‹ Contes et discours d'Eutrapel, de Noël du Fail (volume 2)Chapitre 50 sur 51 · Chapitre Premier. — De la Justice · texte numérisé non relu

Chapitre Premier. — De la Justice

Ainsi que nous l'avons dit dans notre Introduction, ce premier chapitre est un des plus curieux et des plus importants de l'ouvrage. Du Fail y expose ses idées sur les deux réformes qui lui tiennent le plus au cœur : celle de la magistrature et celle de l'Eglise. Il y traite, sous une forme badine, les questions les plus sérieuses.

Page 4, ligne 3. — Plusieurs petites questions de neige. Cette expression, qui signifie des questions frivoles et sans consistance, vient sans doute, comme celle de bel homnu de neige, d'un fabliau qui a pour titre : l'Enfant de neige, ou l'Enfant remis au soleil. (V. le Recueil général et complet des fabliaux, t. I, p. 162. Paris, Jouaust, 1872.)

P. 5, 1. 3. — L'invention saincte Croix. Les monnaies d'argent portaient une croix sur la face, ce qui a donné lieu à l'expression « n'avoir ni croix ni pile ». L'invention saincte Croix signifie donc, en style figuré, « moyen de trouver de l'argent » .

Même p., 1. 20. — Keverences à deux estagcs, expression plus décente que celle de revcrance à cul ouvert, qui précède.

P. 6, 1. 6. — Président de la nouvelle creuc, de nomination récente.

Même p., 1. 2 5. — Dans le livre des Conformitez Sainct François à Jésus Christ, il est démontré que le saint est bien supérieur au Dieu. (Voir Henri Estienne, Apologie pour Hérodote.)

P. y, 1. 22. — Sans baisser ou abaisser les lances, sans disputer, sans combattre, expression empruntée aux jeux militaires.

P. 8, 1. 7. — Ta vie est assignée sur ces beaux conseils, tu tires de ta profession tes moyens d'existence.

Même p., 1. 19. — Semées et cousues de recoleniens, etc., énumération plaisante de termes du barreau, bien connus de Noël du Fail. Tout ce blasonnement des armes distinctives des avocats rappelle le Tournoiement de l' Antéchrist de Huon de Méry, où sont décrits les blasons des Vertus et des Vices.

P. 9, 1. 2 3. — Treilles de greffe. Treille pour treillage ou treillis, assemblage de barreaux croisés formant cage ou prison.

Même p., 1. 26. — Remuer les vieilles ferrailles de plaidoirie, recourir à toutes les ruses du barreau.

P. 11,1. 14. — Ce qui appartient à la gibessiere, ce qui doit procurer de l'argent.

P. 12, 1. I. — Manger son pain en son sac, vivre chichement, faire un dîner de mendiant.

Même p., 1. 12. — S'il ne pleut, il dégoûte, si l'eau ne vient pas abondante, elle vient toujours goutte à goutte : elle arrive donc au moulin.

Même p., 1. 22. — Grandes révérences et baretades, grands coups de chapeau, politesses exagérées. La barrette, en provençal berrctta, béret, est une espèce de coiffure. — « Prends garde, dit Harpagon à son valet, que je ne parle à ta barette. »

Même p., 1. 27. — Juger de mcsme à deux, se dit de deux juges s'entendant pour donner le même avis. — Hors court et procès sans apparence, sans que l'accusé comparaisse. — Un beau petit renvoi sous la corde, sans jugement.

P. i3, 1. 20. — Emprunter le nom de quinze ou vingt prcstres et prothonotaircs à courtes chausses pour avoir

plusieurs bénéfices, moyen d'accumuler plusieurs bénéfices au moyen de prète-noras.

P. i3, 1. 28. — Introduire de petites gabelles aux clercs de Messieurs, donner aux clercs des pourboires pour frauder la gabelle.

P. 14, 1. 24. Cracherez dans le bacin, expression bien connue, signifiant : rendre gorge, restituer ce que l'on a volé.

P. I 5, 1. I I . — Tu te peux bien resoudrt en ce point, que..., tu peux t'attendre à ce que...

Même p., 1. i3. — Crcesus paia le péché de son aïeul, allusion à l'histoire de Gygès et du roi Candaule. Les autres exemples^ tirés de la réponse d'Agathocle aux habitants de Corcyre et de la peine subie par les femmes de Thrace en punition du crime commis autrefois à l'égard d'Orphée, rappellent le fait trop véritable des misères dont sont frappés les enfants par les crimes de leurs pères.

Délie ta majorum immeritus luts.

Romane,

a dit Horace.

Même p., 1. 25. — Pour resolutiony pour conclusion.

P. 16, 1. y. — Juré de calomnie et purgé de conseil, sorti victorieux d'un procès en calomnie.

P. 17, 1. 3. — Le chancelier du Prat ou Duprat, né à Issoire en 1465, mort en i535. Le fait dont il est question ici est un des moins importants de sa vie. La part qu'il prit au Concordat qui abolit la Pragmatique Sanction et assura au roi le droit d'élire les membres du clergé français a une tout autre portée. Par son opposition aux vues ambitieuses de Charles de Bourbon et aux empiétements des parlements, il coatribua aussi puissamment à la prépondérance du pouvoir royal.

Même p., 1. 26. — Kevomissent telles pillerics et concussions au fisque et pannicr de la République. Le fisquc

(fiscy est tout simplement un panier de jonc qui prit le sens de trésor public, d'oii fiscalité, confisquer, etc. — Comme le mot bulga, d'origine gauloise, bouge, bouget, en anglais budget, est devenu ce que l'on ne sait que trop aujourd'hui.

P. 19, 1. II. — Humeur péchant. Molière a dit : humeur peccante.

Même p., 1. i3. — Trouver l'encloixeure. L'enclouure est la plaie d'un cheval que le maréchal a piqué jusqu'au vif en le ferrant. Comme il n'est pas facile de reconnaître lequel des clous a fait le mal, on est obligé de dessoler entièrement le cheval. De là trouver ou deviner l'enclouure, deviner juste, trouver le point capital, essentiel. « On a deviné l'enclouure », dit encore Molière. (Bourgeois gentilhomme, acte III).

P. 2 1,1. 2. — Comme dit Virgile, allusion au si forte virum quem conspexere, siknt, de VEnéide, et non au quos ego, comme le pense un des derniers éditeurs de du Fail.

P. 22, 1. 2. — Conjoignant sa façon de vie à ses reprehensions et advertissemens. C'est joindre l'exemple au précepte. Remarquer ici tout ce que dit l'auteur au sujet des fautes commises dans les villages : il les attribue aux pasteurs qui dicunt, et non faciunt. On y apprend avec surprise que « sur cinquante paroisses, en Bretagne, il n'y en a pas une qui ait son recteur résidant».

Même p., 1. 24. — Crieront sur vous au lard à plaine teste, vous accuseront faussement d'avoir volé. Ceux que l'on traitera ainsi de huguenots, d'ennemis, de voleurs, sont les imprudents qui auront parlé au clergé de rendre la troisième partie du revenu ecclésiastique aux pauvres des paroisses.

