LE MINARET DE MANSOURA
devenir une ville aussi. Enfin le roi dit : " Il me faut vraiment une mosquée pour les soldats de mon armée; envoyez-moi un architecte ! "
Deux architectes, les plus habiles de leur temps, se présentèrent, et leurs plans étaient si beaux que le roi dit qu'il ne pouvait choisir entre les deux. Il décida donc qu'ils seraient employés tous les deux-, et chargea l'architecte arabe de la partie antérieure du minaret, et l'architecte juif de la partie opposée.
Les deux architectes construisirent un monument d'une beauté remarquable, et quand le minaret fut fini ils allèrent tous deux se présenter devant le roi, pour recevoir leur salaire. Le sultan complimenta beaucoup l'architecte arabe, et il lui donna un grand nombre de bourses d'or, mais il ne donna pas d'or à l'architecte juif. Il ne le complimenta pas, non plus, et dit : "Vous êtes un infidèle, vous méritez la mort, parce que ' vous n'honorez pas le prophète Mahomet. Pour vous punir de votre infidélité, je vais vous enfermer au haut du minaret. Et si vous êtes encore là, quand la nuit commencera à tomber, vous serez mis à mort."
Le pauvre architecte n'avait que quelques heures, mais comme il était très habile, il se fabriqua une paire d'ailes, et il travailla si rapidement que les ailes furent finies avant la nuit. Quand le soleil disparut derrière les montagnes, l'architecte juif mit ses ailes et prit son vol du haut du minaret. Malheureusement, les ailes n'étaient pas très solides, et le pauvre architecte tomba
dans la vallée, où il mourut. En mourant, il maudit le prophète Mahomet. A son imprécation la terre trembla, le tonnerre gronda, la foudre sillonna les nues, et toute une moitié du minaret tomba. C'était la partie que l'architecte juif avait construite, et depuis ce jour le minaret n'offre plus que la moitié de sa construction primitive, car l'autre moitié est à terre.
Charlemagne, roi de France et empereur d'Occident, épousa l'une après l'autre trois femmes, et quand la troisième mourut, comme les deux premières, il choisit une princesse orientale comme quatrième épouse. Cette princesse, qui espérait se faire aimer du roi, • s'était procuré une bague magique, qui avait le pouvoir de gagner l'affection de Charlemagne pour la personne qui la portaito
Grâce à ce bijou magique, Charlemagne devint amoureux fou de sa nouvelle épouse, et fut parfaite-
1 Tins is one of the most interesting of the Rhine legends. Charlemagne reigned from 768-814. He raade his capital at Aix-la-Chapelle. He is known to hâve had several wives, and Frastrada's tomb was still to be seen in Mayence a few years ago. He was crowned Emperor of the West in 800 at Rome. He was buried in the Cathedral at Aix-la-Chapelle, which the Germans call Aachen.
Turpin was Charlemagne's prime minister. Chronicles, supposed to hâve been written by him, fumish many of the legendary taies which are connected with this monarch's narae.
ment heureux jusqu'au moment où elle tomba dangereusement malade. On appela les médecins en toute hâte, mais, malgré tous leurs efforts, la maladie emjrira, et bientôt la reine Frastrade sentit qu'il n'y avait plus d'espoir et qu'elle allait mourir.
La pensée qu'une de ses femmes s'emparerait de sa bague magique, et serait aimée de Charlemagne, pendant qu'elle-même serait oubliée, la tourmentait beaucoup, et au moment d'expirer, elle glissa ce bijou dans sa bouche. En apprenant qu'elle était morte, et non pas endormie comme il le croyait, l'empereur s'abandonna à son chagrin, et refusa obstinément de quitter la chambre mortuaire ou de permettre qu'on enterrât la belle Frastrade.
En vain les courtisans lui déclarèrent que, la reine étant morte, il fallait lui préparer une tombe, en vain ils essayèrent de lui persuader de manger et de boire, il ne voulait pas les écouter. Enfin, épuisé par les pleurs qu'il avait versés, il s'endormit. Son ministre, Turpin, qui se doutait que la reine portait un anneau magique, profita de ce moment pour examiner le cadavre avec soin, et bientôt il découvrit la bague qui brillait entre les lèvres entr'ouvertes de la feue reine. Aussitôt qu'il la vit, il s'en saisit, la mit à son doigt, et se préparait à quitter la chambre, quand tout à coup l'empereur se réveilla.
