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EIBLIOTHLCA
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INTRODUCTION
|N ne se lasse pas de rééditer les écrivains \|du XV*^ et du XVF siècle, trop longtemps
I sacrifiés, sauf quelques exceptions, à ceux >du XVII% considéré comme le siècle littéraire par excellence. Nous sommes loin du temps où Guez de Balzac, plus redevable à ses prédécesseurs immédiats qu'il ne le croyait, réservait toute son admiration pour ces époques « en dehors desquelles tout est dans l'imperfection de ce qui commence ou dans la décadence de ce qui finit ». Ce ne sont pas seulement les érudits et les bibliophiles qui s'intéressent aux publications dues à quelques éditeurs zélés, poursuivant et perfectionnant l'œuvre commencée par le regrettable Pierre Jannet. Recherchées des amateurs de beaux livres, qui, par amour de l'art typographique, en font l'ornement de leurs bibliothèques , elles plaisent aussi à ceux qui les achètent comme livres de lecture, soit pour renouveler
II INTRODUCTION
connaissance avec des amis oubliés, soit pour y chercher des sujets d'étude.
On comprend aujourd'hui que la langue et la littérature d'un pays commencent en même temps que son histoire. Elles en suivent, elles en expliquent souvent les différentes phases et les transformations. Toute époque littéraire est, en effet, fille de celle qui la précède et mère de celle qui la suit. Toutes sont donc au même titre dignes d'être sérieusement étudiées. Si, dans chacune de ces époques, une juste prédilection s'attache à un petit nombre d'hommes de génie dont les œuvres méritent d'être constamment méditées, nous devons reconnaître que notre savoir serait bien incomplet si nous laissions de côté ceux auxquels l'opinion assigne un rang moins élevé. Certes, on peut considérer Rabelais et Montaigne comme exprimant mieux que tous les écrivains de leur temps l'esprit, les besoins et les tendances du XVI'' siècle; mais comment les comprendre^ comment marquer leur place dans l'histoire des évolutions de l'esprit français, si l'on néglige les écrivains antérieurs dont ils procèdent et les écrivains postérieurs qu'ils ont inspirés?
Dans l'histoire des idées, comme dans celle des êtres animés ou inanimés, aucun fait ne doit être étudié isolément; tout se tient, tout est effet et cause, et la science des détails n'a de valeur qu'autant qu'elle sert à faire connaître l'ensemble. L'on ne peut, par exemple, séparer les ingénieux récits des conteurs du XVI* siècle, dont on s'occupe tant aujourd'hui, des contes et des fabliaux du moyen âge auxquels ils ont été empruntés; et l'admiration que nous inspirent La Fontaine et Molière ne doit pas, d'un autre côté, faire oublier les obligations qu'ils ont aux écrivains du XV!*" siècle.
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Ces considérations justifient l'importance réelle que l'on attache aux ouvrages tels que celui dont nous donnons aujourd'hui une nouvelle édition.
Les Contes et Discours d'Eutrapel, par le feu seigneur de la Hérissaye, gentilhomme breton, furent imprimés pour la première fois par Noël Glamet de Quinpercorcntin, à Kennes, en i585, c'est-à-dire, comme l'indique le titre du livre, l'année même de la mort de son auteur, Noël du Fail, qui à sa qualité de gentilhomme pouvait ajouter le titre de conseiller au parlement de Bretagne.
Deux ouvrages du même genre avaient été publiés de son vivant : le premier, imprimé en 1647 à Lyon, par Jean de Tournes, avait pour titre : Propos rustiques de maître Léon Ladulfi, champenois'; le second, publié à Paris en 1548 efimprimé par Pierre Trepperel, était intitulé : Baliverneries ou Contes nouveaux d'Eutrapel, autrement dit Léon Ladulfi. Le grave magistrat auteur de ces deux ouvrages facétieux, comme il les appelle, avait cru devoir cacher son nom sous un pseudonyme '-.
