LE BOUDDHA ET LES OEUFS D^OISEAU
( De la méditatioii. )
Dans l’origine, Çâkyamouni était un Richi^ aux cheveux nattés, nommé Sandjâli. Il se livrait chaque jour à la quatrième extase, et suspendait complètement sa respiration. H s’asseyait au pied d’un arbre, et restait immobile. Un oiseau l’ayant vu dans cet état, le prit pour im tronc d’arbre et déposa ses oeufs au milieu de ses cheveux. Quand le
Bôdhisattva fut sorti de sa méditation, il reconnut que, sur le sommet de sa tête, il y avait des œufs d’oiseau. Il se dit en lui- . même : « Si je me remue et me lève, la mère * ne reviendra plus j si la mère ne revient plus, les œufs d’oiseau périront. »
H se plongea de nouveau dans l’extase, et n’en sortit que lorsque les petits oiseaux se furent envolés.
( Extrait de l’ouTrage iadtalé : Ta~tcki’4ou-lun ,
. livre XVII.)
l’homme riche et les vràies perles.
(On n’obti«nt rien sans peine. )
Il y avait jadis un maître de maison qui était extrêmement riche. Il possédait toute sorte de choses précieuses, à l’exception des vraies perles *. Il ne pouvait s’en consoler.
i. Le texte porte Tch'i-tchin-tchou, expression qui répond, dans \eSi-jru-ki, au mot sanscrit Padmardga, rubis.' Il est évident qu'il n’est point question ici de rubis , puisque ce maître de maison , ponr obtenir ce qui lui manque, va chercher dans la mer des huîtres à perles. , , . ,
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En conséquence, il emmena plusieurs personnes, et s’embarqua avec elles pour aller
pêcher des perles. Après avoir traversé bien des dangers, il arriva dans un endroit abondant en perles. Il se piqua le corps et recueillit le sang, qui sortait de sa blessure, dans un sac imperméable qu’il suspendit au fond de la mer. Les huîtres à perles ayant
senti l’odeur du sang, vinrent pour le sucer.
Il put alors se procurer de précieuses huîtres, les ouvrit et en retira des perles. Après trois ans de recherches assidues, il en trouva de quoi orner une ceinture, puis il retourna encore au bord de la mer. Ses compagnons voyant qu’il avait trouvé des perles d’un grand prix, formèrent le projet de le faire périr. Étant sortis tous ensemble pour puiser del’eau, ils poussèrent cet homme dans
un puits qu’ils recouvrirent,' et s’en allèrent.' Le maître de maison tomba au fond du puits. Quelque temps après, il aperçut un lion qui sortait d’une caverne voisine pour venir se désaltérer, et il fiit saisi d’effroi. Quand le lion se fut retiré, il s’échappa par une cavité souterraine et revint ^ dans son pays. Ses compagnons étant revenus aussi, il les appela et leur dit : « Vous vous êtes emparés de ma ceinture de perles, et comme personne ne vous voyait , vous avez voulu me faire périr. Si vous désirez que. je garde un profond silence sur cet attentat, rendez-moi mes joyaux; je vo^ promets de ne jamais vous dénoncer. >»
Ces hommes furent tellement efirayés qu’ils lui rendirent toutes ses perles.' Le maître de maison ayant recouvré toutes les
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perles qui lui avaient été enlevées, les rapporta dans* sa demeure. H avait .deux enfants qui se mirent à jouer' avec ces perles. Ils se demandèrent entre eux : « D’où viennent ces perles ? >»
L’un d’eux dit : « Elles sont nées dans notre sac. « L’autre dit : « Elles sont' nées dans notre jarre. >»
Ce que voyant le père, il ne put s’empêcher de rire. Sa femme lui en ayant demàndé la cause , il lui répondit : «< J’ai trouvé ces perles à force de peines et de fati^es. Ces petits enfants les ont obtenues de moi, mais ils ignorent toutes les circonstances , et disent qu’elles sont nées dans un sac ou dans une jarre. »
Le Bouddha dit à Ananda : « Vous voyez seulement que je suis devenu Boud~
dha^ mais vous ignorez que je n’ai obtenu cette dignité qu’ après m’être livré, depuis’ un nombre infini de kalpas jusqu’à ce jour, aux études les plus assidues et aux austé-
rités les plus pénibles. Et vous dites que c’est chose facile! Vous ressemblez à ce.
petit garçon qui disait que les perles étaient • nées dans une jarre.
(Extrait de l’ouvrage intitulé: 7c/iou-Aing'-«iou«n*nt> pi-jru-^king.') )
Lxxxvn
LE' MINISTRE ET LE MOUTON r' . SANS GRAISSE.
(II £ant cooserrer l’essentiel. ,
11 y avait un roi dont le preinier ministre cachait lui-même les criminels , sans que personne le sût. Le roi lui dit :
« Amenez -moi un mouton charnu et^ sans graisse. Si vous ne me le fournissez pas, je vous promets que je vous pünirai. >•
Dr-
' Le ministre, qui ne manquait pas d’esprit, mit dans l’étable un gros mouton qu’il nourrissait soigneusement d’herbes et de grains. Trois fois par jour, il approchait du mouton un loup furieux qui le remplissait d’effroi. Quoique ce mouton grossît à vue d’œil, il n’acquerrait point de graisse. Le ministre amena le mouton devant le roi. Celuici l’ayant fait tuer, le trouva gros et charnu, mais sans graisse. Il interrogea son ministre pour en savoir la cause. « Votre Majesté, répondit-il, par la manière dont elle adore le Bôdhisattva (le Bouddhd)^ ressemble à ce mouton. Elle a sans cesse devant les yeux le loup imaginaire de la mort , dont la crainte fait fondre la graisse de ses attachements mondains, et, pendant ce temps-là, la chair de ses mérites IJ 4
et de ses yertus. s’augmente de jour en jour. »,
Le roi sourit et lui pardonna.
(Extrait de l’oovrage intitulé : Ta-tchi-tou-lun^ üvre XV.)