Son premier mouvement fut de donner l'ordre d'enterrer la reine morte, puis il se jeta au cou de son ministre,
en déclarant que tant que cet ami fidèle lui resterait encore il ne s'abandonnerait pas entièrement au désespoir. Turpin, surpris de l'affection subite de l'empereur, chercha en vain à le quitter, mais Charlemagne lui commanda de l'accompagner partout, et lui fit même partager son lit et ses repas.
Quelques jours après l'enterrement de Frastrade, Charlemagne alla chasser dans une des grandes forêts au nord de son royaume, et le pauvre Turpin, qui aimait ses aises, fut obligé de le suivre à cheval. En route le pauvre ministre se disait sans cesse : " C'est la faute de cette maudite bague, j'en suis sûr." Et il se demandait toujours comment il pourrait se défaire du bijou magique, sans crainte de le voir tomber entre les mains d'une personne peu scrupuleuse, qui en ferait mauvais usage.
Une nuit, pendant que Charlemagne dormait profondément à côté de lui, Turpin se glissa furtivement hors de la tente, et alla se promener dans la forêt. Au bout de quelque temps il arriva à une petite clairière, tout inondée de lumière, car la lune était pleine, et aperçut un petit étang, bien profond et bien isolé. Il lui vint aussitôt l'idée qu'en jetant la bague à l'eau, il en serait débarrassé, et que, vu la profondeur de l'étang, personne ne pourrait jamais l'obtenir. Cette heureuse pensée fut immédiatement mise à exécution, et la bague magique disparut sous les eaux. Turpin revint à la tente tout joyeux d'en être enfin débarrassé.
Le lendemain matin, au point du jour, l'empereur se réveilla, et Turpin remarqua non sans plaisir que le charme était rompu et que l'empereur le traitait de nouveau d'une manière franchement amicale, comme par le passé. Quand ils eurent déjeuné, Charlemagne lui commanda même en riant de retourner au palais, "Car," ajouta-t-il, "vous êtes un bien pauvre écuyer, mon cher Turpin, et vous êtes évidemment mieux dans votre fauteuil qu'à cheval."
Turpin, bien entendu, ne se fit pas prier pour partir, et quelques minutes après l'empereur et sa suite allèrent à la chasse. En poursuivant un cerf, Charlemagne arriva enfin à la petite clairière que Turpin avait visitée la veille, et à peine eut-il vu l'étang qu'il s'écria avec admiration : " Quel ravissant endroit ! J'aimerais passer le reste de mes jours tranquillement assis ici, aux bords de ce délicieux petit étang dont les eaux sont si limpides et -cependant si profondes."
L'endroit lui parut si beau qu'il y passa le reste de la journée, et finalement il déclara son intention d'y faire construire un palais, qui devint sa demeure favorite. Les courtisans, voyant que l'empereur y passait la plupart de son temps, y firent aussi construire des palais, et en fort peu de temps la ville d'Aix-la- Chapelle s'éleva là, au milieu de la forêt.
Quelques années plus tard, l'empereur y fit construire une belle cathédrale, où il commanda qu'on l'enterrât après sa mort, car il déclarait que c'était seulement aux
bords de son étang favori que son âme pourrait reposer en paix.
Il paraît que la bague magique a encore un pouvoir surnaturel, et on recommande toujours aux étrangers de ne pas visiter l'étang de nuit, vu qu'à l'heure où Turpin jeta la bague dans l'eau, le charme est irrésistible. Si on jette seulement un coup d'œil dans l'eau quand les rayons de la lune inondent la clairière, on n'a plus jamais envie de quitter ce lieu enchanté, qt on éprouve toujours le désir d'y revenir pour peu qu'on s'en éloigne.