1. Dans les éditions qui ont suivi celle de i 547, le titre de cet ouvrage a subi plusieurs modifications, dont la plus importante est celle que présente l'édition de i57 3 (Paris, Jean Ruelle) : Les Ruses et Finesses de Ragot, jadis capitaine des gueux de ihostiere, et de ses successeurs, avec plusieurs discours plaisans et recréatifs pour s'entretenir en toute honnête société. La Monnoye a vu dans ce titre un ouvrage différent des Propos rustiques. C'était une erreur : Ragot et les Gueux de l'hosiiere formant tout un chapitre des Propos rustiques, on aura donné à l'ouvrage entier un titre qui n'appartenait qu'à l'une de ses parties.
2. Léon Ladulfi n'est autre chose que l'anagramme de Noël du Fail. Le fol n'a Dieu est un autre anagramme du nom de notre auteur. Il figure à la fin du dernier chapitre des Contes et Discours, ainsi qu'au bas d'un discours en vers composé par lui « sur la corruption de son temps ».
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Mais comment avait-il pu, lui le savant jurisconsulte, lui le moraliste livré à des études sévères, perdre un temps précieux à composer des écrits qui juraient si hautement avec son caractère et ses habitudes? Comment s'était-il décidé « à mettre en avant assez inconsultémcnt », comme il s'en accuse lui-même, un livre que, suivant le conseil d'Horace, il aurait dû garder pendant plusieurs années, sinon toujours, en portefeuille? Pourquoi, ainsi que tant d'autres graves personnages de son temps, magistrats comme lui, a-t-il éprouvé le besoin « de baliverner, de folâtrer et de rire » ? Le bon du Fail répond tout simplement que, s'il lui a plu de se délasser par des œuvres récréatives et plaisantes de ses occupations quotidiennes et des labeurs difficiles auxquels il se livre, il n'y voit rien d'étrange « et hors du naturel des hommes ». Un arc ne peut, sans danger de se briser, être toujours tendu, et Noël du Fail n'est pas le seul qui ait pu prendre pour devise : Suave est desipere in loco. Il pourrait d'ailleurs dire avec Rabelais : « Les matières ici traictées ne sont pas tant folastres comme le tiltre au dessus prétend. » Il veut aussi dire la vérité en riant, puisqu'il a donné pour épigraphe à ses contes :
Ridentem dicere verum Quid vetat ' ?
Les Propos rustiques et facétieux attestent dans Noël du Fail un grand amour de la vie des champs et une profonde connaissance des mœurs, des habitudes et du langage des paysans, qu'il a mis en scène avec un
1. C'est ainsi que l'éditeur de i585 aurait dû écrire la citation prise pour épigraphe par Noël du Fail, au lieu d'imprimer, sans respect pour Horace : Ridentem quid vetat dicere verum?
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talent fort remarquable. Les BaUvcrneries ou Contes nouveaux d'Eutrapel ont déjà une portée plus sérieuse. Eutrapel et ses amis abordent plusieurs questions délicates fondues au milieu de récits grivois qui semblent ima-inés pour leur servir de passe-port. Mais ce second ouvrage n'est à nos yeux qu'un essai, qu une sorte d'avant-coureur des Contes et Discours d'Eutrapel, qui ne devaient être mis au jour que quarante ans après. C'est là l'œuvre capitale de Noël du Fail, celle qui peut être considérée comme une des meilleures productions de ce genre au XVP siècle.
Ces divers ouvrages ne l'avaient pas empêche de travaiUer à une œuvre considérable, résultat de ses méditations, de ses recherches et de la pratique des lois dont il avait à faire une application journalière. Elle a pour titre • Mémoires recueillis et extraits des plus notables et solennels arrests du'parlenunt de Bretaigne ; divisez en trois /ivres (Rennes, Julien Duclos, 1679, in-folio;,'.