P. 2 3, 1. 3. — Pclrus Conicster, ou plutôt Comestor, le mangeur, ainsi nommé à cause de la quantité de livres qu'il avait lus, fut en i 164 chancelier de l'Eglise de

Paris, et mourut en 1 198. S'il attaqua les gens d'église qui détiennent les biens des pauvres, il prêcha du moins d'exemple, il abandonna tous ses biens aux pauvres.

P. 23, 1. 24. — Au concile Agathense , Concile d'Agde.

P. 26, 1. I. —Kebufus, Pierre Rebuffi (1487-1557), jurisconsulte, s'est principalement occupé des matières bénéficiales. Ce n'est probablement pas à ce titre que son nom est invoqué dans les Plaideurs de Racine.

Même p., 1. 16. — Maintenant les choses en leur premier estât et splendeur. La chimère des procès ayant bouleversé le royaume (où il n'y a, disait de Bodin, journal de terre qui ne soit plaidé et mis en controverse une fois l'an), du Fail pense que tout serait sauvé si les gens d'église rendaient aux pauvres le tiers des biens ecclésiastiques, si le gentilhomme épousait la demoiselle de sa race, si chacun continuait à suivre la profession de son père.

P. 27, 1. 22. — Chevauchées, ou enquêtes par commissaires, imaginées par Louis XI pour dresser la liste des gens de bien, — excellente mesure si l'on avait pu s'assurer de l'intelligence et de la bonne foi des enquêteurs. C'est toujours la même question : qui surveillera les surveillants?

P. 28, 1. 3. — Le sieur de Brese. C'est sans doute Jacques Brezé, comte de Maulevrier, grand sénéchal de Normandie.

P. 29,1. 25. — Crueliser et esclaver, traiter cruellement et tenir en esclavage.

P. 32, 1. II. — Dcspccher sa robbe longue au petit point. La robe longue, c'est la magistrature; le petit point, en terme de broderie, est le point le plus fin. Lupolde veut donc dire que l'on critique trop minutieusement sa profession.

Même p., 1. 19. — // avoit vcu en la bibliothèque du

Vatican. Ces mots semblent indiquer que du Fail : Eutrapel) avait visité Rome.

P. 33, 1. 16. — Blondus, Flavio Blondo, Italien, mort en 1463, auteur de Vltalia illustrata.

Même p., 1. 25. — Mais dommage. M. Assézat met: Mau dommage.

P. 34, 1. 2. — De cinquante juges vous n'en trouverez pas un qui soit vrayement noble. Il n'y aurait pas eu grand mal à cela, si les juges avaient eu le bon sens de croire qu'une bourgeoisie instruite était supérieure à une noblesse ignorante.

Même p., 1. 27. — Les forts, dit Horace, engendrent les forts; la poche sent tousjours le haran (nous disons la caque). Du Fail touche ici à la question de l'iiérédilé dans les races, dont on s'occupe tant aujourd'hui.

P. 35, 1. 9. — Quelque italianisnte qui coure parmy nous. L'auteur condamne, comme Henri Estienne, le français italianisé. Voir les deux Dialogues du nouveau français iialianizé et autrement deguizé, principalement entre les courtisans du temps.

P. 36, 1. 22. — Pierre de Cugneres, vulgairement appelle Pierre du Coignet. Ce dernier nom avait été donné par dérision à un marmot mis par les ecclésiastiques dans un petit coin, coignet, de l'église de Notre-Dame. V. Etienne Pasquier, Recherches de la France, liv. III, chap. XV.

Chap. II. — N'entreprendre trop haut et hanter peu les grands.

P. 41, 1. 3. — Tomboient beau sault , faisaient une belle chute.

P. 42, 1. 9. — Oyoicnt sa fièvre quartaine! entendaient dire : « Que la fièvre quartaine te serre! » Votre fièvre quartaine, sa fièvre quartaine, jurement elliptique qui se trouve encore dans Molière.

Si VOUS y manquez, votre fcvre quartaine! {Etourdi, acte IV, scène vi).

P. 42, 1. 16. — Je vous y protrouveray au tiers. MM. Guichard et J. Assézat : Je vous y portionnerai au tiers, ce qui se comprend mieux, mais n'est pas dans l'édition de i 585.

P. 43, 1. 10. — Monsieur de fer, respondit celuy de terre, etc., je n'iray point avec vous. On disait au moyen âge : « Seigneur de paille ne doit se mesurer à seigneur d'acier. »

Même p., 1. i5. — Et puis, adieu Fouquet ! Fouquet est le nom vulgaire donné à l'écureuil. C'est par ce motif que le surintendant Fouquet portait un écureuil en ses armes, avec la devise ambitieuse que l'on sait. Adieu Fouquet ne rappellerait-il pas l'agilité avec laquelle ce petit animal s'enfuit et grimpe lestement au sommet d'un arbre? Cela signifierait donc : « L'écureuil est parti », et par suite : « Plus rien, tout est fini, n'en parlons plus «.

P. 44, 1. 24. — Un laquais et un petit poisson d'avril. Guichard voit là un petit serviteur. — M. J. Assézat, mieux avisé, y trouve la désignation d'un autre poisson dont le nom plus connu est donné à ceux qui font le joli métier que Voltaire, dans un poëme trop fameux, assigne à Bonneau. On le nommait aussi avriol, c'est dans ce sens que l'a pris Rabelais.

P. 45, 1. 10. — Péché presque indispensable, péché n'admettant point de dispense, impardonnable.

P. 46, 1. i3. — FcaVe haut le bois, faire le glorieux. Le haut bois, ou bois de haute futaie, est celui dont la tête s'élève au-dessus des moindres arbres.

P. 47, 1. 23. — Chevalé, buissonné et espionné, poursuivi à cheval à travers les buissons et épié. Brantôme dit cavale.

P. 48, 1. 22. — Joignant le meurtre ainsi proditoire-

ment commis, apprenant le meurtre commis par une telle trahison.

CfiAr. III — - De ceux qui prennent en refusant,

P. 5i, 1. 6. — Les procès criminels se jugeoient à huis ouverts, publiquement, à portes ouvertes, par opposition à huis clos.

P. 52, 1. 22. — S'il n'y avoit autres bourriers en la fluste du prévenu, s'il n'y avait pas d'autres reproches à faire à l'accusé.

P. 53, 1. 4. — S'en allait par le pendant, s'en allait vite, était entraîné comme un homme qui descend une pente. Il y a sans doute ici un jeu de mots, puisqu'il s'agit d'un accusé craignant la pendaison.

P. 54, 1. 8. — Eust-il mangé une charrette ferrée (hyperbole expressive), il en sort iousjours bagues sauves, c'est-à-dire sans dommages, comme ceux qui peuvent sortir d'une ville assiégée en emportant leurs bagages.

Même p., 1. 14. — Guillaume Poiet, inspirateur de l'ordonnance de Villers-Cotterets.

P. 55, 1. II. — Mettre en pourpoint, réduire à la misère.

Même p., 1. 22. — Franc de l'escot, dispensé de payer son écot.

