‹ Contes et facétiesChapitre 6 sur 69 · Portraits intimes du xvme siècle, Paris, 1858, t · texte numérisé non relu

Portraits intimes du xvme siècle, Paris, 1858, t

NOTICE SUR CAYLUS vil

c'est r annonce de /'histoire de M. Guillaume le cocher, e c'est i œuvre de Caylus.

« Pendant que les lettrés épient à la porte des saloyis, les confessions galaiites, les scandales bien nés, les jolis romans, les mœurs du bel air, le train de la mode, le jargon du bon ton ; pendant qu'elles sont tout occupées à peindre une société de convention, a" apparence et de manière, dont l'âme est une forme ; pendant que le peuple est hors des lettres, pe?idant que la critique juge que « les personnages du quartier de la Halle et de la place Haubert n'ayant point d'existence dans la société, leurs aventures ne sauraient nous attacher i, » M. de Caylus attable résolument aux tables de la Glacière, à Chaillot, une veine neuve, hardie, rabelaisienne et légère. Il habille aux Halles la Comédie parisienne. Il montre des cœurs battant sous les petites )*obes de satin sur fil. Il donne des histoires cossues et pleines de gorges chaudes. Il promène dans la grosse joie les Giroflées à cinq feuilles, et l'odeur des beignets, des hommes et des femmes qui vivent sans savoir vivre, aiment sans orthographe et se battent avec les poings. Il les conte et les fait parler avec leur langue grasse et forte en gueule. Il se plait, s'amuse et s'attarde aux scènes populaires, aux avalanches de pains de Gojiesse et d'aloyaux, aux masques de pain d'épice, aux danses et aux culbutes grotesques, animant les foules ^individualités comiques qui braillent et gesticulent au premier plan, semant les contes à pouffer et le plus salé de l'esprit de la reine de Navarre.

« Ces Fêtes roulantes, ces Étrennes de la Saint-Jean, et surtout cette délicieuse Histoire de M. Guillaume, cette lanterne magique des mœurs basses et libres ^ ce ta*

vin NOTICE SUR CAYLUS

bleau mouvant et parlant était né comme de lui-même, un applaudissement de mademoiselle Quinault l'avait dicté à Caylus. »

Mademoiselle Quinault était alors, vers 1142, la présidente d'une Académie gauloise, appelée la Société du bout du banc, dont faisaient partie les esprits les plus fins et les plus spirituels du xvme siècle : Voisenon, Moncrif, Salley, La Chaussée, Marivaux, Duclos, le grand prieur de Vendôme, Maurepas, etc. Chaque semaine on se réunissait chez la charmante comédienne qui obligeait ses convives à payer l'écot de ses soupers par des vers, des facéties et des contes.

Caylus composa ses histoires pour cette joyeuse réunion où le mot propre qui est, comme on sait, le plus souvent le mot malpropre, n'effarouchait pas les oreilles. Et tandis que ses gros volumes sont tombés dans l'oubli, ce sont ces routes légers, ces histoires badines, qui lui font une place qu'il n'avait pas cherchée parmi les meilleurs conteurs de la prose gauloise !

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