Cet ouvrage fut composé à l'occasion d'une mission donnée par Henri III au vicomte de Méjusseaume et au seigneur de Bourg-Barré, à l'effet de réviser les lou et coutumes de Bretagne. Il est précédé d'une dédicace adressée à Louis de Rohan, prince de Guémene. Du Fail y résume l'histoire administrative et judiciaire de a grande province où il a vu le jour et où il a passe la plus grande partie de sa vie. On y trouve indiques les
, Une troisième édition, publiée à Nantes par Jacques Maréchal'en .715-1716, en deux volumes in-40, portait un autre t,tre : L pus solennel a'rrêts et re^lemens donnés - P-'-^' ^^^^^ ,ai/ne recueillis par Noël du Fail, avec les annotaUons de Mathu- Tsâuva.cau, rLs, corn.és et augmentés par Michel Sauva.eau son fils.
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nombreux abus contre lesquels sont dirigées les critiques répandues dans les Contes et Discours.
La Croix du Maine écrivait, en 1584, que « si le laborieux écrivain n'étoit détenu du mal des gouttes qui le travaille et le tourmente sans cesse, il feroit bientôt imprimer plusieurs beaux œuvres de sa façon ». Lé bibliographe cite parmi « ces beaux œuvres » une fort belle et docte histoire de Bretagne. « Il avait de plus, dit aussi La Croix du Maine, réduit en lieux communs tout le droit civil, à la suscitation de Eginarius Baro et de François Duarin', ses amis particuliers. »
Les trente -cinq chapitres dont se composent les Contes et Discours d'Eutrapel , objet de la présente publication, ne méritent certainement pas l'oubli dans lequel les ont laissés les biographes et les historiens de notre littérature, malgré les nombreuses éditions qui ont suivi celle de i585*. Leur valeur est aujourd'hui reconnue. L'édition des Œuvres complètes de Noël du Fail publiée en 1842 par Marie Guichard, dans la Bibliothèque d'élite de Charles Gosselin, contient une préface remarquable, dans laquelle sont réunis les renseignements trop pteu nombreux qui ont pu être recueillis sur l'auteur. Il y est considéré non pas seulement comme un conteur agréable, mais comme un penseur et comme
1. Éginaire Baron et François Duaren. Les noms de ces deux illustres Bretons sont cités par du Fail dans le chapitre IV des Contes et Discours d'Eutrapel , où il rappelle une leçon faite par le premier à Bourges, en présence du chancelier de l'Hôpital allant aux Grands Jours de Riom. Il les félicite tous deux « d'avoir tiré des universités et nations, tant de deçà que de delà les monts, tous ceux qui vouloient apprendre le droit en sa netteté et splendeur ».
2. Ces éditions portent les dates de i586, j587, 1597, iSçS, 1 6o3 et 1732.
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un des bons écrivains du XVP siècle. Pareille justice lui est rendue, plus formellement encore, par un critique de talent et de goût, M. J. Assézat, dans la récente édition que publiait la Bibliothèque elzeviriamc au moment où la nôtre était mise sous presse. On ne connaît guère des événements de sa vie que ce qu'il en apprend luimême dans ses écrits, soit qu'il les mentionne en passant, soit qu'il y fasse seulement allusion. Son existence a été peu accidentée et assez paisible sans doute à partir du moment où, en i553, à l'âge d'environ trente ans, comme on peut le conjecturer, il vint prendre place en qualité de juge au présidial de Rennes, pour devenir, dix-huit ans plus tard, conseiller au parlement de Bretagne. Dans les années qui ont précédé l'époque où il revêtit la robe de magistrat, il avait mené sans doute une vie beaucoup plus agitée. Il avait dans sa jeunesse fréquenté les écoles, poursuivi ses études dans les principaux centres où s'enseignait le droit, Paris, Bourges, Poitiers, Angers, Orléans. Il avait pris part comme soldat aux guerres d'Italie. Il s'était donc par ses voyages instruit, comme devait le faire plus tard Descartes, à la grande école du monde. Sa naissance et. sa fortune lui permirent d'y faire quelque figure, et il se vante « d'avoir été nourri à la cour des grands, d'avoir toujours dit librement ce que bon lui semblait et traité révéremment la grandeur du roi et des princes, auxquels, s'ils le lui ont demandé, il n'a rien dissimulé «.