P. 56, 1. 12. — Se mangeoit le bout des doigts qu'il ne les encoffroit, il était impatient de les mettre en son coffre.

P. 57, 1. 24. — Moitié en guerre, moitié en marchandise, comme un vaisseau à double destination.

Même p., in fine, et p. 58. — Nous avonsici unexemple de la richesse d'expressions avec laquelle les conteurs du XVI* siècle décrivaient l'acte sur lequel ils reviennent avec tant de complaisance. Du Fail a payé un large tribut

au dictionnaire désigné par les commentateurs sous le nom d'erotica verba.

P. 59, 1. 24. — Vie, fouet, et au vent! En route, et fouette cocher. Vie appartient au vieux français ainsi que vias, viaus, veaz, du latin via, route.

Or tost, fait-il, bias niés (beau neveu) adobez vos vias. IChans. des Saxons. 1, p. 178.)

P. 60, 1. I. — Maugis d'Aigremont, héros d'un des poèmes carlovingiens, appartenant à la branche de Renaud de Montauban. Il est plaisant de lui faire écrire la sentence latine : omne animal, etc.

Les éditions postérieures à celle de i585 contiennent l'addition suivante :

Le sieur de Bellefleur, brave capitaine, dit avoir veu aux Universitez la plupart des escholiers, et des soldats aux garnisons, se vanter ordinairement, en mentant toutes fois, qu'ils avoient fort grandes faveurs à l'endroit des femmes, à qui ils n'eussent osé avoir dict mot, et difamer quelquefois la réputation et honneur de plusieurs d'elles qui n'y songèrent onc. Vray que les attraits et familiaritez en sont cause : car, comme dict la chanson, si vous la baisez, comptez quinze ; si vous maniez le tetin, trente, etc.

Chap. IV. — Que les fautes s'entresuyvent.

P. 61, 1. I. — Eguinaire Baron, surnommé par Cujas le Varron de la France, professa le droit à Poitiers, à Angers et à Bourges. Né en 149^ à Saint-Pol-de-Léon, il mourut à Bourges en i555.

Même p., 1. 8. — Duarenus, Duaren ou Douaren, était né en iSog à Moncontour, diocèse de Saint- Brieuc. Il mourut à Bourges en iSSg, après avoir enseigné le droit successivement dans cette ville et à Paris. « C'était, dit de Thou, après Alciat, le plus savant homme de son temps dans le droit civil. »

P. 63, 1. 12. — Le roy François premier du nom. Du

Fail a témoigné en plusieurs passages une grande admiration pour le Restaurateur des lettres.

P. 64, 1. 20. — Cicero, ce friand babillard. Jolie expression résumant sur l'éloquence cicéronienne le jugement porté par Montaigne.

Même p., !■ 25. — Naistre et issir des Troyens. On sait gré à du Fail d'avoir partagé l'opinion des savants qui ont démontré la fausseté des assertions fabuleuses sur l'origine troyenne des Français, descendant de Francus, fils d'Hector.

P. 65, 1. I. — Ottoman, François Hotman, aussi célèbre comme publiciste que comme jurisconsulte (1524- 1590), a joué un rôle considérable dans l'histoire politique du XV!*^ siècle, notamment par le Franco-Gallia, VÉpistre envoyée au Tygre de France, le Brutiim fidmen, etc. — Kenanus (Beatus), dont le véritable nom est Bild, né à Schlestadt en 1485, mort à Strasbourg en i547, est l'auteur des premières éditions de Velleius Paterculus et de Tertullien. — Kamus, savant humaniste dont le nom français était La Fvamée, fut massacré, comme on le sait, dans la nuit de la Saint-Barthélémy (24 août 1572). C'est lui qui fit adopter les lettres / et v confondues auparavant avec i et u. Du Fail fait sans doute ici allusion à son livre De Moribus veterum Gallorum.

Même p., 1. 2. — Cujas. Nous n'avons rien à apprendre sur cet illustre fondateur de l'étude moderne du droit (né à Toulouse en i522 et mort à Bourges en 1590). — Le seigneur du Haillan (Bernard de Girard), né à Bordeaux en i535, mort à Paris le 28 novembre 1610, a le mérite d'avoir composé une véritable histoire nationale en consultant des documents inédits et en renonçant aux habitudes des chroniqueurs.

Même p., 1. 8. — Et son original, estrc en nostre basse Bretaigne. Il faut supprimer la virgule et dire : et

son original eslre. Du Fail emploie souvent cette forme de l'infinitif absolu qui rend quelquefois le sens de la phrase obscur. On comprend alors l'importance d'une bonne ponctuation.

P. 65, 1. i6. — Embasmez et cousus aux conditions de leurs supérieurs, fortement attachés.

P. 66, 1. I. — Selon le seigneur, la mesgnie est duite. La mesgnie, la famille, la maisonnée, est dirigée selon le seigneur. Tel seigneur, telle mesgnie (mesnie).

Même p., 1. 12. — Robe parementée de velours et la queue de tafelas. Détail de toilette bon à noter; sa description pourrait s'appliquer aux robes d'aujourd'hui.

Chap. V. — De la Goutte.

P. 72, 1. 7. — Sont encore après à sçavoir, ne savent pas encore.

Même p., 1. 11. — Fernel (Jean), astronome, mathématicien, médecin de Henri II, surnommé le Catien moderne (1497-1558). Ses œuvres complètes ont été publiées récemment dans la collection des Documents inédits de l'histoire de France, en 3 vol. in-4''. Le livre dont il est ici question a pour titre : De luis vénérez curatione perfectissima liber XX. — Paracelse (Philippe- Auréole-Théophraste Bombast de Hohenheim), né en Suisse en 1493, mort à Salzbourg en 1541, est cité par du Fail à propos de son livre intitulé : Le Mal français (en 3 livres). Il croit à la transmission de la goutte par l'hérédité.

P. 73, 1. 8. — L'eauë philosophale n'est autre chose que l'essence de mercure.

Même p., 1. 10. — Tierry de Hery, grand médecin et grand chirurgien (on sait que les fonctions de chirurgien ont été longtemps remplies par les barbiers), s'était appliqué à la guérison des maladies vénériennes par la

méthode des frictions mercurielles dans l'hôpital Saint- Jacques, à Rome. Né à Paris vers i5o5, il mourut en i585, d'après Ambroise Paré. Il était resté en Italie, où il avait accompagné François l".

P. 73, 1. 24. — Celuy qui est sur les espauks du géant voit plus loing que celuy qui le porte. Image du progrès continu dans les sciences.

P. 74, 1. 20. — Conrad Gcsncr, né à Zurich en i5i6, mort en i565, savant universel, avait écrit des livres de médecine, et, entre autres : Medicamentorum succiduorum Galène adscriptorum tabula; De Coniposilione medicamentorum, etc.

P. 75, 1. 25. — Le feu seigneur de Montniorancy, Anne premier, duc de Montmorency, né en 1492, mort en 1567.

P. 76, 1. II. — Feu monsieur Birague (René de Birague), un des instigateurs de la Saint-Barthélémy, mort en i583.

Même p., 1. 27. — Foucres d'Ausbourg. Les Foucres ou Foulques, en allemand Fugger, étaient de riches joailliers d'Augsbourg.

