MAIS EN FIN SONT DECOUVERTES
P. 2 1 5, 1. I et suiv. — Excellente définition des hommes pleins de jactance et sans mérite réel.
P. 216, 1. 23. — Il y avoit un bois abatu pour un long temps. On avait longtemps à attendre.
P. 217, 1. 14. — Images pleines de coupeaux. Personnages qui n'ont que l'extérieur et n'ont à l'intérieur rien de consistant. {Coupeau, menu bois.)
P. 219, 1. 23. — Messer Zani, prononciation vénitienne pour Gianni, abréviation de Giovanni, le bouffon dans la comédie italienne.
Même p., 1. 2 5. — Paule Jove, Paolo Giovio, historien fécond, mais peu véridique, né à Côme (Lombardie) en 1483, mourut à Florence en i552.
P. 220, 1. 22. — Mitio en Terence, personnage des Adelphes, dont l'indulgence est excessive.
P. 221, 1. 7. — Soupière, aimanta souper.
P. 227, 1. 23. — Bon temps, mau temps, en quelque temps que ce soit; bon gré, mal gré.
P. 228, 1. 5. — S'estre Komi-peté. On appelait au moyen âge Komieu celui qui faisait le pèlerinage de Rome; un Konù-pctc, en style rabelaisien.
NOTES. 3o5
P. 228, 1. 8. — Jean Meschinot, né à Nantes vers 1420, mort en 1491, a composé un grand nombre de vers aujourd'hui fort oubliés, bien que le recueil de ses poésies, intitulé : Les Lunettes des Princes, ait eu vingtdeux éditions.
Même p., 1. 21. — Adrien, qui onc ne se pleut en si haut théâtre : Adrien VI, né à Utrecht en 1459, mort en i523. Ce pape simple et modeste avait enseigné, quand il était professeur en théologie, « qu'un pape peut errer dans ce qui appartient à la foi ». Voici son épitaphe, composée 'par lui-même, et à laquelle du Fail fait ici allusion : Adrianus VI hic situs est, qui nihil sibi infelicius in vita, quant quod imperaret, duxit.
P. 229, 1. 2 5. — Chicouan, tabourineur à Saumur. Cette histoire est racontée plus longuement par Des Periers dans son XLix'' conte.
P. 2 3o, 1. 26. — Chatemites et pâtes peines, mines hypocrites et doucereuses.
P. 2 32, 1. I. — Faire la faction de la guerre, servir sous les drapeaux.
Même p., 1. 10. — Quileur succédait, quileur réussissait.
Même p., 1. 19. — Sans tirer à l'escarcele, sans payer.
Même p., 1. 24. — Traité à la fourche. Cette expression signifie mal traité, ce qui est précisément tout le contraire de ce que l'on veut dire ici : car il s'agit d'un homme qui doit être, comme on le dit plus loin, « cochonné et traitté friandement ».Du Fail ne voudraitil pas dire « traité comme un cheval à qui l'on sert le foin à pleine fourche » ?
P. 2 33, 1. 21. — Guidant bien enfiler son eguille, espérant une bonne affaire.
Même p., 1. 22. — Cochonner, faire faire bonne chère. Le cochon était alors une viande de choix.
P. 2 35, 1. 2. — Monsieur, vous plaisl-il qu'on couvre? Que l'on serve le dîner.
3o6 NOTES.
P. 235, 1. i3. — Mis dehors par derrière, par une porte de derrière.
P, 236, 1. i3. — Depuis miserere jusqu'à vitulos, depuis le commencement jusqu'à la fin, sans désemparer. Le psaume qui commence par miserere finit par le mot vitulos.
Même p., 1. ly. — Je suis des Trente, et en droite ligne. Rien de plus fameux en Bretagne que le combat des Trente. Descendre en droite ligne de l'un d'eux devait être considéré comme un titre de noblesse.
Même p., 1. i8. — Donnez moy donc à boire, dit Lupolde. A la suite de cet alinéa, on trouve dans les éditions postérieures :
(( Je voudrois, dit Eutrapel, avoir ieu le livre De Artesignata, de la Ripviere le Baillif, homme de sçavoir non vulgaire et commun, car alors j'apprendrois pourquoi Lupolde, atout son rouge nez, et à pompettes, conclud tous ses contes par vin avec despens. — C'est, mon petit turluteau, dist Lupolde, pour te faire parler; aussi que le vin est appelle laict des vieux. Et, pour ce que tu n'es qu'une beste, tu ne boyras que de l'eau. Bon soir. »
La Rivière le Baillif, médecin ordinaire d'Henri IV, né à Falaise et mort à Paris en i6o3, avait exposé, dans l'ouvrage cité par du Fail, l'art prétendu de trouver chez l'homme les signes ou marques des influences planétaires.
Chap. XVin. — Eutrapel et un Vielleur.
P. 287, 1. 8. — Le mal estre. Tout le commencement de ce chapitre offre encore des exemples de l'emploi de l'infinitif absolu, latinisme très-fréquent chez du Fail.