Les Contes et Discours d'Eutrapel ont un tout autre caractère que les célèbres Contes de Boccace , les Cent Nouvelles nouvelles, racontées pour charmer les loisirs des seigneurs autour du dauphin qui fut depuis Louis XI, au château de Genappe ; VHeptaméron de la reine de Navarre, et les Nouvelles Kccréalions et Joyeux Devis
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de Bonaventure Des Periers. Si, dans les contes proprement dits, il se donne, sous une forme moins légère et moins gracieuse sans doute, mais plus originale et plus énergique, le plaisir de conter pour conter, ses discours révèlent des préoccupations plus sérieuses et un but plus élevé. Nous n'insisterons pas sur les détails trop peu voilés qu'à l'exemple des conteurs de son temps, il prodigue avec une crudité de style et de pensées dont s'effarouche la pruderie moderne, qui n'est peut-être qu'une corruption raffinée, car elle admet assez facilement dans le fond toutes les licences qu'elle condamne dans la forme. Ce qui nous frappe le plus dans les discours d'Eutrapel, c'est un profond amour de la justice, une haute idée de la mission du magistrat, une haine vigoureuse de tous ceux qui abusent de leurs forces pour opprimer les humbles et les faibles. Il s'élève avec une louable indépendance contre les vices du clergé, la corruption de l'Eglise, la rapacité des gens de justice, la vénalité des charges, la vanité des parvenus, singes de la noblesse, la brutalité des grands seigneurs ayant perdu par leur ignorance l'honorable privilège qu'ils possédèrent jadis de rendre la justice. Ceux qui, comme Etienne Pasquier (dans une lettre à Ronsard), n'ont vu dans du Fail qu'un bouffon, qu'un singe de Rabelais, n'avaient pas lu les mâles discours dans lesquels, sous le nom d'Eutrapel, il flétrit avec tant d'éloquence les abus et les iniquités dont sa raison et son cœur sont également révoltés; ils n'avaient pas lu le beau chapitre sur la justice par lequel s'ouvre son ouvrage. Certes, comme le dirait Diderot, « ceci n'est pas un conte! « C'est bel et bien une admirable dissertation philosophique dialoguée, qui, pour la fermeté du style et la hardiesse de la pensée, ne déparerait les œuvres d'aucun des moralistes les plus
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distingués de son temps. Si tout le reste de l'ouvrage était de cette force, il y aurait lieu de considérer du Fail comme un des meilleurs prosateurs du XVI^ siècle.
On trouve dans Noël du Fail les défauts de son temps : il abuse de l'érudition, il cite à tout propos les écrivains anciens, il se perd dans des digressions sans fin, prodigue les allusions à des faits peu importants ou à des personnages peu connus; enveloppe sa pensée dans des métaphores ou des périphrases trop recherchées, qui en font autant d'énigmes dont il n'est pas toujours facile de saisir le sens. Mais aussi que d'expressions pittoresques, dont plusieurs sont créées par lui dans une langue qui, étant à l'état de réforme, comportait toutes les libertés! que d'images saisissantes, que de tableaux animés, que de ravissants portraits!
Trois personnages prennent part aux conversations vives et familières que rapportent les Contes et Discours : Eutrapel (c'est Noël du Fail lui-même), vif, impétueux, passionné; Lupolde, type du légiste avec ses qualités et ses défauts, contre lequel Eutrapel aiguise les traits d'une critique à dessein exagérée ; Polygame enfin, l'homme de sens plus rassis, s'interposant amicalement entre les deux interlocuteurs pour les mettre d'accord, et n'arrivant, comme tous ceux qui proposent des moyens termes, qu'à mécontenter l'un et l'autre.