P. 78, 1. i5. — Selon le patois du pays : Palle va olu, signifie probablement : parle à celui-ci.

P. 79, 1. 4. — Conime le diable qui escrit le caquet des femmes derrière Sainci Martin. Cette image était souvent représentée sur les tapisseries. On en trouve l'origine dans une historiette de la Légende dorée.

Même p., 1. 10. — Le texte original porte, par erreur, mangeroif, que nous avons corrigé pour mettre maugreoit.

Même p., 1. 12. — La bosse d'yver. Quel est le mal ainsi désigné? M. J. Assézat pense que c'est une angine ou une esquinancie. Bosse a souvent le sens de tumeur, d'enflure.

Même p., 1. i3 — M'aist Dieux, que Dieu me

vienne en aide. On se rappelle la devise normande : Dex aïe !

P. 8i. — Les éditions postérieures ajoutent au chapitre V le fragment suivant, qui reproduit, en l'abrégeant, un passage du chapitre IV, des BaUverneries sur la goutte et l'araignce (hiraigne,.

Vous sçavez, dit Polygame, l'eschange que Jupiter fit des domiciles et habitations entre mes damoiselles l'Iraigne et la Goutte. A riraigne, à qui, aux maisons des grands et riches, on faisoit mille maux, en abbatant, balo^'ant et rompant ses toiles et filets, fut assigné la maison du laboureur, et à la Goutte, qui n'avoit que mal et tourment aux champs, les palais et maisons des villes : où depuis bien traictée, chauffée et nourrie, elle est demeurée, ne craignant ou redoutant aucun, fors son ennemy conjuré et mortel, appelé Exercice : car l'eau, qu'on pense luy estre contraire, est sa vraye nourriture, au jugement mesme de Galen, parlant des maladies aquatiques.

Chap. VI. — L'Accord entre deux gentils-hommes

P. 85, 1. 12. — Estre sujet de courir après son esteuf, être obligé de courir après sa balle (au jeu de paume), se trouver dans l'embarras. Esteuf ou eteuf, à proprement parler fjourrej appartient à la famille qui a donné étoupe, latin stupa.

P. 86, 1. i5. — Cest animal [\a femme), qui taillerait bien de la besogne (mais Dieu sait qui la coudrait). Que d'hommes aussi taillent sans savoir s'ils pourront coudre! « Bien taillé », dit Catherine de Médicis à Henri III, après l'assassinat du duc de Guise, « il s'agit maintenant de coudre. »

P. 87, 1. 26. — Le jeu ne vaut pas la chandelle. Corneille a dit dans le Menteur, acte I^'', scène i''* :

Loin de passer son temps, chacun le perd chez elles, Et le jeu, comme on dit, n'en vaut pas les chandelles.

P. 89, 1. 10. — De gros culs hipocritcs et rcnibourez^

contre les lois de seur (sir) Fessine. Ces appendices, plus en honneur aujourd'hui que jamais, sont désignés par des noms plus honnêtes.

P. 89, 1. 16. — Donné respectivement chacune son coup de groin. Manière peu respectueuse de dire cjue deux femmes se sont embrassées.

P. 90, 1. i3. — Boire les uns aux autres à carous, à fer esmoulu. Deux expressions empruntées l'une à l'action de vider les verres, l'autre au genre de duel à outrance. Caraus, caros, carous, est formé de deux mots allemands : gar, tout à fait; aus, vide. On dit aussi faire carousse, faire bonne chère. On trouve dans Rabelais trinquer carus et alluz; c'est la traduction de l'allemand zum gar aus und, ail aus trinken, boire et boire encore, trinquer et retrinquer.

Même p., 1. 19. — A qui voulez vous tenir et avoir procès, sinon à ceux qui vous sont vo/sms ? Malherbe, processif comme un bon Normand, s'excusait de la même manière d'avoir des procès avec ses parents : « Avec qui aurais-je des procès? Avec les Turcs, qui n'ont rien à démêler avec moi? »

Même p., 1. 27. — Du Fail a mal traduit ici Homère, qui fait dire à Achille : « Je n'avais rien à reprocher aux Troyens, qui n'avaient ni volé mes troupeaux ni ravagé mes terres. »

Les lignes suivantes ont été ajoutées à ce chapitre dans les éditions postérieures :

T^smoin un joveigneur ou puisné d'une bonne maison, qui, revenu de la guerre, estant de genoux en une esglise, au banc d'une maison que son aisné avoit puis peu de jours vendue à un soi disant noble, qui ne se voulut ou daigna onc lever à la venue de l'acheteur, ains luy dit que le banc et sépulcre de ses prédécesseurs, qui, estans dessous, ne se pouvoient prescrire en son préjudice, comme choses qui ne se peuvent vendre. L'acheteur dit que, foy de gentil homme, il sortiroit de là. Le puisné repart, dit que, pour avoir esté son père grand annobli , et n'avoii', ne son

père après, entré en possession de noblesse, ains fait actes mechaniques; que, pour estre annobii, n'estoit, pour tout ce, gentil homme. Le roy Louis XI disoit qu'il annobliroit assez, mais n'estre en sa puissance faire un gentil homme, cela venant de trop ioing et de rare vertu. Finalement, sur un desmentir, ce puisné tua ce nouveau enrichi, dont il eut sa grâce fort aisément, depuis entérinée,

Chap. VII. — Jl'GEMEns et suytes de raocÉs.

P. 94, !. 25. — Pigeon de palette, pigeon qui revient toujours au logis. D'où lui vient ce nom de palette? On donne le nom de palette à l'oiseau appelé spatule, à cause de la forme de son bec. Y a-t-il quelque analogie entre cet oiseau et le pigeon?

P. ^5, 1. 24. — Chassameus. C'est Chasseneux qu'il faut lire. Barthélémy de Chasseneux, jurisconsulte et magistrat, né à Issy-l'Evêque, près Autun, en 1480, mort à Aix en i 54 i , avait étudié le droit à Dôle, à Poitiers et à Turin, sous Claude Seyssel. Son principal ouvrage a pour titre Commentaria in consuetudines ducatiis Biirgundix principaliter, et totius fere Gallix consécutive. Lyon, iSiy.

P. 97, 1. 12. — Haut et bas la cheminée, haute et basse justice.

Chap. VIII. — Des Pages et un Capitaine.

P. 104, 1. 26. — Savé quoi i a? Savez-vous ce qu'il y a?

P. 106, !, 4. — Bien laver le nez, leur apprendre leur bec jaune, leur laver la tête, leur apprendre qu'ils ne sont que des enfants. Bec jaune, béjaune, est un terme de chasse désignant un oiseau encore jeune.

Même p., 1. II. — De jeune hermite, vieux diable. C'est l'inverse du proverbe : Jeune diable, vieil hermite.

P. 108, 1. i5. — Faire le petit pain, économiser son pain.

P. 109, 1. 4. — Lors qu'il n'y avoit plus que les ciseaux entre deux, image d'une intimité poussée aussi loin que possible.

