‹ Contes et discours d'Eutrapel, de Noël du Fail (volume 2)Chapitre 46 sur 51 · DURENT Q^UELQ^UE PEU, ETC · texte numérisé non relu

DURENT Q^UELQ^UE PEU, ETC

OU comme, dit un prognostiqueur, doivent faire ceste année les papistes et huguenots contre le Turc prest d'envaiiir l'Italie, si vous croiez à telles devinailles.

Ce vilain espouvantail, parce qu'il ne disoit mot, ne se remuoit, les tenoit en tresgrande peine, estimans qu'il y avoit bien de l'anguille sous roche : ainsi qu'on dit des Vénitiens, quand le roy Loys douziesme leur envoya pour ambassadeur un conseiller du Parlement de Paris, sachant bien peu, et parlant encore moins, mais bien riche; lequel aussi n'avoit que les instructions générales, comme : s'ils avoient eu force vin, si la canelle seroit à bon pris : car le fînet qui estoit avec luy portoit la marchandise déliée. Ils ne seurent onc crocheter un seul mot qui leur servist, comme ils faisoient des autres precedans, qui s'ouvroient du beau premier coup en italien, grec et latin. Ce maistre espouvantail se faisoit bien courtiser et chercher; en fin, une jeune chouette advantureuse, par l'inexpérience qui rend la jeunesse, comme dit Aristote, téméraire et entreprenante, se va aprocher de messer Zani, puis d'un saut se lance sur sa teste, où elle chia honnestement aussi gros que fît Paule Jove en la description de ceste sanglante et cruelle bataille, en Italie, où il ne mourut qu'un laquais. La

brèche faite, ce fut pitié voir les grimaces de toutes les bandes qui y avolerent pour s'asseurer de toutes les embusches qu'on eust peu leur avoir dressé. Et puis Dieu sait comme les pauvres fèves furent accoustrées, ravagées et pillées, plus en haine de ce qu'on leur avoit baillé et supposé un homme de foin (cas plein de fausseté et capital) qu'autre chose.

Pendant le cours de ces dernières criminelles, non civiles, guerres, comme on les appelle, y avoit un certain monsieur plus outre-cuidé et sot (ces deux pièces vont ordinairement ensemble, dit Lupolde) que dix des plus excellens en cest art, auquel quelques siens parens et voisins firent compagnie : non pour aller à la guerre, car il estoit couard comme une femme; si ne laissoit avec ses inférieurs faire de l'habile homme. Il tenoit bonne maison et ouverte, qui est le moyen d'acueillir et faire bon nombre d'amis de table : j'entens dire qui mangeroient le pain d'un bon chevalier, luy complaisant en tout ce qu'il avoit dit. Jamais Mitio en Terence n'en fît d'avantage. Tout ce qu'il vouloit et disoit estoit par eux confirmé avec le chapeau à la main, la genoûillade bien estofée d'un mouvement alternatif de toutes les parties du corps. Le plus apparent d'eux en compagnie estrangere luy venoit devotieusement

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