‹ Contes et Apologues Indiens. Tome SecondChapitre 12 sur 47 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

T.E VOYAGEUR ALTÉRÉ ET l’eAU COURANTE, (n faut détruire ses passions. )

Il y avait une fois un voyageur qui mou- , rait de soif. Ayant aperçu unoanal de bois où coulait une eau pure , il s’en approcha et but. Quand il eut bu à sa soif^ il leva les mains et dit au canal de bois: « Maintenant que j’ai fini de boire , je défends à l’eau de couler encore. »

Il eut beau parler ainsi, l’eau continua

CONTES

de couler comme auparavant. Cet homme entra en colère et dit : «< Depuis que j’ai fini de boire, je vous ai défendu de revenir; pourquoi coulez-vous encore? »

Quelqu’un l’ayant vu, lui dit : « Vous êtes véritablement fou ! il faut que vous

n’ayez ni sens ni intelligence. Pourquoi ne partez-voiis pas, au lieu de défendre à l’eau de revenir? »

En disant ces mots, il le tira par le bras et l’emmena dans un autre endroit.

Les hommes du siècle ressemblent à ce voyageur. Dévorés par la soif et l’amour des jouissances mondaines *, ils boivent l’eau

1 . Celte expression veut dire que follement abandonnés à leurs passions, ils ne songent pas à arriver au Nirvàn'a qui les affranchirait , pour toujours, des vicissitudes de la vie et de la mort.

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amère des cinq désirs , et lorsqu’il^ sont las

et dégoûtés des cinq désirs, ils ressemblent

à cet homme qui a bu a sa soif, et ils disent

à la vue, à l’ouïe, à l’odorat, au goût : « Ne

revenez plus ; je ne veux plus vous voir. »

Mais les cinq désirs se succèdent sans

interruption. Quan4 ils les ont revus, ils -

entrent en colère et disent : « Eteignezvous sur l’heure, je vous défends de renaître ! Pourquoi venez-vous encore et vous mon- < trez-vous à mes yeux ? » Dans cet état , un homme sage pourrait leur dire : « Si vous voulez obtenir votre affranchissement, il faut dompter vos cinq désirs et étouffer les inclinations de votre cœur. Dès que votre âme ne formera plus de folles pensées , vous obtiendrez la déli- • vrance finale. Qu’est-il besoin de ne point '

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S4 CONTES ET APO1OG0ES iNDlENS. ,

voir les désirs pour les empêcher de renaître?

(Extrait de l'oavrage intitulé : le Livre des cent comparaisons, Pe-jru-king, partie I. )

l’homme et les six animaux.

( Des natures différentes. )

Un homme se promenant dans une maison déserte, y trouya six sortes d’animaux, . savoir : un chien, un oiseau, un serpent venimeux, un chacal, un Çiçoumâra (mar-'

souin) et un singe. Dès qu’il fut maître de

ces divers animaux, il les attacha toüs dans un même endroit; mais le chien voulait toujours entrer dans un village, l’oiseau.

voler ilans les airs, le serpenl, s’enfoncer dans un trou, le chacal, se cacher dans un tombeau , le marsouin, s’élancer dans la ^ mer, le singe, courir dans une forêt. Ces six animaux, qui étaient tous attachés dans un même lieu, avaient des goûts différents, et chacùn d’eux désirait ardemment d’arriver dans son séjour habituel où il trouverait de quoi se rendre heureux.

( Extrait de l’ourrage intitule : Samyouktdgama ^ Uttc XLI.)

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