‹ Contes et légendes du bouddhisme chinoisChapitre 8 sur 32 · LE CORBEAU, LE CHACAL ET L’ERMITE · texte numérisé non relu

LE CORBEAU, LE CHACAL ET L’ERMITE

UTREFOis, dans des temps fort lointains, un

eunuque étant mort, ses parents et ses

^ ^ voisins prirent son corps et le déposèrent

parmi des arbres tc’hou (ailante). Sur ces entrefaites, un chacal et un corbeau vinrent pour en manger la chair ; ils se mirent alors à se décerner l’un à l’autre des éloges au milieu des arbres. Le corbeau adressa au chacal cette gâthâ :

« Votre corps est comme celui d’un lion; — votre tête est comme celle d’un ermite; — par le luisant de votre pelage vous ressemblez à un roi des cerfs; — c’est la perfection! Vous êtes comme une belle fleur. »

Le chacal, d'entre les arbres, le loua par cette gâthâ :

« Qui est ce personnage vénérable perché sur l’arbre? — Pour la sagesse, il est de beaucoup le premier; — son intelligence illumine les dix régions, — comme le ferait un amas d’or raffiné rouge. »

Alors, le corbeau répondit en chantant cette gâthâ :

« Vous êtes un grand lion ; — c’est pour vous voir que je suis venu tout exprès ; — vous êtes luisant comme un roi des cerfs ; — c’est la perfection ; je trouve à vous voir profit et sagesse. »

Le chacal répondit encore en chantant cette gâthâ :

« Sincères et loyaux sont les vrais amis; — nous nous louons l’un l’autre avec une parfaite sincérité; — moi et yous, ô amas d’or raffiné rouge, — qu’on ne se permette pas de demander si nous nous nourrissons de ce cadavre. »

Or, non. loin de là, il y avait un grand ermite qui demeurait dans la solitude, qui agissait d’une manière pure et pratiquait la sagesse; en entendant les éloges alternés que se décernaient l’un à l’autre le chacal et le corbeau, il songea : « Ces êtres de cette sorte s’exclament à tort et à travers sur leurs mérites mutuels, leurs paroles sont toutes dénuées de raison et il ne s’y trouve pas

un mot sincère et vrai. » Il les interrogea donc par cette gâthâ ; sk Depuis longtemps, j’ai vu ce que vous faites; — actuellement, vous êtes tous deux des menteurs ; — vous vous cachez parmi les arbres — pour manger tous deux de la chair humaine. »

Alors le corbeau irrité, répondit à Termite par cette gâthâ :

« Le lion et le paon se nourrissent tous deux de la chair des animaux — qui, auprès de ce vieillard chauve et sans passions, — tour à tour viennent demander qu’il leur sauve la vie. »

L’ermite répondit par ces gâthâs :

<s Sous les arbres tch’ou la puanteur est extrême ; — tous les oiseaux la redoutent — et les troupes de cerfs n’y cherchent pas un abri. — On y a déposé le corps d’un eunuque mort — et vous, vile engeance, — vous êtes venus vous réunir ici — pour vous repaître de ce cadavre d’eunuque. — * Cependant, vous vous prétendez des personnes supérieures! »

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