UN BON TOUR AU MARCHAND
chandie, estre estrené ; et l'acheteur, leur aiant le dos tourné, est moqué et monstre au doigt, comme aians bien exploité. « Ad omnes mille diabolos telle sorte de gens! » disoit Menotus. Je n'ay cognu pour vrai et entier marchant, homme de bien (je ne pretens faire tort à personne", qu'un marchant drappierde Rennes, appelle Jamet Jan. Il n'estoit pas des amis de Panurge, car il ne prestoit ny ne vendoit rien à crédit; mais il n'avoit qu'un bon mot, si raisonnable et de tant bon marché qu'il vendoit plus en un jour que ses compagnons affettez en une semaine. »
Eutrapel dit que, lors que maistre Jan Ricaut, Jan Boucher, Jan Reffait, Gaillard, Dom Bertrand Touschais, Dom Jacques Mellet, tous savans pédagogues, l'envoioient, et ses compagnons aussi, quérir quelques livres chez Collinet, Robert Estienne son gendre, Vascosan, Wechel, libraires de Paris, il ne falloit aucunement disputer ne contester du pris : car autant en avoit bon marché l'enfant comme le plus crotté et advisé maistre aux arts de l'Université; et estre le vray moicn de s'enrichir, gagner petit et souvent.
« Sur ce conte, dit Polygame, je reciteray une histoire, et chose vraiement arrivée puis peu d'années, en semblable trait de revanche, prés une forest de ce pays, appartenante au seigneur
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Comte de Laval, en son comté de Montfort. Il y avoit deux jeunes damoiseles, seules héritières, lesquelles, pour leur beauté, biens et bonne grâce, estoient recherchées de beaucoup en mariage. Entre autres se mit sur les rangs et s'équipa un de leurs voisins, bon gentil-homme, mais non trop brusque ni ouvert, ains un semblant trop grand ménager, retraieur de terres et docte annicheur de poules, au demeurant de bon entendement pour l'âge, estant jeune et bien riche, qui un malin leur alla dire le bon jour, faisant excuse ne vouloir passer si prés de leur maison sans leur faire offre de sa personne et ce qu'il pourroit de service : car ainsi luy avoit conseillé son procureur feindre son jeu, et faire semblant avoir affaire ailleurs, ou, qui estoit le plus subtil, faire comme les courtisans de Menedallée, qui, allans faire l'amour, se laissent cheoir et veautrer en une mare et bourbier prés la maison de leur maistresse, pour avoir occasion se chauffer, seicher et changer de chemise. Et après quelques honnestesimportunitez, dont elles le seurent faire descendre de cheval, tous de compagnie, attendans le disner qui s'aprestoit, entrèrent dans les jardins et vergers, devisans de plusieurs choses, entre autres de la conscience, etqu'on ne sepouvjoit faire paier du monde, combien que l'année eust