P. 238, 1. I. — Jouer à boute-hors, jouer à mettre dehors. Ce jeu, pratiqué par les coureurs de places, s'appelle aujourd'hui : « Ote-toi de là, que je m'y mette.»
P. 238, 1. 4. — Attendant le gland qui tombe, attendant les faveurs royales.
Même p., 1. 22. — Bien boûillonneux et crotté, tout trempé. On dit : Il pleut à gros bouillons.
P. 289, 1. 4. — Baisant le doigt. En condamnant ces baisemains à l'espagnole, du Fail s'appuie sur l'autorité d'Antoine de Guevara, dont les ouvrages, traduits en français, jouissaient alors d'une assez grande célébrité. C'est d'une de ces versions françaises que La Fontaine a tiré son admirable fable du Paysan du Danube.
Même p., 1. 28. — Le secret oriental. La façon orientale d'éteindre une chandelle, selon M. Assézat, consisterait à la renverser de manière à ce que le suif envahisse la mèche et noie la flamme. C'est ce que du Fail appelle « la laisser mourir en soi-même ».
Même p., l. 24. — Sans haleter, en retenant son haleine.
P. 240, 1. 12. — Froissard dirait : « decliquast une dondaine », lançât avec bruit une dondaine. La dondaine était une grosse pierre en forme de boule jetée par une machine de guerre.
Même p., 1. i3. — Les affcttées : « un sonnet ». Les personnes afîétées, les prudes, diraient : un petit son, un petit bruit. Rabelais attribue cette expression aux Sanctimoniales ou Nonains. (Pantagruel, livre IV, chapitre XLIII.)
P. 242, l. 2. — Celuy qui n'a point de blanc en l'ail. Le diable.
Même p., 1. 10. — La roine Pedangue, lisez reine Pedauque ou Pied d'oie. (Voir le roman de Berte aus grans pies, pubUé par M. Paulin Paris.)
Même p., 1. 11. — Qu'ils tuoient à se faire jouer, inversion plaisante pour « qu'ils jouaient à se faire tuer ».
Même p., 1. 23. — Comme dit Artemidorus. L'Artemidore dont il est ici question est un contemporain
3o8 NOTES.
d'Antonin, auteur d'un Traité des Songes [Oneirocraticon), traduit en latin au XVP siècle, et en français, par A. Dumoulin (Rouen 1664), sous le titre de : « Jugements astronomiques des songes ».
P. 243, 1. 26. — Se prelingant, se posant fièrement. Rabelais donne le nom de prelinguant à l'écuyer tranchant qui déguste le premier les mets qu'il sert, et au conseiller opinant avant le président d'un tribunal.
P. 244, 1. 4. — Sans recreance, sans refus. Le recréant était au moyen âge le lâche qui s'avouait vaincu.
Même p., 1. i3. — Les braies d'un cordelier. C'est le sujet d'un conte de Boccace, reproduit par La Fontaine dans le Psautier.
Même p., 1. 16. — La résidence et hypostase, le résidu et dépôt des matières qu'il contient.
P. 245, 1. 5. — Droit de rampeau. Faire rampeau, au jeu de quilles, c'est gagner la partie en un seul coup de boule.
Chap. XIX. — Musique d'Eutrapel.
P. 249, 1. 20. — Quelque letahonde. Le chant latin Lxtabundus était célèbre au moyen âge. Un manuscrit du XIII^ siècle contient sur l'air du Lxtabundus une chanson sur la bière, dont voici les premiers vers ;
Or i parra :
La cerveyse nos chantera Alléluia!
Cette chanson a été publiée dans les Keliquiz antiqux de M. Th. Wright, t. IL
P. 25i, 1. 3. — Disoit Seneque à un se promenant seul. Sénèque conseille d'éviter la foule et de savoir vivre seul ; mais le sage seul peut ainsi s'entretenir avec
lui-même. Il y a des gens qui, vivant seuls, se trouvent en très-mauvaise compagnie.
P. 25i, 1. II. — Lais, virelais et chants royaux. Le lai, dans notre ancienne poésie, était le récit, en vers de huit syllabes, d'une aventure légendaire; \e virelai, une sorte de rondeau; le chant royal, un poëme composé de cinq strophes de onze vers et d'un envoi de cinq à huit vers, ces six parties finissant par un même vers qui en formait le refrain.
P. 2 52, 1. 22. — Comme au loup de la jambe Marbandus. Loup signifie ici ulcère, plaie.
P. 264, 1. I. — // souvient tousjours à Kobin de ses fîustes. Ce proverbe a donné lieu à plusieurs explications. Selon Le Duchat, il vient de ce qu'un ivrogne, accoutumé à boire dans des verres appelés fûtes, et n'osant plus, à cause de la goutte, boire que du vin trempé, se souvenait toujours de ses flûtes. On trouve le même proverbe dans Rabelais et dans le Moyen de parvenir.
