Contes et légendes
Je suis marraine ! ... et comme mon filleul n'a rîen de banal, j'éprouve une grande joie et beaucoup de fierté à le présenter à mes lecteurs. C'est un honneur peu commun que de tenir sur les fonds baptismaux le premier-né d'une dynastie nouvelle. ... et le u Recueil de Contes et Légendes" (pour les enfants) de Mme A. B. Lacerte, est un livre d'un genre tout a fait nouveau en Canada, où personne ne s'est encore donné la peine d'écrire particulièrement pour les petits.
Il y a quelques années, une femme de lettres à qui je venais de demander d'écrire des contes pour nos enfants. me cingla de cette réponse indignée: "Je crois être capable d'écrire pour les grandes personnes." Cette prétention erronnée est, je pense, la raison qui a empêché nos écrivains de s'aventurer dans cette voit' inexplorée. Une autre raison aussi, a pu en prévenir plusieurs ; ce n'est pas aussi facile que cela parait d'écrire pour les enfants, il faut pour réussir dans ce genre des qualités de cœur, d'imagination et de style particulières, et qui M trouvent rarement réunies dans une même personne.
Cependant, Mme A. B. Laoerie qui a déjà brillamment prouvé qu'elle peut écrire des choses fort intéressantes pour u les grandes perêonne*," n'a pas dédaigné de dédier
§0O premier livre aux enfants, aux enfants qu'elle aime si bien. C'est une pensée profonde et touchante, et l'œuvre qu'elle leur offre, écrite sans prétention à la gloriole, et tout
simplement, à la façon de la oomtesse de Ségur, pour amuser dee neveux qui lui sont obère, oette oeuvre i
car l'auteur a su triompher habilement d»- nombreuses
difficultés qui s'attachaient à la tâche généreuse qu'elle i1
impi Les conh\s de Mme Lacerte ne visent ' nle-
ment à divertir les petits par l'invraisemblance des suj
merveilleux ; ils parlent au oceur en laissant sprèc eux
convenir d'une petite morale ; ils marquent une empreinte sur l'intelligence, en y mettant la trace d'une utile leçon de choses.
L'instabilité des goûts humains rend le destin des œuvres littéraires problématique ; la réputation d'un auteur est toujours plus ou moins à la merci de l'incompétence des appréciations, même de l'injustice et de la jalousie ; mais les livres écrits pour les enfants ont ce sort enviable de s'adresser toujours à des lecteurs sincères, que le préjugé n'affecte jamais. Et l'enfance ne change pas. A travers les siècles, elle reste la même. Les traités scientifiques de Perrault ont été poussés à l'oubli par des méthodes nouvelles, mais le nom de leur auteur s'est immortalisé parles contes qu'il a écrits, au jour le jour, sans aucune pensée de survie, pour amuser ses petits enfants.
Le livre de Mme Lacerte est émaillé de légendes chrétiennes, que l'auteur a traduites en vers souples et harmonieux ; elle en a aussi créé d'autres, sur des sujets divers qui portent l'empreinte de leur origine distinguée. Toutes ces légendes sont de jolies pièces à dire, et ajoutent une belle valeur littéraire au recueil.
Je souhaite à ce livre l'accueil qu'il mérite, et si j'avais le pouvoir des fées mignonnes dont Mme Lacerte nous dit si bien les merveilleux exploits, je toucherais de ma baguette magique les pages de ce petit volume, en prononçant les paroles cabalistiques qui le ferait s'envoler, en un clin-d'œil, vers toutes les maisons où il y a des petits.
Mais le livre de Mme Lacerte, écrit à l'intention des enfants, est aussi fort intéressant pour les grandes personnes, par sa belle facture et son originalité.
Je suis marraine et j'en suis fière !
GAETANE deMONTREUIL.