P. III, 1. 1-3. — Ponctuer ainsi : Quand cela est, l'on a beau batrc les cloches : devant que les paroissiens soyent venus Vous m'entendez bien. — Les éditions postérieures à celle de i 585 ajoutent ici le passage suivant :

Et Youdrois, par souhait, que tous ces bons gallans, afin de tirer les preuves par leur bouche mesme, tinssent du naturel de Bertun Avenel, ce gentil libraire de Rennes, qui en dormant dict tout ce qu'il a veu et faict le jour où il a esté prins quelquefois par sa femme. Mais il sçait ses defaictes et gauchir au coup, disant, par le conseil de son grand amy Du-Jon, ce docte jeune homme d'issoudun, que ce sont resveries et songes; et ainsi gaigne pays jusquesà la première fois.

ChAP. IX. QpE LES JUGES DOIVENT RENDRE JUSTICE SUR LES LIEUX.

P. 118, 1. i3. — Passer par la forest de Grip, trouver l'occasion de faire sa main, de voler.

Même p., 1. 26. — Charles du Moulin, né à Paris en i5oo, mourut en i566. Son Avis au roi, ou conseil sur le fait du Concile de Trente, composé à la sollicitation du chancelier de L'Hôpital, fut publié en 1664. Les moyens proposés pour la réforme de la religion devaient convenir à du Fail, qui est revenu souvent sur le même sujet.

P. I 19, 1. 22. — Si le royaume de France vaut douze escus, ils en ont sept à leur part. Telle est l'idée que Bodin donnait dans sa République de la richesse du clergé. Ce qui fait dire à du Fail « qu'il n'est personne qui n'aidast à ce que l'Eglise fut dégraissée et remise en sa première beauté ». Ce que proposait Du Moulin s'était fait en 1789, et a été défait depuis. Dans tout ce cha-

pitre excellent, l'auteur expose la nécessité de la séparation de l'Église et de l'Etat, rêve de notre époque, dont la réalisation se fera sans doute longtemps attendre.

P. 123, 1. 14. — Et faut, disait saint Paul, qu'il y ait des hérésies. « Mais la difEculté gît à bien juger qui est hérétique » , est-il dit dans une note ajoutée aux éditions postérieures.

Chap. X. — Des Bons Larrecins.

P. 127, 1. 6. — // soufflait à grandes tirasses, en tirant fort la chaîne du soufflet de forge.

Même p., 1. 2 5. — Et au pied. Expression elliptique : il gagna au pied, s'en alla.

P. 128, 1. 5. — Se happa au nez, se pinça le nez par dépit.

Même p., 1. 12. — Piller (ital. pigliare) patience de Lonibard, prendre patience com.me un Lombard, comme un usurier attendant son argent.

Même p., 1. 2 5. — Aurait ban bec, signifie ici « se tairait ».

P. 129, 1. 14. — Frère Fredan et les galans hommes de sa suitte, personnages de Rabelais (chap. xxvii et XXVIII de Pantagruel, liv. V).

P. i3o, 1. 7. — Spagiriques (le texte a sparigiques), nom donné aux chimistes. M. Littré suppose une étymologie grecque [rj-nv.v, arracher; ùy-ip-wj, rassembler): l'art qui sépare et réunit. C'est peut-être un mot créé par Paracelse. Les médecins spagiristes expliquent les changements qui s'opèrent dans le corps humain, comme les chimistes expliquent ceux du règne inorganique.

P. i3i, 1. 3. — Jean, pape vingt deuxiesme , etc. Parmi les alchimistes que cite du Fail, le pape Jean XXII est connu pour avoir fulminé en i3i7 une bulle contre les laïques et les ecclésiastiques qui s'adonnaient à cet

art. On lui a attribué faussement sans doute un livre intitulé : Ars mutatoria. La lettre d'Alexandre à Aristote,' les traités de Salomon, ceux des princes africains, médecins arabes, ne s'occupent pas du grand art. Quant au magnifique Meigret, il est plus connu pour ses tentatives de réformes orthographiques que par ses traductions de Pline l'Ancien, et du Livre du monde, faussement attribué à Aristote, comme les nombreux apocryphes où le précepteur d'Alexandre est transformé en alchimiste.

P, i32, 1. 6. — Oldradus, professeur italien, mort à Avignon en i 335.

Même p., 1. 12. — Spécule. Il s'agit ici du Spéculum judiciale de Guillaume Durand ou Duranti, doyen de Chartres, évêque de Mende, né vers l'an i23o à Puymisson, au diocçse de Béziers, mort à Rome en 1296. Son principal ouvrage est le Kationale divinorum officiorum. C'est son Spéculum judiciale ou Miroir du droit, qui lui a valu le surnom de Speculalor.

Même p., 1. 14. — Arnaud de Villeneuve, médecin et alchimiste (i 240-13 i3), n'a pas eu plus que ses confrères le pouvoir de faire de Tor. Mais la hardiesse de ses opinions peu orthodoxes, qui lui valurent l'excommunication, dut l'exposer à plus d'une accusation. Il s'était réfugié à Paris, qu'il fut obligé de quitter, parce qu'on l'accusait d'entretenir commerce avec le diable et de changer en or des plaques de cuivre.

Même p., 1. 16. — Cardan [Jérôme], né à Paris en I 5oi , mort à Rome en i Syô. Homme savant, mais d'un caractère bisarre, il avait, à ce que prétendent Joseph Scaliger, son ennemi personnel, et de Thou, fixé, d'après des calculs astronomiques, l'année et le jour de sa mort. Il se laissa mourir pour justifier sa prédiction.

P. 134. — Les éditions postérieures ajoutent à ce chapitre l'alinéa suivant :

Polygame dit avoir leu en Gratalorus, Aleman, qu'en la lourde Londres y avoit encore en ce jour da petits fagots d'or faicts par Raimond Lulle, sans aucune minière ; et avoir veu à maistre Jacques Even, maistre des monnoyes de Rennes, une image d'or prinse sur les Espagnols, après le sac de Sainct Quentin par ceux de Sainct Malo ; qui jugea, avec les autres orfèvres, et après plusieurs examens, estre bon or, mais faictis et non naturel. Qui croiroit que les caillous et fougère se peussent transmuer et convenir en verre?

Chap. XI, — Débats et Accords entrée plusieurs honnestes gens.

P. i36, 1. 2. — Les files, d'autre part, leurs quenoilles sur la hanche, etc. Rien de plus gracieux que ce tableau d'une veillée ou fkrie bretonne. Les détails en sont saisis sur le vif, et l'on reconnaît ici l'auteur des Propos rustiques.

P. iSy,!. i5. — Comme en Alemagne, où les garçons et files sont couchez ensemble sans note d'infamie. Caste dormiunt, disaient leurs parents. Cette pureté de maurs, cette rustique naïveté dont on faisait honneur aux Allemands, était déjà, au temps de du Fail, considérée comme une légende fort suspecte. La légende cependant a subsisté, et l'on croyait encore avant 1870 à la moralité, à la rusticité naïve, de ces bons Allemands.

P. i38, 1. 4. — Un chose estoit bien tost coulé. Différence essentielle entre un chose et une chose. Il a donné lieu au verbe choser, que les Italiens traduisent par far Vaito.

