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Aventure à ce sujet. (Note de M. de Caylus

29fi MÉMOIRES EOÉFLEXIONS

vous aime, mon cher Breton, et j'aime mieux le ruiner que vous. »

Rien n'est aussi plaisant selon moi que les conventions générales. Je sens très bien qu'elles naissent des idées qui produisent un effet sur lequel on ne s'est point communiqué; mais en regardant les choses sans réflexion, on est surpris de l'unanimité de ces mêmes choses. Quand j'étais jeune, toutes les femmes pleuraient ordinairement après avoir cédé la première fois. Vingt ans après, cette mode a changé. Des idées de roman, de pudeur mal entendue, avaient apparemment mis dans leur tête celle de prouver à leurs amants que le sacrifice leur avait coûté, et que l'amour l'avait emporté sur leurs réflexions. Aujourd'hui les femmes n'aime/it ni plus ni moins, et les pleurs sont retranchés, sans qu'il y ait eu la moindre ordonnance et le plus faible règlement.

Le roi Louis XV, étant amoureux de madame de Mai Uy, maria sa sœur à monsieur de Vintimille. Dans le temps que l'on était occupé de ce mariage, madame de Bauffremont s'échauffait dans son propos, et disait qu'elle était charmée de voir que le Roy mariait des filles de condition, et qu'elle était au désespoir de

n'en avoir pas une. Madame de La Cour lui répondit froidement : « Madame, mais il faut en avoir deux. » Cette madame de La Cour était Caumartin, et dans cette famille ils ont en depuis longtemps cet esprit de traits.

Madame de Carignan, plus intrigante encore que dévote affectée, alla voir la petite duchesse quelques jours après le bonheur que celle-ci avait d'être devenue veuve, et ne doutant pas qu'ayant eu une affaire avec Bissy, du vivant de son mari, elle ne fit usage de son heureux état de veuve pour avoir peutêtre le Roy, elle alla la trouver, et sous un masque de dévotion elle lui dit : « Vous voilà libre, mais prenez garde à ne point offenser Dieu. Que feriez-vous enfin si le Roy devenait amoureux de vous? — Tranquillisez-vous, madame, lui dit la petite duchesse; je prendrai plutôt tout autre. »

L'on a beau dire, la raison n'est ordinairement qu'une espèce d'insensibilité.

Madame de Luxembourg, qui a eu si longtemps Pont de Vesle, soupant chez monsieur De Bay, fermier général, lui demanda le nom d'un homme qu'elle vit chez lui, et qu'elle ne connaissait pas. Tl

lui répondit que c'était La Popelinière, un de ses confrères. La dame, dont l'esprit est médiocre, voulant lui faire une honnêteté, lui dit quelques moments après : « Il me semble, monsieur, que je vous ai vu quelque part. — Gela se peut, madame lui réponditil; j'y vais quelquefois. »

Il est singulier qu'il y ait des hasards dans la réputation; la maréchale de Villars en est une preuve. Elle a dit souvent qu'elle n'avait pas à se reprocher d'avoir jamais refusé personne. Cet aveu était sincère ; cependant elle a joui fort doucement d'une grande considération, et son décompte, tout étendu qu'il puisse être, car elle était grande et belle, n'est rien encore en comparaison d'une pension que Monsieur le comte de Toulouse lui faisait et dont elle a joui longtemps après la mort de ce prétendu prince. Ce trait et cette multiplicité d'affaires ne lui ont fait en un mot aucun tort dans le monde, pendant qu'il en est un si grand nombre qui se sont perdues par une seule et misérable affaire.

Rien n'égale, à mon sens, l'action d'un soldat au dernier siège de Philisbourg. On demande un homme de bonne volonté pour aller visiter le fossé d'un ou-

vrage, et l'on promet vingt louis. Un soldat se présenta, et revint heureusement après avoir essuyé deux mille coups de fusil, et rendit un compte très exact et très fidèle de l'état de l'ouvrage et quand on voulut lui donner les vingt louis, il les refusa. « Que veux-tu donc? lui demanda-t-on. — Faitesmoi recevoir grenadier dans mon régiment, répondit-il à l'officier général qui commandait, car je suis trop petit; sans cela, ils ne me recevront pas. • Je doute qu'il y ait jamais eu une action plus belle, plus désintéressée, et qui marque plus le véritable honneur. La nation française en produit tous les jours en ce genre : on les oublie, personne ne les écrit. Ces traits qui font tant d'honneur à l'humanité devraient, ce me semble, être un peu plus conservés. Je suis sûr que la belle défense que Monsieur de Broglie vient de faire dans Prague nous apprendra des actions belles. et généreuses, mais peut-être moins que celle-ci.

Je me souviens, que Monsieur de Bellisle, dans le temps de toutes les vilaines affaires qu'il a eues avec Monsieur Leblanc, et qu'il fut déshonoré dans le public, disait: « Bon! dans ce pays la-réputation re-

vient comme la barbe. » Un homme qui pense ainsi est bien dangereux.

Un homme dont la poursuite importunait une femme lui demandait, entre autres choses, son portrait; elle lui demanda à la fin le sien. Avec quel transport le fit-il faire! Il le lui apporta avec un enthousiasme et une joie difficiles à rendre. Aussitôt elle le donna à son suisse.

A la Cour on n'est en général amoureux que par politique, jaloux que par grimace, ami qu'en apparence; la pitié y est feinte, la douleur étrangère.

La maréchale d'Estrées-Gramont passa àlssy dans le commencement de la maladie du cardinal de Fleury, et pour faire sa cour à l'Éminence, elle lui manda que son cœur d'inquiétude en arrivant avait fait pouf. Il lui fit dire qu'elle était bien heureuse que son cœur fit encore pouf, que le sien ne faisait plus que ouf.

Madame la duchesse mère ayant dit plusieurs fois à mademoiselle deConti, sa petite-fille, qu'elle pouvait se promener dans le jardin avec mademoiselle de La Guiche et autres jeunes personnes de son âge,

mademoiselle de Conti ne remuait point. Madame la duchesse, se doutant que la sévérité de sa mère était la cause de l'indilterence de la jeune personne, dit à sa mère : « Je ne vous ai point élevée comme cela, vous. — C'est à cause de cela, madame, » lui répondit madame la princesse de Conti.

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