‹ Contes et facétiesChapitre 10 sur 69 · M. MIN UT IN · texte numérisé non relu

M. MIN UT IN

Comment voulez-vous faire autrement? Ne faut-il

pas soutenir noblesse? Savez-vous ce qui nous tue?

C'est la dépense de nos femmes.

MADAME MINUTIN.

Mon petit nez, je ne dois pas être comprise dans le nombre.

M. MINUTIN.

Tout comme une autre, madame Minutin, tout comme une autre.

MADAME MINUTlN.

Voudriez-vous que j'allasse comme une procureùse?

M. BORDEREAU

Fl donc!

M. MINUTIN.

Il faut aller selon son état; il semble que vous ne vous souveniez plus de ce que nous avons été.

M. BORDEREAU

Je serais bien aise de savoir cela, si cela ne vous faisait point de peine.

M. MINUTIN.

Point du tout; je ne suis point de ces gens qui cachent ce qu'ils ont été, après avoir fait fortune.

M. BORDEREAU

Cela est bien glorieux pour vous. Pardi, conteznous donc un peu votre histoire, mousieur Minutin; je parierais cent pistoles qu'elle nous ferait rire.

M. MINUTIN.

A la bonne heure, je vais donc vous exposer...

MADAME MINUTIN.

Non, non, laissez-moi exposer à monsieur...

M. BORDEREAU

Oui, je crois que ce sera plus drôle de la part de madame.

M. MINUTIN.

Il faut donc la laisser jouir de ses privilèges, au désir de la coutume de Paris.

M. BORDEREAU

Je vous aime de cette humeur, monsieur Minutin... Je crois que. nous ferons de bonnes affaires ensemble; car je suis quelquefois un croustilleux corps, tel

que vous me voyez. Allons, à nos santés; aussi bien c'est trop parler sans boire. Du vin comme de l'eau ! Commencez, madame, s'il vous plaît; j'écoute de toutes mes oreilles.

MADAME M1NLTIN.

C'est au hasard que nous devons notre fortune : avant mon mariage, je n'étais qu'une simple grisette, fille de boutique chez une marchande de modes, de la rue Saint-IIonoré. J'ai, comme vous voyez, un visage assez mettable; c'était toute ma ressource. M. Minutin était alors chancelier de la basoche. Fille de boutique et clerc font volontiers connaissance. A la première vue de monsieur, l'amour fit évanouir les espérances de fortune que j'avais fondées sur mes attraits. Tous deux libres, et n'ayant à rendre compte de nos actions à personne, nous nous crûmes en droit de disposer pleinement de nous. Je plantai là ma marchande; il fit banqueroute à la basoche, et le Port-à-1'Anglais vit allumer le llambeau de notre hyménée.

M. BORDEREAU

C'était, ma foi, bien s'y prendre.

MADAME MINl.TIX.

Les agréments dont nous étions, pour ainsi dire,

pétris l'un et l'autre, ne nous faisaient pas vivre plus à l'aise.

M. BORDEREAU

Cela se peut-il?

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