CLUI APRES MUSE. ICI
pour luy estre presque tous parens et descendus de luy, et pour ne le fascher, accordoient tout ce qu'il vouloit.
— Il n'est vieil qui ne le pense estre, dit Eutrapel. J'en cognois qui, sur le soixantiesme an, sont en perpétuelle fièvre jusques au soixantetroisiesme, qu'on appelle ans climacteriques, qu'ils croyent, ignorans qu'ils sont, leur estre mortels, ou beaucoup d'eux, sous ceste fausse persuasion payenne et nullement chrestienne, sont demeurez morts. Petenti nunquam deest : « La mort à qui la souhaite est sur son espaule. » Nos jours sont contez voirement, selon ceste grande prevoiance de Dieu, qui sait et voit tout; mais il nous a eslargi des moiens pour iceux entretenir longuement, mesme mis au rang d'un grand heur et félicité le nombre long d'iceux. Les Septentrionaux, ainsi que disent leurs histoires, ce que rapportent aussi nos marchans de mer, vivent deux cens ans et plus, à cause de leur simplicité de vie et sans délicatesse. Les Saxons, Escossois et Anglois, plus approchans de nous, ayans travaillé sans cesse jusques à midy, ne feront meshuy que manger et banqueter ensemble. Et pour nous Occidentaux, et neantmoins tirans sur le froid et septentrion, nous est requis, pour la conservation de Thumide radical et alongement
de vie, dormir longuement et user de laitages et de Don vin, sans excès. Mais je suis en un doute, sans toutefois vouloir disputer ny entrer en compétence avec Nostre Seigneur, qui est la cause de voir sur terre tant de meschans vieux et de grand aage.
— Responce, dit Polygame, qu'il pleut sur les justes et injustes, sur les bons et meschans, également, pour nous amener à repentance de nos fautes ; aussi que les meschans, tant vieils sçauroient-ils estre, ne vivent pas, ains, ainsi languissans en leur vie détestable et corrompue, meurent à petit feu; et les bons, contemplans incessamment les merveilleux faits de Dieu, se rendent, par leur sainte vie et conversation, compagnons des anges, avec lesquels leurs esprits, retirez des vanitez de ce monde, commencent à ménager et familiariser ensemble, passans de ce siècle en l'autre sans bruit, sans peine, delogeans d'une chambre mal dressée pour entrer en la prochaine triomphamment parée. Et verrions encore, si tout alloit bien et qu'on fist revivre ces belles fondations, collèges et entretenemens des anciens chevaliers et autres personnes cassées, reflorir ces vieux philosophes et saints personnages, lesquels, vivans ensemble, après leurs prières à ce haut Dieu achevées, ne feroient que chan-