‹ Contes et légendes du bouddhisme chinoisChapitre 7 sur 32 · LES QUATRE FRÈRES EN DESACCORD · texte numérisé non relu

LES QUATRE FRÈRES EN DESACCORD

Le Buddha se trouvait à Râjagrha dans le jardin de bambous de Jeta ; il y avait alors quatre frères, issus d’un personnage de haute caste, qui avaient perdu de bonne heure leur père et leur mère et qui se disputaient la possession de l’héritage ; ils aperçurent Çâriputra, et, tout joyeux, lui demandèrent : « Nous souhaitons que vous prononciez sur ce cas et ensuite nous ne nous disputerons plus. » Çâriputra leur dit : « Fort bien ; j’ai un grand maître, le Buddha, qui est plus digne d’honneur que n’importe qui dans les trois mondes. Suivez-moi et revenons à l’endroit où se trouve le Buddha ; certainement vous obtiendrez la solution de votre différend. » Ils suivirent

donc Çâriputra et revinrent avec lui. Le Buddha, voyant de loin ces quatre hommes, se prit à rire en émettant un éclat des cinq couleurs. Les quatre hommes rendirent hommage au Buddha et lui dirent : « Nous sommes stupides ; nous souhaitons que le Buddha prononce une parole décisive afin que nous ne nous disputions plus> »

Le Buddha leur dit : « Autrefois, il y avait un roi nommé Wei-leou ; son corps souffrant d’une maladie, il fit venir un médecin qui l’examina et prescrivit de composer une drogue pour laquelle il fallait employer du lait de lionne. Le roi adressa aussitôt un appel à son peuple, en disant que, si quelqu’un se procurait de ce lait, il lui donnerait la moitié de son territoire et lui ferait épouser sa plus jeune fille. Il y eut alors un pauvre homme qui déclara : « je suis capable de m’en procurer. » Le roi l’ayant autorisé à tenter l’entreprise, cet homme qui était habile et ingénieux, commença par rechercher l’endroit où se tenait la lionne, puis, avec un mouton qu’il avait tué et plusieurs dizaines de boisseaux de vin de raisin, il se rendit dans cette montagne; il épia le moment où la lionne était sortie et déposa dans son repaire le mouton tué ainsi que le vin de raisin. A son retour, la lionne vit le vin et la chair ; elle se mit à boire et à manger et s’endormit complètement ivre. Notre homme aussitôt s’avança, lui tira du

lait et s’en revint tout joyeux. Avant qu’il fut revenu dans son pays, comme le soir était venu, il s’arrêta pour la nuit dans un village. Or un arhat s’y était aussi arrêté pour la nuit et se trouva passer la nuit en compagnie de cet homme. Celui-ci, en poursuivant la lionne, avait parcouru un chemin dilficile; il s’était endormi, le corps épuisé, et il n’avait plus du tout sa connaissance. Le religieux aperçut les six organes de son corps qui contestaient entre eux sur leurs mérites respectifs. Le génie des pieds disait : « C’est grâce à moi qu’on est arrivé jusqu’ici et qu’on a pris le lait. » Le génie des mains disait à son tour : « C’est grâce à nous, les mains, qu’on a tiré le lait. » Le génie des yeux disait aussi : « C’est grâce à moi qu’on a vu la lionne. » Le génie des oreilles disait de son côté : « C’est grâce à ce que j’ai entendu le roi demander du lait que je vous ai amenés tous ici. » Le génie de la langue dit alors : « Vous contestez en invoquant de vaines raisons; ce mérite me revient. Maintenant votre mort ou votre vie dépend de moi. » Le lendemain, cet homme, apportant le lait, vint auprès du roi et lui dit : je me suis maintenant procuré du lait de lionne : il est là dehors. » Le roi dit : «Que c’en soit véritablement ou non,présentez-le moi. » A peine le roi avait-il vu le lait que la langue dit : « Ceci n’est pas du lait de lionne ; c’est simplement du lait d’ânesse. » En

entendant ces mots, le roi fut très irrité et dit : « Je vous avais chargé de prendre du lait de lionne et vous me rapportez du lait d’ânesse. » Il voulut donc le faire périr. Cependant le religieux qui avait passé la nuit auprès de l’homme eut alors recours à ses facultés surnaturelles pour arriver aussitôt devant le roi ; il lui répondit ; Ceci est vraiment du lait de lionne, j’ai passé la nuit dans un village avec cet homme au moment où il venait de se le procurer ; j’ai vu les six parties de son corps contester entre elles sur leurs efforts méritoires ; la langue a dit : « je m’opposerai à vous. » C’est maintenant effectivement ce qu’elle a fait. Que le roi prenne seulement ce lait pour le mêler à sa médecine et il guérira certainement de sa maladie. » Le roi ajouta foi aux paroles de l’arhat et se servit du lait pour composer sa médecine ; il donna sa fille en mariage à cet homme et, en même temps, il lui conféra un territoire, conformément à rengagement qu’il avait pris au début. Le religieux dit au roi : <s Si tels sont les maux qui sont produits quand les organes du corps d’un seul homme sont en opposition entre eux, combien plus graves seront les maux quand la dissension se produira entre des hommes différents. » Alors celui qui s’était procuré le lait, ayant reçu du religieux ce bienfait, demanda à devenir çramana ; son intelligence se dénoua et il obtint

la sagesse d'arhat ; le roi aussi fut alors joyeux ; il reçut les cinq défenses et obtint la sagesse de srotâpanna.

Quand les quatre hommes eurent entendu ce récit, leur intelligence se dénoua; ils implorèrent aussitôt du Buddha la faveur de devenir bhiksus ; le Buddha, sans rien dire, leur toucha la tête de sa main : leurs cheveux tombèrent et le kasâya revêtit leur corps; leurs attachements mondains se rompirent et leurs souillures disparurent.

Ananda demanda : « Quel mérite ont eu autrefois ces quatre hommes pour que maintenant ils aient entendu les livres saints, aient aussitôt été éclairés et aient obtenu promptement de devenir arhat? » Le Buddha répondit : « Autrefois, au temps du Buddha Mo-wen, Çâriputra était un bhiksu et ces quatre hommes étaient des marchands; tous ensemble firent don d’un kasâya à Çâriputra; celui-ci prononça le vœu magique de faire en sorte que, dans une vie ultérieure, ces hommes obtinssent promptement d’être sauvés ; maintenant, c’est par l’entremise de Çâriputra qu’ils ont, en effet, obtenu d’être sauvés.

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