Nous pourrions insister sur les mérites littéraires de du Fail, en parcourant, comme l'a fait avec talent l'auteur de l'édition de 1842, les principaux chapitres de son livre, et en montrant par de nombreuses citations quel en est le véritable caractère. Nous laissons ce soin aux lecteurs, qui comprendront aisément que les contes et les conversations d'Eutrapel ne sont pour lui qu'un cadre commode lui permettant d'exposer ses idées sur la religion, sur la
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morale et sur la politique. Il s'exprime sur tous ces points avec une entière liberté, tout en témoignant pour la religion et les dogmes de l'église catholique un profond respect. L'Epttre de Polygame à un gentilhomme breton contre les athées et ceux qui vivent sans Dieu prouve qu'il tenait à n'être pas compté parmi les incrédules et les impies. Il n'est pas nécessaire de supposer avec Guichard, ainsi que l'a fait remarquer avant nous M. J. Assézat, qu'il n'a fait étalage de sa foi religieuse que pour faire passer ce qu'il y avait de trop libre dans plusieurs de ses chapitres, et échapper au sort de Louis Berquin et d'Etienne Dolet. Noël du Fail n'était pas un protestant déguisé. On peut lui appliquer ce que dit M. Nisard de Rabelais : « Les traits de Rabelais ne touchaient qu'aux abus et n'atteignaient pas le dogme. Dans son ouvrage, où il critique tout, il ne dit de l'ignorance et des mœurs ecclésiastiques que ce qu'en pensaient les hommes éclairés et même certains princes de l'Eglise : c'est Vesprit, et non la théologie, de la Réforme'. »
Nous avons dû nous borner, pour nous conformer au système adopté dans les ouvrages qui composent la collection dont les Contes et Discours font partie, à exposer les faits qui ont pu être recueillis sur la vie de l'auteur, à indiquer les travaux dont son livre a été l'objet et les diverses éditions qui ont précédé la nôtre. Nous avions à remplir une tâche plus difficile, et, selon nous, plus importante : c'était d'en élucider le texte par des notes explicatives et d'en faciliter la lecture au moyen d'un Glossaire déterminant le sens de nombreuses expressions qui appartiennent à une langue épurée sans
I. Histoire de la littérature française, 4^ édition, t. I, p. 274,
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doute, mais singulièrement appauvrie, sous prétexte de réparations, par les grammairiens de l'école de Malherbe.
L'édition de i585, que nous réimprimons, peut être considérée, d'après les termes mêmes de son titre, comme une œuvre posthume. Du Fail en avait préparé la publication. Peut-être même avait-il songé à en donner une seconde, revue, corrigée et augmentée, car les éditions qui ont suivi la première contiennent des additions qui ne sont pas dans celle-ci. Elles se trouvent toutes à la fin des chapitres, et, comme elles ne se rapportent qu'à la première moitié du livre, on peut présumer que le temps aura manqué à l'auteur des Contes et Discours pour achever son travail de révision. Les divers éditeurs de du Fail les ont reproduites à la fin des chapitres auxquels elles appartiennent. Nous ne pouvions suivre la même marche, puisqu'il s'agissait pour nous de publier le texte même de l'édition de i 585. Le lecteur les trouvera donc dans les notes consacrées à chacun des chapitres de l'ouvrage.
En reproduisant avec un soin scrupuleux le texte de la première édition des Contes et Discours d'Eutrapel^, celle de i585, nous n'y avons apporté d'autres modifications que la substitution du v à Vu et du ; à 1'/; nous avons conservé l'orthographe et les accents; nous avons cru d'ailleurs rendre un véritable service aux lecteurs en adoptant une ponctuation régulière, en mettant entre parenthèses les incises, en séparant par des alinéas les différentes parties du dialogue, en ajoutant enfin en
I . Cette édition est fort rare. Nous ne l'avons pas trouvée à la Bibliothèque nationale. M. Jouaust a pu s'en procurer un exemplaire, auquel manquent plusieurs feuillets. Nous l'avons complété par celui de l'Arsenal.
INTRODUCTION
tête de chaque page des titres courants indiquant les sujets des chapitres. Il est indispensable, sans doute, de se conformer aux règles de la critique moderne, qui exige un respect scrupuleux des textes; mais, comme les livres sont faits pour être lus, il ne nous paraît pas moins nécessaire de les présenter sous une forme attrayante et commode, d'en faire disparaître les obscurités et de les rendre ainsi parfaitement intelligibles.