‹ Contes et discours d'Eutrapel, de Noël du FailChapitre 11 sur 39 · UN BON TOUR AU MARCHAND · texte numérisé non relu

UN BON TOUR AU MARCHAND

esté competamment bonne; que, s'il pleuvoitàla sainct George, les cerises seroient en danger, et, par adventure, le lin, d'autant que les frimats avoient esté grands aux Advents de Noël.

Ainsi contoient les bonnes personnes, sans mal y penser, reservans, peut estre, l'amour à l'apresdinée, lors que la hardiesse vient saisir et assaillir la honte. Mais voici le grand coup de partie, haut les bras! car un autre et nouveau poursuivant survient, frais, dehait et bien rebrassé, huchant à pleine teste : «Où est-elle? où est m'amie? où est tout le monde? Hau! chambrière, si j'empoigne ton gros... dirai-je? Etbien, comme te portes-tu? Ettoy,valeton,boutelàta main, beau sire, et cent escus en l'autre. M'as tu tousjours entretenu en la bonne grâce de. . . tu m'entens bien ? Par le corbleu aussi seras tu de ma livrée. Et bien? où sont ces enragées, qui font tant defferrer de chevaux? — Mananda ! dit la plus afîettée des chambrières, monsieur tel vous a couppé l'herbe sous le pied : il les vous pourmeine en ces vergers là; ne demandez pas comme hem! Tout va comme Margot, et Margot comme tout. Si ne vous hastez, les chiens mangeront le lièvre. — Dieu gard' la lune des loups, respondit ce bragueux; c'est là ([ue je paroi et que ma grandeur triomphe. J'n-

prcndray bien h cest espouvantail de chcneviere ti 22

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h. se tourner; je m'en vois le faire quinaul et luy donner un coup de mon fouet. » Ce disant, il entre aux vergers, cherchant la trouppe par les allées, çà et là, et Taiant rencontré, de pleine arrivée escrimant et frappant ses bottes d'une petite vergette, salua et baisa les damoiselles, allant de Tun pied sur l'autre, d'un demi mouvement de corps, et la teste nuë et bien frisée, s'adressant au premier venu qui se regardoit voler, luy mettant par braverie la main sur l'espaule : « Hau! compagnon de guerre, qui bruit? qui va? Où en estiez vous demeuré? Je croy bien (se tournant aux damoiselles) que de froment en grenier et poules en garnison a il plus que moy, qui pour le présent n'ay que l'espée, la cape et l'escu en bourse, en espérance et attendant de bonnes et grasses successions, qui ne me peuvent faillir; mais d'amitié, de bon traitement, de bien ménager le dehors et dedans de la maison, je n'en crains personne. Dieu tousjours donne des biens aux hommes, et non des hommes aux biens. Si j'en eusse eu et demeuré casanier, et à l'hostel, je fusse sot en corps et en ame, comme... je ne dy autre chose, ha, ha, ha, ha, ha! »

Le premier, jouant d'un fer d'aiguillette, se voiant ainsi accoustrer et humer la parole, s'escarta tout pensif pour se retirer, ne sachant quelle

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