‹ Contes et facétiesChapitre 42 sur 69 · RÉPONSE POUR LE GENTILHOMME TURC · texte numérisé non relu

RÉPONSE POUR LE GENTILHOMME TURC

A la lettre persane de Paris.

Monsieur et cher ami, quoique je ne sois pas connu de vous, n'étant point le gentilhomme turc à qui s'adresse l'honneur de la vôtre, je ne laisserai pas que de vous tirer de l'embarras où vous aurait mis de n'avoir j aucune réponse, parce qu'en Turquie les gentilshommes turcs ignorent souvent d'avoir appris à lire; ce qui fait qu'avec votre permission, je vous participerai quelques pensées que j'ai faites, en manière de remarques sur l'ignorance indécrottable de votre lettre.

Vous avez pris la bonté de me dire (car posez le cas que je suis le gentilhomme turc qui parle), vous

ÉTRENNES DE LA SAINT-JEAN j 87

nous glissez donc, sans faire semblant de rien, qu'il y a des marchands de codions chez nous, dont il y a à cela beaucoup de malice; car nous voyons bien que vous êtes un critique qui déchire la réputation du beau sexe par un cervelas : vous m'entendez du reste. Or, sachez donc que ce n'est pas ici comme qui dirait à Londres ; car, puisque vous êtes Persan et mauvaise langue à l'endroit du prochain, que ne dites-vous plutôt la vérité du fait? C'est à savoir que dans aucune ville qu'il y a, il y a si peu de police, qu'on voit les jeunes demoiselles dans les rues qui s'amusent à jouer à la fossette avec de petits libertins, malgré père et mère, comme des orphelins abandonnés, et qui, à faute de ce qui en peut arriver de là, ne trouvent plus la façon de s'établir; car, pour nous affrioler, il faut faire les saintes nitouches; et, tout au rebours, elles vous ont l'air d'avaleuses de pois gris : d'où qu'on a bien raison de dire que les parents sont de vrais Judas, quand ils ne mettent pas la paille et le blé pour donner une belle éducation à leurs enfants; car il n'y a que cela qui tourne les filles et qui pousse les garçons.

\'n des douloureux de la belle Marie lui écrivit un jour de vierge : « Si je pouvais vous être les quatre premières lettres de votre nom, vous ne seriez jamais les cinq ».

Ce billet accompagnait un bouquet de soucis et de pensées, et sa constance fut récompensée.

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