‹ Contes et discours d'Eutrapel, de Noël du Fail (volume 2)Chapitre 44 sur 51 · L AVARICE DE SON PERE · texte numérisé non relu

L AVARICE DE SON PERE

ventée, et qu'il falloit tendre autre part, et à un renard qui fust plus jeune et moins praticien que messire Hervé. «

Les bonnes mines durent quelque peu, mais en fin sont découvertes.

Il se meut propos d'un tas d'hommes |qui n'ont autre point, pour se prévaloir et faire bien lesgrans contre leurs compagnons, qu'une bonne mine et piafe jointe à l'accoustrement précieux et bien fait, et que beaucoup de tels pipeurs, pour n'estre descouverts, tenoient les meilleures et plus eminentes authoritez aux gouvernemens des republiques; et se verra un songe-creux bien accoustré, curant ses dents, ne respondant que par gestes et contenances, qui humera et engloutira par telle sourcilleuse taciturnité tous les honneurs et prérogatives d'un pais, duquel si le fond estoit examiné, vous n'y trouveriez non plus que les Egyptiens en leur idole Isis, qui fut un gros chat, gras, en

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bon point, etapasté par les prestres de ceste belle diablesse.

« Je say bien, dit Polygame, que, si une sage sobriété de parler se desploie, on n'y trouvera que de l'estonnement et merveilles, pourveu que l'ordre de modestie y soit gardé, sans gloire ne grand' forme et aparat, comme font plusieurs qui ne peuvent sortir d'un conte quand à une issue de table ils l'auront empoigné, se ruans à toutes rencontres en leur histoire et contes de leurs faits.

— Je leur ferois, dit Eutrapel, à ces envieux et langards, comme fit un gentil-homme de ce païs à un Espagnol jouant aux eschets, et les laisserois là plantez à reverdir, parler tout leur saoul, et quelqu'un pour leur respondre : ■< Hon, ouy, voilà grand cas, chose estrange » , et semblables chevilles pour soustenir telles longueurs. L'Espagnol, au moindre pion qu'on luy presentoit, estoit une grosse heure à songer, regarder, enfoncer les matières, quelle pièce il devoit remuer et jouer. Le Breton ayant donné un eschec, sachant que sur ceste grosse décision il y avoit un bois abatu pour un long temps, se couche au lit, sa partie adverse tellement ententive à se depestrer qu'il n'en vid, sentit ni apperceut rien. Au matin fort haute heure, s'estant levé et accoustré, il trouve

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