Le père d'Omer lui reprochait tous les jours sa paresse et lui disait sans cesse qu'il était temps qu'un jeune homme de son âge pensât à s'établir, et à se marier. Orner, qui trouvait toujours un bon repas et tout ce qu'il lui -fallait à la maison, ne s'inquiétait pas de ces reproches, et continua à flâner. Mais enfin ses parents moururent et il se trouva seul au monde. En voyant la maison vide, il décida qu'il ferait bien de se marier aussitôt que possible, et il alla faire la cour à une jolie fille du voisinage qui lui dit qu'elle ne l'épouserait que quand il aurait trente bourses d'or.
1 This is the Slavonic version of the ancient story which reappears in another form in Shakespeare^ " Merchant of Venice."
Le pauvre Orner, qui n'avait pas le sou, rentra chez lui tout triste et passa la soirée à réfléchir comment il pourrait se procurer la somme nécessaire. Enfin il se rappela qu'il avait un ami, un Juif, qui lui prêterait sans doute la somme voulue. Il courut donc chez lui, et le pria de bien vouloir lui prêter trente bourses d'or, en promettant de lui rendre l'argent au bout de sept ans. Le Juif y consentit, mais comme Orner ne pouvait pas fournir d'autre caution, il lui fit signer la convention suivante, qu'il fit aussitôt enregistrer dans les livres du cadi :
"Si Orner n'a pas rendu les trente, bourses à Issakar au bout de sept ans, celui-ci aura le droit de lui couper une drachme de langue. La chose doit être réglée ainsi.
Le jeune Orner ayant obtenu l'argent, courut chez Fatime, sa belle fiancée, et les préparatifs de la noce furent aussitôt commencés. Orner fit les choses comme un grand seigneur, et fêta si bien tout le monde qu'il dépensa la moitié de son argent, mais il se consola en disant :
"Il me reste encore quinze bourses, c'est avec cela que je ferai du commerce." Il acheta donc un magasin et se mit à vendre du sel, du tabac, et des balais, mais il ne voulait pas avoir autre chose dans son magasin. Tout alla gaiement pendant les premières années, mais quand la septième toucha à sa fin, le pauvre Orner était bien malheureux, car il ne pouvait pas
rendre l'argent au Juif Issakar, et il craignait la perte d'une drachme de langue. Sa femme s'aperçut bientôt de son chagrin, et comme elle en soupçonnait la cause, elle interrogea si habilement le Juif qu'elle apprit bientôt toute l'affaire.
Voulant sauver son mari, elle s'ingénia à trouver un moyen d'empêcher le Juif de lui couper la langue, et sans en dire mot à Orner, elle alla porter un cadeau au cadi, et s'échappa sans attendre ses remercîments. Le lendemain elle lui en porta un autre, et le surlendemain aussi, mais quand elle voulut s'échapper la troisième fois le cadi l'arrêta et lui demanda comment il pourrait lui être agréable.
Fatime mit une main sur son front, l'autre sur sa poitrine et dit :
" Cadi, veuille m'accorder la permission de siéger à ta place au tribunal, vendredi prochain, pendant une heure seulement."
Le cadi y consentit sans peine, et quand arriva le vendredi, le jour fixé pour le remboursement de la dette, Fatime, revêtue des vêtements du cadi, siégeait gravement au tribunal.
On fit entrer Orner, qui n'avait pas un sou dans sa poche, et le Juif Issakar, furieux à la pensée d'avoir perdu son argent, et ne songeant qu'à se venger en coupant une drachme de langue à son ancien ami.
Le cadi fit son interrogatoire, examina la convention, feuilleta ses livres et dit enfin : " Oui ; tout cela est
parfaitement vrai, et juste. As-tu apporté un rasoir, Issakar ? "
Certainement, " répliqua le Juif.
Eh bien, alors, coupe, mais prends bien garde de ne pas te tromper, car si tu coupes plus ou moins, tu périras."
Le Juif pâlit en entendant ceci, et après quelques instants d'hésitation il déclara qu'il aimait mieux se montrer magnanime et remettre la dette à son vieil ami.
Mais le cadi, prenant un air sévère, déclara que la chose ne pouvait pas se passer ainsi, et que la loi exigeait que le Juif coupât une drachme de langue à son adversaire.
Le pauvre Issakar, de plus en plus effrayé, et voyant qu'il n'y avait pas d'autre chance de salut, essaya de racheter sa vie, et offrit trente bourses d'or au cadi.