Même p., 1. 9. — Ignoré de l'Aretin. Gui l'Arétin ou Gui d'Arezzo, moine de l'abbaye de Pomposa, au duché de Ferrare, né vers 990, est considéré à tort comme l'inventeur de la gamme; il est seulement le premier qui ait fait usage des syllabes ut, ré, mi, etc., par lesquelles commencent les vers de l'hymne de Saint-Jean-Baptiste, comme signes musicaux.
Même p., 1. 12. — Triboulet, fou de cour sous François P"'; Sibillot, sous Henri III.
Même p., 1. 18. — Mis la campane au chat. Mettre la campane, ou attacher le grelot au chat, c'est oser prendre l'initiative dans une affaire difficile.
P. 2 55, 1. 17. — Tribalement de saincts, bruit de cloches. V. Toque-saint, au Glossaire.
Même p., 1. 20. — Les ^enferrèrent très-bien, les remirent dans leurs fers.
P. 256, 1. 26. — Tabourin greslier, tambourin ayant
3lO NOTES.
un son grêle. On disait autrefois : sonner un grêle, pour sonner une trompette.
P. 267, 1. II. — Voix de guel à pans gringottéeSj voix faisant entendre un gazouillement désagréable.
P. 259, 1. 17. — Grandement dispuiez et debatus. Déplorant les controverses religieuses de son temps, du Fail voudrait que l'on prît dans chacune ce qu'il y a de meilleur. Cet éclectisme, pratiqué par le chancelier de L'Hôpital, eut pour résultat de le rendre suspect aux partis extrêmes.
P. 260, 1. 9. — Un lopas tout chevelu. C'est le musicien qui, dans le P'' livre de l'Enéide, chante devant Didon en s'accompagnant sur une harpe d'or :
Cithara crinitus lopas Personal aurata.
P. 261, 1. I. — Tristan de Leonnois, célèbre roman du moyen âge, fort lu au XVP siècle dans la version en prose du XV*^. Les noms de Tristan et d'Yseult viennent d'acquérir un nouveau genre de célébrité grâce à l'opéra de l'Allemand Wagner.
Même p., 1. 26. — Deux meschantes harts d'osier. Deux liens d'osier tendus sur une vieille tête de cheval composent une lyre dont il aurait été difficile à Orphée lui-même de tirer d'harmonieux accords.
P. 262, 1. 26. — Canes post lapides. Toujours le même procédé d'inversion.
P. 263, 1. 22. — Jaques Cartier, Breton, et Robert Val. Jaques Cartier, père de Sébastien, né en 1494 à Saint-Malo, mort vers i554, n'a pas découvert le Canada, mais en a exploré le premier une grande partie. C'est le Vénitien Jean Cabot ou Cabotto qui, en 1497, a découvert Terre-Neuve, le Labrador et le Canada. Il est question du navigateur Roberval, dit M. J. Assézat, dans la relation du voyage de Cartier,
NOTES. - 3ll
P. 264, 1. I. — Le bon prince Brittan , arriere-neveu de Dis, roy des Gaulois. Les Bretons descendent de Brittan comme les Fiançais de Francus, fils d'Hector. Tout ce que l'on sait, c'est que le nom de Bryt ou Prydain désignait la partie sud de la Grande Bretagne.
D'après Wace, c'est le Troyen Brut ou Brutus, arrière-petit-fils d'Enée, qui donna son nom au pays :
La terre avoit non Albion ; Mais Brutus li canja son non :
De son non Bruto nom li mist, Et Bretaigne son nom li fist.
(V. Wace, Li Komans de Brut, t. I", p. 58.)
Même p., 1. 16. — La journée de Marhara. C'est le fameux combat des Geais et des Pies, raconté dans le prologue du IV^ livre de Pantagruel.
P. 266, 1. 17. — La chanson de la guerre, faite par Jannequin. La chanson sur la bataille de Marignan se trouve dans le Recueil des Chants historiques français de Le Roux de Lincy.,
P. 267, 1. 2. — Contronglé et dur cœur, on remarquera l'énergie de cette expression. En terme de chasse, le contre-ongle est le rebours du pied du cerf. On se fait une idée de ce que peut être, au point de vue de la dureté, un cœur contre-onglé,
P. 269, 1. 14. —Jeiter la truye au foin, changer de discours.
De quatre choses Dieu nous gard :
Des patenostres du Vieillard, De la grand' main du Cardinal, Du cure-dent de VAdmiral, Et la messe de VHospital.
Le vieillard est Anne de Montmorency, qui entremêlait ses prières des ordres les plus sanguinaires; le cardinal
est Charles de Guise, personnage puissant dont on pouvait tout craindre; l'amiral, c'est Coligny, qui avait coutume de mâcher son cure-dent lorsqu'il avait à prendre un parti dans un cas grave. L'esprit de tolérance du chancelier de L'Hôpital le fit accuser de faire cause commune avec les huguenots.
On disait encore à la même époque :
De trois choses Dieu nous gard :
De VEt csetera des notaires,
Quiproquo des apothicaires
EtBoucon (Poison] des Lombards frisquaires (rusés).
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