‹ Contes et discours d'Eutrapel, de Noël du Fail (volume 2)Chapitre 43 sur 51 · L AVARICE DE SON PERE · texte numérisé non relu

L AVARICE DE SON PERE

Ainsi, sans desjeuner, sans débrider, sans tabourin et sans lanterne, firent sept ou huit grosses vilaines lieues, dont les dix en valent quinze des environs de Paris ; et Dieu sait si maistre Hervé fust aise de la descharge d'un si poisant fardeau, et haut-loué par ses voisins, qu'il appella pour manger le disnerde Monsieur, pour sa belle et joieuse purgation; et le curé aussi d'avoir triomphé à confirmer que c'estoit la peste, et les beaux textes qu'il avoit induit à ce propos.

Geste rupture de camp sans coup frapper entendue par tout, le seigneur, lors que son fermier luy apporta argent, mit sur le tablier les bons tours et finesses qui s'estoient passez entr'eux. Ce que Hervé nioit, et que tout son cas avoit esté à la bonne foy, et sans y songer que bien à point : entendant assez qu'il ne se faut trop jouer a son maistre, les jeux duquel plaisent tant qu'il veut, et non autrement. « Pour recompense, dit le seigneur, je vous feray participant en la moitié d'un beau paquet de greffes qu'on m'a envoie de Touraine, ensemble des bonnes et belles graines. »

Le jardinier, appelle et fait au badinage, les présente au fermier, qui le remercia jusques à pieds baiser, le priant garder le tout jusques au lendemain, enterrer les greffes, et mettre les

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graines au cabinet du jardin. Et lors que Monsieur dormoit après disner (car il prenoit son bonnet et vin de couclier dés le matin , Hervé alla et chemina tant par les allées qu'il apperceut qu'on luy vouloit donner un coup de gaule par sous l'huis et le tromper, où il falloit prontement adviser. En quoy il ne fut paresseux, car il prent les bons pacquets et graines, qui véritablement estoient venues de bon lieu, et supplanta aux mesmes endroits et places ceux qu'on luy avoit tant importunement donnez, qui estoient des besiers, entes sauvages, graine de parele, de fougère, et autres de belle apparence, comme toutes races et généalogies des choses se recongnoissent au fruit, et non à la simple veuë. Le fermier remercia Monsieur; Monsieur aussi, luy mettant la main sur l'espaule, façon qui n'appartient qu'aux princes, encore que tous gendarmes et chevaliers de la nouvelle impression en abusent, le pria luy envoler les premiers fruits issus des greffes et graines qu'il luy avoit donné ; beut à luy à la trotte qui mode, c'est à savoir la goutte sur l'ongle, ce que Hervé fit aussi. Et des premiers venus-, qui sont les graines, il envoie à son maistre de beaux colifiori, raiforts, laitues de Mont-ferrat, et autres fort singuliers, par lesquels ce monsieur congneut que sa traînée estoit es-

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