Même p., 1. 22. — Reprendre nostre chèvre a la barbe. C'est comme nous disons aujourd'hui : « Revenons à nos moutons. »

P. 141, 1. 18. — Un loge qui peut, un sauve qui peut.

P. 142, 1. 1 1. — Le treffe à quatre fueilles pour aller à Haguilanneuf. Le trèfle à quatre feuilles jouait un rôle dans la magie. Quant au mot Haguilanneuf , il a été

interprété de bien des manières : la plus simple et la plus vraisemblable est celle qui y voit la trace de l'usage, chez les druides gaulois , d'aller au commencement de chaque année couper le gui sacré. — Dans plusieurs provinces on entend ce mot crié, plus ou moins altéré, dans les rues le 3i décembre. A Châtellerault, en Poitou, on vend des pâtisseries appelées Aguilauneus. Dans la basse Normandie, les pauvres, au dernier jour de l'an, demandent l'aumône en disant hoguinanno, ce que les écrivains normands interprètent comme hoc in anno. Les Espagnols appellent aguinaldo les présents faits à la fête de Noël.

P. 143, 1. 10. — Un vilain envelousté, un vilain habillé de velours, un parvenu.

Même p., 1. 20. — Un joueur de plat de langue, prompt à la riposte : on frappe du plat de la langue comme on frappe du plat de l'épée.

Même p., 1. 26. — Martinets du collège, écoliers externes libres.

P. 146, 1. i5. — Des plus meures du panier. On dit aujourd'hui : le dessus du panier.

Même p., 1. 28. — Enig pour euig. La traduction de du Fail [sans prison ou avec prison) est fautive. Les deux mots formant l'équivoque sont einig, une fois, et ewig, pour toujours. Il s'agit donc delà prison simple ou de la prison perpétuelle.

P. 147, 1. 16. — L'agout de toute la cour de Parlement. Agout ou agoust signifie, en vieux français, canal, évier, étang, égout. L'expression paraît bien peu respectueuse pour le Parlement.

Même p., 1. 24. — Le plus ho. Dans les éditions postérieures on a écrit les plus beaux.

P. i5o, 1. 10. — Monitoire à fer esmoulu. Nous avons déjà vu cette expression, que du Fail affectionne.

P. i5o, 1. 14. — Nostre jeunesse. Plainte ordinaire des anciens magistrats contre les nouveaux.

P. I 5 1,1. 4. — // avoit les pieds plats et portait son escritoire à gauche. Saillie spirituelle au sujet des motifs saugrenus sur lesquels se fondent souvent les récusations.

Même p., 1. 20. — Qu'il ne luy coustast rien que la barbe secouade. C'est en être quitte à bon marché.

Même p., 1. 25. — Menotus (1440-1518). Michel Menot, dont les sermons macaroniques, moitié en latin barbare, moitié en français burlesque, sont assez connus. — L'expression boire à tire-larigot figurerait malaisément dans les sermons d'un prédicateur plus sérieux que Menot. Ménage n'admet pas l'explication donnée par les étymologistes qui rattachent cette expression au nom de la grosse cloche de Rouen donnée par l'archevêque Rigaut. Le sonneur qui tirait la Kigaut avait fort à faire et, comme tous les sonneurs, du reste, avait besoin de boire copieusement pour se rafraîchir. Ménage, citant deux vers de Ronsard, fait observer que larigot est une espèce de flûte; tirer larigot, c'est, selon lui, humer une flûte (pleine de vin) : nous disons aujourd'hui fluter, jouer de la /ïufe d'Allemand. Cela n'est pas trop mal imaginé. Quant à l'origine du mot lui-même, c'est une autre aff'aire : le docte étymologiste l'explique par pstula, d'où sont venus : fistula, fîstularius, puis fistularicus, d'où enfin, par retranchement, /ari'cus, larigot! « On s'en est moqué, dit-il, mais je me moque de ceux qui s'en sont moqués. » Nous nous permettons de nous moquer aussi des procédés de dérivation dont celui-ci est un exemple. Fleury de Bellingen voit dans boire à tire-larigot : je bois à ti Alaric Got ; Borel : tirer le larynx; et enfîn^ comme arigot signifiait fifre, petite flûte; un contemporain de du Fail expliquait l'expression au moyen d'une simple apostrophe : tirer l'arigot.

P. I 5 2, 1. 10. — // luy cousta son paillard d'argent. En vieux français, pailhon signifie poêlon, petite poêle, du htm patella. Serait-ce, dans ce cas, le sens de paillard?

Même p., 1. 27. — Aller trouver un autre nouveau pigeon. Plaute avait déjà appelé pigeon un sot qui se laisse duper.

P. i54, 1. 3. — Faire le Kaminagrobis, faire ses embarras, comme le dit une expression populaire. On dit aussi faire le grobis, faire l'important. La Fontaine donne les noms de Kaminagrobis et de Grippeminaud, empruntés à Rabelais, au chat choisi pour juge entre le lapin et la belette. Le nom de grobis ou gros bis est donné à une grosse farine bise ou noire. On trouve dans Coquillart (page yS) :

Pour faire leur pain de gros bis.

Quant à Kamina ou Komina, nous rejettons l'explication de Le Duchat : Ko ou Kaoul, nom donné au chat, et mine ou hermine; celle de Domine grobis, de Borel. La plus raisonnable a été proposée par M. Joubert, qui fait remarquer que, dans le patois du Berri, rominer signifie murmurer : c'est le murmure de satisfaction des chats, leur ronron.

Même p., 1. II. — Quelque trongne renforcée qu'il fîst, quelque fière contenance qu'il tînt. Pascal, qui détestait la guerre et avait peu de sympathie pour les militaires, les appelle des rouges trognes.

Même p., 1. 20. — Qui luy donnoit droit en la visière. Image tirée du malaise causé par le soleil qu'on reçoit en plein visage.

P. i55, 1. 10. — Kire à fond de cuve. Encore une expression pittoresque, comme on en trouve tant dans du Fail. Elle vaut bien notre rire à gorge déployée.

Même p., I. 11. — Nous maistre Jean, etc. Adnii-

rable procès-verbal rédigé par un imbécile. — Nous en connaissons de tout aussi burlesques faits de notre temps. P. iSy, 1. 7. — Destuver. Nous ne pouvons donner un sens à ce mot, les éditions postérieures ont desjuner, ce qui se comprend et s'accorde avec les circonstances indiquées. — Ici vient encore un passage, assez insignifiant du reste, emprunté aux éditions postérieures :

Lupolde dit que telle race de juges sont appeliez par les procureurs et advocats leurs grands amis, zélateurs et bienfaicteurs du palais, pour les appellations qu'ils taillent en leurs décrets et belles sentences qu'ils donnent; et que Dieu leur doint bonne vie et longue, car sans eux il leur faudroit tout quitter.

Chap. XII. — Ingénieuse couverture d'adultère.

P. 162, 1. 14. — // estait une grande année de tels vendeurs. Difficile à comprendre. Il y avait peut-être dans le texte une grande armée.

Même p., 1. 18. — Nous avons substitué dit de à dit que, donné à tort par le texte original.

