‹ Contes et facétiesChapitre 54 sur 69 · D UNE PIERRE DEUX COUPS · texte numérisé non relu

D UNE PIERRE DEUX COUPS

Certaine dame, à dessein ou autrement, tourmentait jour et nuit M. Tirsis, pour savoir s'il n'avait point quelque anguille sous roche, c'est-à-dire une maîtresse. Comme la discrétion est une des premières obligations de la galanterie, le chevalier ne répondait point ad rem; mais peut-on toujours résister à de beaux yeux et à une belle bouche réunis ensemble? La dame était aussi aimable qu'on doit l'être quand on a ces sortes de curiosités; et il était peu de choses

dans le monde qu'elle ne fût en droit d'obtenir. Ses appas mettaient dans ses prières une autorité absolue. Un jour donc de Sainte-Catberine, qui était sa fête, elle reçut dès le matin, de la part du sieur Tirsis, un petit paquet cacheté d'un chiffre inconnu; elle l'ouvre aussitôt, et trouve, quoi? me direz-vous. Ce n'était qu'un petit miroir de poche avec ces mots écrits au-dessous : N'osant vous nommer mon vainqueur, vous y verrez son portrait. Ce que voyant, la dame passa dans son cabinet, refit un paquet du miroir, et le renvoya par le même porteur au galant, qui fut désespéré en recevant son paquet ; ii crut que la dame le méprisait; cependant il l'ouvrit en tremblant : quel fut son ravissement quand il vit qu'elle y avait ajouté au bas ces mots ^consolans : Je vous en livre autant.

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