LETTRE
De M. le comte Z" à M. le marquis, etc.
onsielr, cher ami et marquis, c'est pour vous dire que je ne vous regrette point ce port ; quand vous seriez encore moins généreux qu'assurément vous ne l'êtes pas, vous verriez avec contentement, le récit de nos joies et l'amusement de nos plaisirs. Je crois que vous êtes instruit de l'heureux mariage de nutre incomparable Dauphin; si vous ne le savez, je vous l'apprends.
La bonne ville de Paris a fait la magnifique, on peut assurer qu'elle a tout mis par écuelles, pour en témoigner son plaisir; elle a donné sept grands bals gratis, qu'elle a fait bâtir par exprès, pour ne servir
qu'à ça : c'était, comme qui dirait, de belles halles. Là, Ton a vu des violons, des lumières comme en plein jour, et beaucoup de bonnes choses à boire comme à manger; à vous dire le vrai, c'est là ce qu'on appelle des fêtes, et cela vaut bien mieux que des fusées violentes. Ce n'est pas qu'il n'y en ait eu, peut-être même en plus grand nombre, mais, sauf votre respect, d'une autre nature : les Parisiens sont trop attachés au Roi pour avoir manqué à ce qu'ils lui devaient dans une si belle rencontre. Vous savez que je suis assez bien faufilé, et que je vais beaucoup dans les compagnies ; je me suis fait un plaisir, rapport à vous, Monsieur, cher ami et marquis, de ramasser plusieurs histoires, qui sont arrivées dans le nombre, et de vous les adresser. Il y en a par-ci, par-là, de vos amis, qui vous regrettent souvent en trinquant le verre à la main et la larme à la bouche. Sur ce, Monsieur, cher ami et marquis, vous priant d'excuser la liberté, je suis et serai toute la vie, votre, etc.