P. 164, 1. 2. — Qui ne tient aucun trait, qui n'a aucune notion.

Même p., 1. 8. — Tenez une femme serrée, etc. C'est la question posée par Molière dans VÉcole des Maris; elle est résolue, comme ici, par la liberté de la femme. C'est l'opinion d'Ariste (acte \", scène 11).

P. 166, 1. 4. — Vous absoudriez les hommes adultères. Lupolde veut bien reconnaître que le crime est le même pour l'homme que pour la femme, seulement moins excusable dans celle-ci à cause des conséquences. Mauvaise excuse : c'est en vertu de ces belles raisons que l'homme se pardonne si facilement à lui-même ce qu'il condamne sans pitié dans la femme.

P. j68, 1. 25. — Le coup de partie en la bouche, prompte répartie.

P. 169. — Dans les éditions postérieures, le chapitre XII se termine ainsi :

Il ne faut pas, dit Eutrapel, que ces preud'hommes se restraignent à faire le petit pain, car ils se verroient flestrir et diminuer, jusques à devenir à veiie d'oeil secs et physiques. Villeau-Renard s'est advisé en cest hyver ne boire plus et faire grand' chère, comme il souloit faire le fin ; mais, sur ce changement de vie, il est mort beau sault; il cogneut sa faute, mais trop tard : car, voulant retourner à son premier mestier, son estomac, ayant changé d'advis, de nourriture et façon de vivre, l'a laissé par les chemins, comme un cheval accoustumé à quatre mesures d'avoine, qu'on remettroit à deux.

Chap. XIII. — De l'Eschouer qui parla latin a la chasse.

P. 171,1. i3-i5. — Bonnets quarrez, escriioires^ bastons à feu. Qualifications plaisantes des magisters.

P. 172, 1. I. — Portaient bedaine et malheur à la chasse. Bedaine, bedondaine, signifiait un boulet lancé par une machine de guerre, puis ventre. Il doit être pris ici dans le sens propre... Porter bedaine et malheur s'ignifierait porter trouble et malheur.

Même p., 1. 16. — M. Assézat écrit en un seul mot aubade. On peut cependant se rendre compte de l'expression au badé, si l'on se rappelle que badcr, baer, béer, signifie ouvrir la bouche, bâiller, mais aussi crier. Le levraut sort en campagne au badé, c'est-à-dire au jappement des chiens.

P. 173, I. 17. — Triez sur le volet. Volet a quelquefois le sens de petite tablette qui sert à faire le triage des choses menues, comme des graines : Ad abacum delectus, dit Monet.

Même p., I. 21. — A savoir mon, à savoir certainement. Cette ancienne locution n'a pas été encore expliquée d'une manière satisfaisante. Ce serait, selon Diez, un diminutif de mundc; mon ou mun signifierait donc purement, vraiment.

P. 1/3, 1. 21. — Si les boiteux iront tout droit en l'autre monde. Critique spirituelle des questions oiseuses trop souvent mises en discussion.

P. lyS, 1. 2. — De Paris, c'est à dire de l'Europe. Cela se disait au XVP siècle, et pourrait se dire encore aujourd'hui.

Même p., 1. 5-6. — Sylvius, Jacques Dubois, né à Amiens en 1478, mort à Paris en i555, dont les ou'vrages, opéra medica, ont été recueillis après sa mort par René Moreau, avait composé un livre sur la génération de l'homme. — Hollerius , Hollier, chirurgien, mort en i562. — Le Goupil (Jacques), docteur de la Faculté de médecine de Paris. — Charpentier (Jacques) (i 526-1 574), moins connu comme médecin que comme philosophe. Nous ne ferions pas plus de cas cependant de sa philosophie que de sa science médicale, s'il était vrai, comme on l'a souvent répété, qu'il eût participé au meurtre de Ramus dans la journée de la Saint-Barthélémy.— Jean des Gorris, en latin Goraus (i5o5- 1577), avait eu pour père Pierre des Gorris, médecin et auteur, comme lui, d'ouvrages de médecine. — Il a été déjà question de Cardan et de Fernel.

Même p., 1. 18. — Escorchant l'anguille par la queue, parlant de manière à ne pas réussir.

P. 176, 1. 16. — Ingannati tutti los pédantes. Du Fail mêle ici l'espagnol à l'italien. Il aurait dû dire : tutti i pedanti.

Même p., 1. 19. — Ce sçavant homme Panurge. Du Fail avait lu Rabelais.

P. 177, 1. 10. — Koyaunie de Surie et duché de Bavière. Emploi du traitement mercuriel. Celui de Surie fait suer; celui de Bavière, baver.

P. 178, 1. 5. — Condamna à platte cousture. On ne dit plus aujourd'hui que battre à plate couture. En style de tailleur, on rabat à plat les coutures, on les aplatit

SOUS le carreau. Le sens de la métaphore est facile à saisir.

Chap, XIV. — D'un qui se sauva des sergens.

P. 181, 1. 4. — Qu.i au matin se levèrent, à l'origine du monde.

Même p., 1. i5. — Antoine Arena, mort en 1644, étaitun poëte assez bizarre, qui chanta en vers macaroniques la Guerre de Charles V en Provence, et l'art de danser, De arte dansandi. — Huon de Bordeaux, un des romans les plus ingénieux du moyen âge, a été édité en 1860 et fait partie de la collection Guessard. — Le Chevalier à la coite mal-taillée, ou plutôt au manteau mal taillé, est un des lais les plus gracieux de Marie de France.

P. 182, 1. 2. — On trouve dans Pantagruel l'explication de ce Cotai d'Albigne, une des mille manières d'expliquer l'objet qu'il n'est pas décent de nommer. Cotale, en italien,, signifie un tel. Messer cotai signifie donc monsieur un tel ou monsieur chose. Albigne serait Albinga, près de Gênes.

P. 184, 1. 9. — Plus lounez (plus étonnés, stupéfaits) que fondeurs de cloches. Ajoutez : dont la fonte n'a pas bien pris.

Même p. , 1. i 5. — Faisoit bien la piaffe, faisait bonne contenance. Henri Estienne se plaint de la substitution récente de ce mot, faite par les courtisans, aux expressions françaises en usage : parade et bravade.

Même p., I. 16. — Les plus devoticux d'eux s'agenoûillerent devant luy. Cette histoire d'un plaisant prenant la place d'un saint dans sa niche, et devant lequel s'agenouillent les dévots, se retrouve dans un des contes du XIII*-' siècle; elle fait aussi partie de la légende de

DOO NOTES.

Rabelais et rappelle un trait du même genre raconté dans le Pironiana.

P. i85, 1. 7. — Pourfilé d'iragnes, tapissé de toiles d'araignées.

Même p., 1. i5. — S'eslargtroient d'avantage, seraient plus larges, plus généreux.

Même p., 1. 19. — Merence. Ne serait-ce pas plutôt Merenge? C'est le nom d'un théologien protestant qui fut envoyé à Blois en i558. Il avait composé un livre intitulé : La Légende des Moines, etc.

Même p., 1. 20. — La chose tourna sur le chose, l'affaire tourna mal.

