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Contes et légendes de l’Inde ancienne Summer Mary

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Préface

Les contes et les légendes tiennent une si grande place dans la littérature de l’Inde qu’on en trouve partout. C’est ainsi que, non contents d’avoir de nombreux recueils qui ne contiennent que des contes, les Brahmanes ont rempli de légendes leur grand poème épique connu sous le nom de Mahâbhäârata. Des deux cent mille vers que contient cette immense épopée, si on retranchait les épisodes qui ne se rattachent pas directement à l’action principale, il ne resterait pas le quart du poème.

Les Indiens ont donné à un de leurs grands recueils de contes le nom de « Mer des histoires! ». Véritable mer, en effet, qui a débordé jusqu'aux pays de l'Occident, semant, à tous les coins de l’Europe, des contes, des légendes et des fables qu’on a retrouvés dispersés dans les récits du moyen âge.

Chez les Brahmanes, la légende se montre volontiers avec plus d’apprêt que chez les Bouddhistes. Cela devait être à cause de la différence dans la manière d'enseigner des deux écoles rivales. Les Brahmanes s'étant réservé le droit d'expliquer la loi aux trois premières castes, en excluant le vulgaire qui formait la quatrième, et n'ayant ainsi affaire qu'aux classes instruites, ont mis parfois en circulation des légendes que M. Max Müller appelle avec raison « étymologiques ». Telle est celle qui se rattache

1 Kathäsaritsâgara, littéralement « mer des rivières d’histoires ».

au Yadjour Veda surnommé « Taittiriya ». Dans cette légende, on voit des perdrix jouer un rôle assez inattendu, ce qui vient de ce que le mot « tittiri » qui signifie « perdrix » étant le nom de l’un des premiers maîtres qui enseignèrent le Yadjour Veda, on a formé avec son nom celui de Taittiriya?. Ce ne sont pas de pareilles légendes qui font le tour du monde, et celle-ci, avec les autres du même genre, est restée reléguée dans l’Inde.

Chez les Bouddhistes, au contraire, où tout le monde a le droit d’être instruit, où les femmes elles-mêmes devenaient institutrices en même temps qu’elles devenaient des religieuses, les légendes ont pris une tournure plus simple et plus familière. Il semble souvent en les lisant, que le narrateur raconte des faits récents dont il a été témoin ; on dirait, toute proportion gardée, des historiettes légères, à la façon de Tallemant des Réaux. Quelquefois, hâtons-nous de dire que c'est l'exception, certaines histoires, surtout dans le livre de la discipline qui est une espèce d’examen de conscience, contiennent des passages d’une crudité de langage dont l'antiquité ne s’effarouchait guère ; que Rabelais employait sans se gêner, au grand contentement de ses contemporains et avec privilège du roi, mais qui nous choque aujourd’hui, où l’on croit, tout en ne valant pas mieux, sauver le fond par la forme.

Un certain nombre de récits populaires qui doivent appartenir à l’époque la plus ancienne, ont été empruntés à la littérature brahmanique par les bouddhistes, en y faisant quelques changements pour les mettre d’accord avec leurs traditions. Telles sont, entre autres, l’histoire de Râmaÿ, et la légende du pigeon et du

2 History of ancient sanskrit Literature by Max Müller, p. 174.

3 The Dasaratha Jataka, being the buddhist story of King Râma, etc. by V. Faussbæl, Kopenhagen and London, 1871.

faucon. Cette dernière, répétée trois fois dans le Mahäbhärata, se retrouve, arrangée par les bouddhistes, dans un recueil qui a pour titre « Sage et fou », très répandu au Tibet, en Chine et en Mongolie“.

Déjà, au commencement de ce siècle, l'illustre Silvestre de Sacy avait écrit plusieurs mémoires excellents sur les fables de Bidpaï en les rapprochant des fables indienne. Ces mémoires donnèrent à Loiseleur Deslonchamps l’idée d'examiner ce sujet d’une manière plus générale, et il fit paraître en 1838 son « Essai sur les fables indiennes, et sur leur introduction en Europe ». Ce même sujet, repris en 1859, par M. Theodor Benfey, dans l'excellente introduction qui précède sa traduction allemande du Panchatantra, a été traité de manière à laisser peu de chose à faire après lui.

Le petit recueil que publie aujourd’hui M”° Mary Summer étant destiné à donner aux lecteurs européens une idée des contes indiens, sa tâche était de conserver le fond des récits en allégeant le style ; en un mot, de faire pour ces contes ce que Galland avait fait avec bonheur pour les Mille et une nuits. M"° Mary Summer

4 Une traduction allemande de ce recueil a été faite sur le texte tibétain par I. J. Schmidt, avec le titre de « Der Weise und der Thor ». L’original sanskrit, intitulé Démamukho, n’a pas été retrouvé jusqu’à présent.

La légende du pigeon et du faucon a été traduite en français dans le vol. intitulé : « Le Mahâbhärata ; onze épisodes tirés de ce poème épique, par P.E. Foucaux », p.231 et suivantes. M. A. de Gubernatis a retrouvé en Italie cette curieuse légende. V. Rivista Orientale, Aprile 1867.

nous semble avoir atteint ce but, et nous croyons que ses lecteurs seront de notre avis.

Paris, ce 10 décembre 1877.

Ph. Ed. FOUCAUX.

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