L’examen des candidats qui aspirent au grade de docteur
LA VISITE DU DIEU DU FOYER
Toutes les personnes qu’il consulta lui recommandèrent lu-kong d’une voix unanime. Le ministre alla l’inviter lui-mème, et l’emmeua à la capitale avec sa famille.
Tchang, pénétré de respect pour la vertu de lu-kong, usa de son influence pour le faire entrer dans le collège impérial. L’année ping-tsé (1576), il se présenta au concours, et obtint le grade de licencié.
L’année suivante, il fut élevé au rang de Ts’in-ssé (docteur).
Un jour, il alla rendre visite à un eunuque nommé Yang-kong.
Yang lui présenta ses cinq fils, qu’il avait fait acheter dans les différentes parties de l’empire, afin qu’ils fussent la consolation de sa vieillesse. Parmi eux, se trouvait un jeune homme de seize ans. lu-kong crut
LÉGENDB TAO'SSi.
reconnaître les traits de sa figure , et lui demanda quel était son pays natal. « Je suis, dit le jeune homme, du pays du Kiang-yeou. Dans mon enfance, j’entrai par mégarde dans un bateau de grains qui partait. Je me souviens encore, quoique confusément, du nom de ma famille et de celui
du village où je suis né. »
lu-kong éprouva un mouvement de surprise et d’émotion. L’ayant prié de découvrir son pied gauche , il reconnut les deux taches noires, et s’écria d’une voix forte :
Vous êtes mon' fils!
Yang-kong partagea l’étonnement du père, et lui rendit son fils, qui l’accompagna dans son hôtel.
lu-kong courut avertir sa femme de cet heureux événement. Elle embrassa tendre-
LA VISITE DU DIEU DU FOYER. 215
ment son fils, et versa'-des larmes de douleur et de joie. Le fils, pleurant à son tour, pressa dans ses mains le visage de sa mère ; il effleura ses yeux aveugles avec sa langue, et soudain elle recouvra la vue.
lu-kong fit éclater sa joie au milieu des larmes qui humectaient encore ses yeux.
Dès ce moment, il renonça aux emplois , et prit congé de Tchang-kian-lin pour retourner dans son pays natal. Tchang, touché de sa vertu, ne le laissa partir qu’après lui avoir fait accepter de riches présents.
lu-kong, étant arrivé dans son pays natal, continua à pratiquer le bien avec une nouvelle ardeur. Son fils se maria , et eut de suite sept fils, qu’il éleva tous, et qui héritèrent des talents et de la réputation de leur aïeul. lu-kong composa un livre où il
216 LéCENDB TAO-SSÉ.
raconta Vhistoire de sa yic , avant et après son heureuse C€Hiversion , et le fit servir à l'instruction de ses petits-fils. Il vécut jusqu’à l’âge de quatre-vingt-huit ans , et tout le monde regarda celle longue vieillesse comme la récompense de ses actions vertueuses, qui avaient changé en sa faveur les décrets du ciel.
Paris. — Imprimerie de Ch. Lahure et Ci<’, rue de Fleuras, 9.