un morceau du trottoir, car il ne dépasse jamais certaines limites, d'un côté ou de l'autre, pas à pas. La lune est le soleil des voleurs et des amoureux aussi.

Le veilleur doit le connaître, puisqu'il le salue en passant, et l'homme au manteau poursuit commeune pendule sa promenade de long en large. Puis on entend un bruit de mains, une clef qui tombe; l'homme au manteau ouvre une porte, et... trie et trac ! le tour

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est joué. La lune est le soleil des voleurs et des amoureux aussi.

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