‹ Contes et Apologues Indiens. Tome SecondChapitre 19 sur 47 · T.A CAILLE ET LE FAUCON · texte numérisé non relu

T.A CAILLE ET LE FAUCON

(Estimez la prudence. }

. 11 y avait jadis un oiseau appelé Lava

(Caille) qu’un Faucon avait pris et emporté

au haut des airs. La Caille poussait des

cris, et disait: « Par. mon étourderie, je-

suis tombée dans le malheur ; je suis cou -

pable d’avoir abandonné la patrie de mou

père, et de ma mère pour voyager djins

d’autres pays. Voilà la cause de mon in-

Il . 6

COMTES

Ai

fortune. Comment sê fait-il que je sois opprimée par un autre oiseau et que j'aie

perdu ma liberté ?

— Dans quel endroit, lui dit le Faucon, trouverais-tu ta patrie et ta liberté ?

— ■ C’est, répondit-elle, dai^ les sillons qu’on laboure que je trouverais ma patrie, et que je pourrais échapper au danger.

C’est là qu’est la patrie de mon père et de ma mère. >*

Le Faucon parla à la Caille d’ub ton arrogant et lui dit : « Si je te lâchais et te permettais de retourner- au milieu des sillons qu’on laboure^ pour'rais-tu t’échapper? » ' ,

La Caille ayant réussi à s’échapper des serres du Faucon,, s’en retourna au milieu des sillons, se fixa au pied d’une grosse

ET APOLOGUES lNDtK!<IS. 8^

motte de terre, qui était dure comme une pierre , et de dessus cette motte , elle provoqua le Faucon. Celui-ci se mit en colère et dit : « Eh quoi! ce > chétif oiseau ose lutter avec moi !»

'Sa colère ^nt montée au paroxysme , il s’éleva au haut des airs, et de là. il fondit tout droit sur sa > proie. La Caille se cacha sous la motte de terre, mais, dans son élan impétueux , le Faucon frappa sa poitrine contre la motte , se brisa le corps et mourut.

Dans ce moment, la Caille s’enfonça profondément sous la motte et prononça ces Gâthâs :

« Le Faucon est venu avec une force extrême. La Caille n’avait d’autre appuiqu’une motte de terre.' En s’abandônnant ‘

•à la violence de sa colère , il s’est .atîiré le malheur et s’est brisé le corps. Moi qui étais douée d’une grande' pénétration , j’ai trouvé mon salut dans mon propre pays.

J’ai vaincu sa haine, et mon cœur a été • rempli de joie. Vous aviez beau vous enor- ^ gueillir de votre force, vous étiez aussi stupide que méchant, -et quand vous auriez en la puissance de cent mille dragons ou éléphants, elle n’aurait pas. tenu contre nia finesse et mon intelligence. Si l’on examine la victoire due à ma prudence, on reconnaît qu’avec la seizième partie (de cette qûalité), j’ai vaincu et détruit le Faucon gris. »

(Extrait de l’ouvrage intitulé : Fa-jrouen-tchou~lin,

' livre LXV.)

LE beIhmane et le feu sacré.

(De ceax qui s’écartent de la vraie voie )

Un bràhmane voulant un jour voyager dans le monde, dit à un jeune garœn :

« J’ai une petite affaire qui 'm’oblige de faire une courte excursion. Entretenez bien

1 . C’est-à-dire de ceux qui emploient des moyens impropres au but qu’ils se proposent, par exemple de ceux qui mettraient du sable sous un pressoir poùr en tirer de l’htiile, qui mettraient de l'eau dans une baratte pour obtenir du beurre, etc.

COWTES

ce feu, et prenez garde qu’il ne s’éteigne.

S’il vient à s’éteindre, il faudra percer un morceau de bois avec une tarière *, prendre du feu et le rallumer. »

Après avoir donné ces instructions, il sortit de la forêt et se mit en route. Quand le brâhmane fut parti, le jeune garçon, qui aknait à s’amuser, n’eut garde de surveiller

activement le feu sacré, de sorte que le feu

ne tarda pas à s’éteindre. En revenant de jouer, il vit que le feu s’était éteint; il souffla dans les cendres pour y. chercher du feuj et ne, put en obtenir.’ Il prit alors

‘ 1 . On ne voit pas bien comment l’on peut obtenir du feu par ce procédé. Suivant que^ues auteurs, on perçait un trou circulaire dans tine pièce de bok, et l’on y introduisait une branche ronde que l’on enflammait par une friction rotatoire. . .

{Note du

ET AEOLOGUES i^flHEES.

une, hache et fendk'<hi bôb pour allumer le feu, et ne put encore y réussir. Il coupa ensuite ce même hois, le mit ‘ dans . un' mortier et le pila pour obtenir du feu, mais il n'eut pas plus de succès qu’auparavantl Sur ces entrefaites, le brâhrftane revint de. son excursion, et se rendit dans le bois qu^il habitait. 11 interrogea ce petit garçon et lui dit : «< Dernièrement, je vous avais ordonné de bien entretenir le feu sacré.

Le feu ne s’est-il pas éteint ? »

Le petit garçon lui répondit : « Comme j’étais sorti pour aller jouer, j’ai manqué de surveiller assidûment le feu; mainte-

nant, il est éteint. • • i ,

— Par quel moyen, demanda-t-il avez*vous cherché à rallumer le feu ?

■ — Comme le feu sort du hois, répondit-

88 , CONTKS «T APOLOGCSS .lltDlEXS.'

il, j^ai fendu du bois 'avec une hache afin d’obtenir du feu, et je n’eu' siûs pas venu

à bout. Je l’ai coupé ensuite par. petits

morceaux^ et je l’ai pilé dans un mortier dans l’espoir de rallumer le fcu’, mais je n’y ai pas réussi. »

' , Dans ce moment, le brâhmahe perça un morceau de bois avec une tarière, en tira du feu, et s’en servit pour allumer un tas de menu bcHS. Puis il parla au jeune garçon et lui (ht : « C’est par ce moyen qu’il fallait vous procurer du feu, et non en fendant

du bois ou bien en le pilant dans un mor-

tier. » • .

(Extrait de l’ouvrage intitulé : TcAa/rgf-’o-Aan-Aing, en sanscrit Dtrghàgama soufra, litre VII.) '

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