LE LION ET LE VAUTOUR
(D faut étt« fidèle à su (>arole.)
Un lion, qui vivait dans une forêt, avait lié amitié avec un singe. Celui-ci confia un jour ses deux petits au lion. Dans ce moment, un vautour qui était pressé par la faim, rôdait en cherchant sa proie. Comme le lion était endormi, il prit les petits du singe et alla se fixer au haut d’un arbre.
CONTES
A son réveil, le lion chercha les petits du
singe et ne les trouva plus. Ayant levé les
yeux, il aperçut un vautour qui les tenait
au haut d’un arbre. Il adressa la parole au
vautour et lui dit ; « avais reçu les petits
du singe qui avaient été confiés à ma garde.
Mais je ne les ai pas protégés avec assez
de vigilance et de soin, et vous en avez
profité pour les prendre et les emporter.
De cette manière, j’ai manqué de foi! Je
vous en prie, rendez-les-moi. Je suis le roi
des quadrupèdes, et vous, vous êtes le
maître des oiseaux. Notre noblesse et notre
puissance sont égales. Il serait juste de me les rendre.
— Vous ne connaissez pas les circon-' stances, lui répondit le vautour. Maintenant, je meurs de faim ; qu’ai-je besoin de
considérer la ressemblance ou la différence du rang ? *»
Le lion, voyant bien qu’il n’obtiendrait rien, déchira avec ses ongles la chair de ses flancs pour racheter les petits du singe.
(Extrait de l’ouvrage intitulé : Tà-tchi-tou-lun, livre XXXIII.)
LXXÏX
LE ROI ET l'éléphant.
(Il faut veiller sur sa bouche ' . )
Il y avait jadis un roi qui possédait un grand- éléphant, courageux et propre aux combats. Sa force était telle, qu'il aurait vaincu cinq cents petits éléphants. Un jour le roi leva des troupes et voulut combattre un prince rebelle. Il fit couvrir l’éléphant
I . Ici cette expression s’applique à la trompe de l’éléphant , et, pins bas, k la circonspection dans les paroles.
COKtES ET APOLOGUES INDIENS, 2ÎÎ
d’une armure de fer, et choisit un habile comac pour le conduire. On attacha deux lances à ses deux défenses, deux épées à ses deux oreilles, quatre sabres à lames recourbées à ses jambes, et une massue de fer à sa queue. Cet éléphant, pourvu de neuf armes, avait un aspect terrible. Mais l’éléphant cacha sa trompe et ne s’en servit point pour combattre. Le cornac en fut charmé ; il reconnut que l’éléphant prenait soin de sa vie. Comment cela? La trompe de l’éléphant est tendre et molle ; si elle est atteinte d’une flèche, il meurt sur-le-champ. Voilà pourquoi il ne dressait pas sa trompe pour combattre. Quand l’éléphant eut longtemps combattu, il dressa sa trompe et chercha une épée. Le comac cessa de se réjouir ; il pensa que cet éléphant belli-
^ COUTES ET APOLOGL'ES INDIEHfr.
queux n’épargnait plus sa vie, puisqu’il dressait sa trompe et cherchait une épée pour qu’on en armât l’extrémité. Le roi et' ses ministres, afin de ménager ce grand éléphant, ne voulurent plus le faire combattre.
L’homme commet neuf sortes de péchés.
Il faut surtout veiller sur sa bouche, et imiter ce grand éléphant qui d’abord veilla sur sa trompe et ne s’en servit pas pour combattre , parce qu’il craignait de la voir atteinte par une flèche et d’en mourir.
' L’homme doit pareillement veiller sur sa bouche (c’est-à-dire être circonspect dans ses paroles). ,
(Estraii de l’ouvrage intitulé : Fa-kiu-pi~jru-king.)