‹ Contes et légendes du bouddhisme chinoisChapitre 15 sur 32 · LA MORT DU RENARD · texte numérisé non relu

LA MORT DU RENARD

Autrefois il y avait un élève qui, dans la caverne d’une montagne, étudiait le livre de la caste guerrière. Un renard sauvage, qui demeurait auprès de lui, s’appliquait à l’écouter réciter ces livres; son cœur en ayant compris quelque partie, il conçut cette pensée : « Si j’ai compris les paroles de ce livre, cela suffit pour faire de moi le roi des animaux. » Quand il eut eu cette pensée, il se leva et partit; il rencontra un renard maigre et voulut aussitôt le tuer ; l’autre lui dit : « Pourquoi me tuer? » Il lui répondit : «je suis le roi des animaux; vous ne m’êtes pas soumis et c’est pourquoi je vous tue. » L’autre répliqua : «je souhaite n’être point tué; je me mettrai

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à votre suite. » Alors les deux renards continuèrent leur route de compagnie. Le premier renard rencontra encore un renard et voulut le tuer; les questions et les réponses furent les mêmes que précédemment, et lui aussi déclara qu’il se mettait à sa suite. Par une série de rencontres semblables, le premier renard soumit tous les renards; puis, au moyen de tous les renards, il soumit tous les éléphants; en outre, au moyen de tous les éléphants, il soumit tous les tigres ; en outre, au moyen de tous les tigres, il soumit tous les lions; alors, momentanément, il put être le roi des animaux.

Quand il fut devenu roi, il eut encore cette pensée : « Maintenant que je suis le roi des animaux, il ne me faut pas prendre femme parmi les animaux. » Il monta donc sur un éléphant blanc, et, à la tête de toute la troupe des animaux qui formaient une multitude innombrable, il entoura de leurs rangs, qui se comptaient par plusieurs centaines de milliers, la ville de Bénarès. Le roi de cette ville envoya un ambassadeur demander : « Vous, troupes de toutes sortes d’animaux, pourquoi agissez-vous ainsi ? » Le renard répondit : « je suis le roi des animaux, il faut que j’épouse votre fille; si vous me la donnez, c’est bien; si vous ne me la donnez pas, j’anéantirai votre royaume. » L’ambassadeur revint déclarer cette

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réponse. Le roi assembla ses ministres et tint avec eux une délibération. A l’exception d’un seul ministre, tous dirent : « Il faut donner la princesse ; quelle en est la raison? Ce qui fait la force du royaume, c’est qu’il se confie dans ses éléphants et dans ses chevaux. Nous avons des éléphants et des chevaux, mais eux ont des lions; quand les éléphants et les chevaux sentiront l’odeur des lions, ils seront saisis de terreur et se coucheront à terre. Au combat, nous serons certainement inférieurs et les animaux nous anéantiront. Faut-il, parce qu’on tient à une fille, causer la perte d’un royaume ? » Or, un grand ministre qui était intelligent et faisait des combinaisons à longue échéance, dit au roi : « En observant l’antiquité et les temps modernes, je n’ai jamais appris ni vu que la fille d’un roi des hommes ait été donnée à un vil animal. Quoique je sois faible et peu intelligent, je veux tuer ce renard et faire que tous les animaux se dispersent en s’en allant chacun de son côté. » Le roi lui demanda alors : « En quoi consiste votre projet?» Le grand ministre répondit: «O roi, bornez-vous à envoyer un ambassadeur qui fixera la date du combat, et qui, le jour de la bataille, devra d’avance exprimer à ce roi des animaux un désir, à savoir que les lions se battent d’abord et rugissent ensuite; ce roi des animaux pensera que nous avons peur et il ne manquera pas d’ordonner

aux lions de rugir d’abord et de se battre ensuite. Vous, ô roi, quand sera venu le jour de la bataille, vous devrez ordonner que, dans votre ville, tous soient obligés de se boucher les oreilles. »

Le roi suivit son avis; il envoya un ambassadeur fixer la date du combat et, en même temps, exprimer le désir dont il a été parlé plus haut. Lorsque vint le jour de la bataille, il envoya encore une lettre pour réitérer cette demande. Puis il fit sortir son armée. Au moment où les armées allaient croiser le fer, le renard ordonna en effet aux lions de commencer par rugir. Quand le renard les entendit, son cœur se brisa en sept morceaux ; il tomba du haut de son éléphant et chut par terre. Alors, toute la foule des animaux au même moment se dispersa.

Le Buddha, à propos de cette histoire, prononça des gâthâs en ces termes :

« Ce renard était d’une arrogance excessive ; — il voulait demander à prendre femme; — il se rendit à la ville de Bénarès, — et déclara qu’il était le roi des animaux. — Devadatta, lui aussi, a une arrogance semblable; — il commande à la foule de ses partisans ; — dans le royaume de Magadha, — il s’attribue le titre de roi de la Loi. s>

11 dit aux bhiksus : En ce temps, le roi de Bénarès, c’était moi-même ; le grand ministre intelligent, c’était Çâriputra; le roi renard, c’était Devadatta.

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