NOTICE SUR CAYLUS
épigrammes et ses amours avec le fils du maréchal de Villeroy. « Jamais, s'écrie Saint-Simon en parlant de madame de Caylus, un visage si spirituel, si touchant, si parlant, jamais une fraîcheur pareille, jamais tant de grâce ni plus d'esprit, jamais tant de gaieté et d'amusement, jamais créature plus séduisante. »
Avant de mourir, elle dicta à son fils des Souvenirs que Voltaire édita en 1770, et qui donnent sur la cour de Louis XIV une infinité de petits détails qui la fait mieux connaître que Vhistoire.
Ce fut la mère de madame de Maintenon qui éleva le jeune comte Claude Philippe de Caylus avec un soin jaloux, au milieu de ta société la plus brillante.
De bonne heure, Caylus entra dans la carrière des armes qui convenait à la vigueur et à la vivacité de son tempérament, à son esprit aventureux et téméraire, à son amour de l'imprévu. Il avait dix-sept ans lorsqu'il fit sa première campagne. Il se battit avec distinction à Malplaquet. Quand il revint, Louis XIV s'écria en l'apercevant, devant toute sa cour : « Voyez mon petit Caylus, il a déjà tué un de mes ennemis ! » Et il lui donna un guidon de gendarmerie. Nommé peu après mestre de camp d'un régiment de dragons, il se battit avec intrépidité en Catalogne. Une année plus tard, en 1713, nous le trouvons au siège de Fribourg, -marchant un des premiers à l'attaque du chemin couvert.
La paix de Rastadt le jeta dans une inaction incompatible avec sa fougue et son besoin d'activité et de mouvement. Il quitta V armée pour voyager. Il avait vu l'Espagne. Il alla en Italie; et, en visitant les collections d'art, le» ftc/lises, Ut >rtonum€nl$t une passion te prit tout entie>u
NOTICE SUR CAYLUS in
la passion des fresques, des tableaux, des statues, la passion des beaux- arts.
Ce n'était plus un militaire, c'était un artiste. En passant de Paris à Rome, la transformation avait été subite et complète.
En 1718, Caylus partit pour le Levant. Les pays de la lumière, les beaux pays caressés de soleil, l'attiraient. Pendant son séjour à Smyrne, il visita le fameux temple dEphèse.
« Vainement s'efforça-t-on de l'en empêcher, dit un de ses biographes, Lebeau, en lui présentant les dangers qu'il allait courir. Le redoutable Caracayali, à la tête d'une troupe de brigands, s'était rendu maître de toute la campagne, et portait l'effroi dans toute l'Anatolie. Caylus s'avisa d'un stratagème gui lui réussit. Vêtu d'une simple toile de voile, ne portant sur lui rien qui pût tenter le plm modeste voleur, il se mit sous la conduite de deux brigands de la bande de Caracayali, venus à Smyrne, où par crainte on les souffrait. Il fit marché avec eux, sous ta condition qu'ils ne toucheraient leur argent qu'au retour. Comme ils n'avaient d'intérêt qu'à le conserver, jamais il n'y eut de guides plus fidèles. Ils le conduisirent, avec son interprète, près de leur chef, dont il reçut l'accueil le plus gracieux. Instruit du motif de son voyage, Caracayali voulut servir sa curiosité ; il l'avertit qu'il y avait dans le voisinage des ruines dignes d'être connues, et, pour ry transporter avec plus de célérité, il lui fit donner deux chevaux arabes de ceux qu'on appelle chevaux de race. Le comte se trouva bientôt sur les ruines de Colophon. Il retourna passer la nuit dans le fort qui servait de retraite à Caracayali, et le lendemain il se transporta sur