Même p., 1. 21. — Entre bouche et cuillUr. C'est un proverbe du XIIP siècle :

Entre bouche et cuillier Vient souvent encombrier.

Nous disons aujourd'hui plus élégamment : « entre la coupe et les lèvres ». Caton avait déjà dit : inter os atque offam multa intervenire posse.

Chap. XV. — De l'Amour de soy-mesme.

P. 187, 1. 2. — Saisi et empiété d'une certaine ambition. Expression énergique empruntée au blason : Aigle empiétant un mouton, le tenant entre ses serres.

P. 189, 1. 17. — A bon escient et pour son regard, sérieusement et lui étant particulière.

Même p., 1. 26. — Jobelin bridé, comme on dit oison bridé ou Brid'oison. En terme de vénerie, « brider une volaille », c'est lui passer une ficelle dans les cuisses. Le pauvre Job a donné lieu à un grand nombre de dérivés pour caractériser les niais et les dupes. Job, jobet, jobart, jobelin, jobeliner, joberie et jobelinerie.

P. 190,1. II. — Braqua et debagoula cinq ou six

NOTES. 3oi

branches de t'J7tt&). Braquer, c'est diriger un canon; debagouler, c'est parler sans mesure, jouer de !a gueule. Dans une chanson poitevine du XIV" siècle, un pajsan assiste à une messe chantée :

Glie se mirent, ben o le di, A debagouler la grant maesse !

P. 190, 1. i3. — Jacques Tusan, professeur de langue grecque, dont on s'étonne de ne pas trouver le nom dans la Biographie universelle de Didot,

P. 191, 1. 4. — Comme le bon Accurse : « Graecum est^ non potest legi. » Quelques gens timorés disaient à cette époque : « On a trouvé depuis peu une nouvelle langue qu'on appelle grecque; il faut bien s'en garder avec soin: cette langue enfante les hérésies. »

Même p., 1. 12. — Maladie S. Mathurin, la folie. C'était en effet pour guérir les fous que l'on invoquait saint Mathurin, comme saint Claude pour les boiteux [claudicantes], sainte Claire pour le mal d'yeux, etc. Même p., l. i3. — Nerf-feru, maladie nerveuse. Même p., 1. 21. — Kefraisez et gaudronnez de ce jour. Les jeunes ''élégants du temps portant fraises et dentelles, bien empesés, bien gommes, comme on le dit maintenant.

P. 192, 1. 3. — En langage de lanternais. Souvenir de Pantagruel (chap. XXXII) : « Comment nous descendismes ou port des Lychnobiens et entrasmes dans Lanternoys. »

Même p., 1. 9. — Perdre les ambles, cesser d'aller à l'amble, c'est-à-dire s'arrêter ou se fourvoyer.

Même p., 1. 27. — Payer en semblable monnaye de

singe, payer en grimaces, se moquer de son créancier.

Les montreurs de singes, au lieu de payer le péage en

monnaie, faisaient gambader leurs singes devant le péagcr.

P. 193, 1. 9. — Perdre ses sauts, perdre sa peine.

P. 193, 1. II. — S'en allait par le pendant. Nous avons vu plus haut la même expression. Ici, l'allusion à

la pendaison dont est menacé celui qui parle est trèsclaire.

Même p., 1. sS. — Ou après midy, tost ou tard. C'est l'idée d'Horace (livre III, ode 11) :

Raro antecedentem scekstuin Dsssruit pede pana claudo.

P. 194, 1. 16. — Par la porte dorée, moyennant finance.

Même p., 1. 26. — Vingt loups gothicques, probablement loups-garous. Voir le Bisclaveret de Marie de France.

P. 197, 1. 2 5. — Disoit les patenosires du singe, faisait des contorsions et des grimaces de singe, grinçait les dents.

Chap. XVI. — D'un Fils qui trompa l'avarice de son père.

P. 200, 1. 4. — Il aprint à faire le petit pain, à vivre chichement. Il s'agit de Louis XI, retiré dans cette petite cour de Genappe où se racontèrent les Cent Nouvelles.

P. 2o3, 1. 14. — En chemichant. Que signifie ce mot? D'autres éditions ont chemissant, qui ne se comprend pas mieux. Guichard avait imaginé chauvissant : chauvir, c'est dresser les oreilles (en parlant des chevaux, des ânes, des mulets, etc.).

P. 204, 1. 14. — Lier son doit à l'herbe qu'on congnoist. Ancien proverbe: employer pour guérir son doigt malade une herbe connue, conserver un serviteur dont on connaît le mérite.

P. 2o5, 1. 23. — Le notaire, se mestier est, confîscant, saisissant l'argent, le mettant dans sa bourse.

NOTES. 3o3

P. 206, !. 3. — Fesse-Malthieu, comme qui diroit baieur de saint Mathieu. Du Fail donne au mot fesse-mathieu (on sait que saint Mathieu était manieur d'argent, changeur) l'interprétation vulgaire. Pour d'autres savants, le mot fesse est mis pour face, et, dans ce cas, un usurier serait un homme ayant l'air, le visage de saint Mathieu.

Même p., 1. 17. — Anichcur de poules, paresseux, mettant les poules au nid.

P. 208, 1. 4. — Embastonnez de longs vouges, armés de bâtons à pointes de fer.

Même p., i. 14. — Coucher à l'enseigne de l'estoile, en plein air.

Même p., 1, 26. — Et avoir esté battus. Ellipse fréquente dans du Fail, pour : après avoir été battus.

P. 209, 1. I. — Dit en son renaud, dit en nasillant.

Même p., 1. 20. — En la despense de son conte, dans le détail de son compte.

Même p., 1. 25. — Esplucher et trouver la suitte de son escheveau, sortir d'une situation désagréable.

P. 210, i. 3. — Martrouere couverte d'une toûaillt , bière couverte d'uti drap.

Même p., 1. 19. — Dire ses messes à la taille, à crédit, c'est-à-dire en les marquant, à la manière des boulangers, par des coches ou entailles sur de petits bâtons divisés en deux parties, dont l'une est pour le vendeur et l'autre pour l'acheteur.

P. 211,1. I. — Sans tabourin et sans lanterne. Sans tambour ni trompette, dit-on aujourd'hui.

Même p., 1. i3. — Mit sur le tablier, rappela, raconta.

Même p., 1. 18. — Les jeux duquel plaisent tant qu'il veut : ce sont là jeux de princes. On sait que dans la visite faite par la reine Christine à l'Académie française en 1 658, le secrétaire, lui montrant le dictionnaire, l'ouvrit par ha-

3o4 NOTES.

sard au mot jeu, où se trouvait cette phrase, dont la reine, en femme d'esprit, se mit à rire toute la première : « Jeux de princes, qui ne plaisent qu'à ceux qui les font. »

P. 2 12,1. 5, — Donner un coup de gaule par sous l'huis^ monter un coup pour tromper quelqu'un.

Même p., 1. 22. — A la trotte qui mode. Inversion plaisante pour « à la mode qui trotte ».

Même p., 1. 27. — Sa traînée estoit tsventée, son projet était découvert, et par conséquent rendu inutile.

Chap. XVII. — Les bonnes mines durent quelque peu,

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