PENSEES DIFFERENTES SUR DIVERS SUJETS
r-pouî a été dit, et il n'y a rien de nouveau sous le ■*• soleil, disent MM. de Théophraste et de La Bruyère dans ses Carartêrcs ; mais ce grand homme a oublié de dire et de pratiquer une chose, à savoir qu'il faut tourner sa plume sept fois en la main avant que d'écrire, comme on a dit la langue dans la bouche.
Je dis donc que tous les jours on voit et on dit des choses nouvelles, n'y ent-il à moucher que les vices
du genre humain, qui augmentent chaque jour; nous n'en voyons que trop d'exemples.
Par exemple, en fait d'ingratitude, un jeune homme de famille, adonné au jeu, et à qui son père ne refusait pas ce qu'il lui demandait, n'a-t-il pas trouvé moyen de le voler d'une manière basse et indigne? Pendant qu'il dormait, il prit un drap mouillé qu'il lui a jeté sur le corps, dont s'étant éveillé, il s'est débattu, et s'est tellement embarrassé en se débattant qu'il s'est trouvé pris ; et puis il l'a entortillé de manière qu'il ne pouvait voir, parler ni entendre. Alors, étant à son bel aise, il a pris tout ce qu'il y avait dans l'armoire, l'a emporté et a fermé la porte, d'où on ne s'est aperçu que le lendemain qu'on a trouvé le bonhomme prêt à rendre l'âme, et qui a réchappé à grand'peine. Gela ne fait-il pas horreur aux gens? et ne doit-on pas montrer des caractères comme celui-là pour en faire passer le goût?
La vanité nous fournira bien des sujets. Croiriezvous qu'on m'a assuré qu'un homme qui, pour avoir de père en fils une grande réputation de savoir et d'érudition, paye un quelqu'un qui travaille pour lui et qui, faute de moyen, vend cela comme son propre mérite? Il faut le nommer, c'est M. Matthieu Laens-
berg, dont il n'y a plus de nom ; cependant on abuse le public, et on lui donne toujours ce qu'ils ne font plus, puisque la famille est éteinte. Ces almanachs, où l'on dit le temps qu'il fera, font que bien souvent on compte là-dessus, à faute de ce que l'astrologie n'est pas encore à la portée de tout le monde, quoi qu'en dise un auteur célèbre. Mais enfin, n'en retirât-on que l'avantage de détruire les almanachs fallacieux, ce serait encore un grand bien pour l'avancement des sciences. De là nait la jalousie dans tous les arts : le poète cherche à détruire le poète ; le géomètre, le géomètre; l'écrivain, l'écrivain. Dans les métiers, dans le peuple, on voit également régner la zizanie; et cela depuis que les cordonniers veulent faire des chapeaux, et que l'on voit, comme dans notre quartier, M. Boudinet, le perruquier, qui s'est fait maître à danser ; Chicotin l'épicier, qui veut faire des airs à boire; et le laquais du premier clerc de M. Grapignan, procureur, qui fait des pièces satiriques sous des noms supposés. Voilà comme on trouve le pour et le contre de chaque chose; car il est bien certain que l'ignorance et la science ont leurs inconvénients réciproques.