LE BOUQUET DE ROSES
Certaine Agnès, qui s'appelait de même, belle, charmante et jeune, comme on doit l'être à cet âge *, aimait, sans le savoir, le fils d'un bourgeois de son voisinage. A la fin, il arriva que le jour de la fête chacun lui apporta des bouquets. Le gentil voisin y vint aussi lui souhaiter une bonne fête; mais il y vint les mains vides, dont on lui fit la guerre agréablement; et Agnès même, sans qu'il y parût, car elle était bien née, ne put s'empêcher dans rame de lui en savoir mauvais gré : c'était moins un présent qu'une marque d'estime qu'elle aurait voulu recevoir du voisin. Lui, sans se déconcerter, leur
1. Elle devait avoir près de quinze ans, à la Saint-Jean prochaine.
dit : « Vous n'y connaissez rien, tous tant que vous êtes, car j'apporte à mademoiselle... » En même temps, par surprise et sans dire gare, il fournit à Agnès deux baisers des mieux appliqués qu'il en fut jamais; sibien qu'il colora tous les attraitsde labelle, qui s'écria au fort de l'émotion : « Eh bien! que faites-vous donc? » Il lui répondit : « J'embellis ce que j'aime. » Agnès continua de s'animer et de rougir : si sa rougeur vint de pudeur, il n'importe; il suffit que le voisin, content de son exploit, leur dit à tous : « Voyez] si je ne lui ai pas donné un bouquet de roses! »