Voyant que le cadi gardait toujours son air impassible, il ajouta qu'il ne réclamerait plus jamais l'argent qu'Orner lui devait. Le cadi semblait ne pas même l'entendre, mais enfin Omer le supplia aussi de bien vouloir accepter l'argent du Juif.
En entendant ceci, le cadi inscrivit l'affaire dans son gros livre, le fit signer au Juif, et le renvoya après avoir reçu les trente bourses d'or qui lui avaient été promises. Aussitôt qu'Orner et le Juif eurent quitté le tribunal, le prétendu cadi se retira dans une chambre à côté, où.le vrai juge se tordait de rire. Elle lui rendit ses vêtements et lui offrit quinze bourses d'or, mais il
refusa de les prendre et la renvoya en lui faisant compliment de la manière dont elle avait rendu justice.
Arrivée à la maison,, Fatime commença à taquiner son mari en disant : u Eh bien, Orner, pourquoi ne parles- tu pas, est-ce que la langue te fait trop mal ? "
Orner s'empressa de lui raconter toute l'histoire, et conclut en disant : " Ce petit cadi était bien habile, et il était bien joli ! "
"Le trouves-tu plus joli que moi?" dit Fatime en lui montrant les trente bourses.
Orner pleura de joie, embrassa sa femme, reconnut qu'il avait bien mérité de perdre une drachme de langue, et à partir de ce jour il s'adonna avec tant d'ardeur au travail, qu'il amassa bientôt une grande fortune.
L'empereur d'Allemagne, Charlemagne, se promenait un jour à cheval. H arriva bientôt à l'abbaye de Saint Gall et aperçut l'abbé qui se promenait tout doucement dans son jardin. L'abbé était rose, et frais et bien gras, car il aimait la bonne chère, travaillait
1 This legend is told of Charlemagne, of Rudolf of Habsburg, and of John II. of England. The " abbot " is either the abbot of St. Gall in Switzerland, or the archbishop of Canterbury. There is a poetical version of the story in some collections of Old English Ballads, and another in German by Btirger.
aussi peu que possible, et dormait profondément toute la nuit. L'empereur regarda un instant le gros abbé et se dit : " Je suis sûr que ce brave homme ne se tourmente pas beaucoup, et qu'il ne mérite pas la bonne vie qu'il mène. Il faut que je lui donne quelque chose à faire."
Alors l'empereur s'approcha du monastère, appela l'abbé, le salua cordialement, lui fit quelques questions, et finalement il lui dit : " Monsieur l'abbé, j'ai trois questions à vous faire, auxquelles il vous faudra donner dans trois mois des réponses exactes. Si vous me donnez les réponses correctes, vous pourrez rester abbé de Saint Gall ; mais si vous ne pouvez pas y répondre, vous serez obligé de faire le tour de la ville, monté sur un âne, la figure tournée vers la queue, que vous tiendrez à la main en guise de bride."
Le pauvre abbé pâlit et se mit à trembler, car il savait bien qu'il n'était pas savant, et l'idée de traverser la ville, monté à rebours sur un âne, ne lui plaisait pas beaucoup. L'empereur sourit, en voyant l'embarras du pauvre abbé, et continua : " Voici les trois questions, abbé ; faites-y bien attention, car j'exigerai la réponse dans trois mois au plus tard. La première est: Combien de temps me faudrait-il, à une minute près, pour faire le tour du monde ? La seconde est : Combien est-ce que je vaux, à un sou près, quand j'ai ma couronne sur la tête, mon sceptre à la main, et tous mes habits royaux ? La troisième question est : Quelle est ma pensée ? et vous serez obligé de prouver que cette pensée n'est pas vraie."
Le pauvre abbé pâlit encore plus en entendant ces trois questions, et l'empereur partit en riant et en lui recommandant de trouver la réponse exacte, sous peine de faire le tour de la ville, monté à rebours sur un âne, tenant la queue de cette bête au lieu de bride.
L'abbé pensait nuit et jour à ces trois terribles questions. Il n'était plus heureux, il n'avait plus bon appétit, il ne dormait plus tranquille. Il écrivit à toutes les universités et à tous les savants du monde, il passa tout son temps dans la bibliothèque du monastère à étudier, mais ni lui ni personne d'autre ne pouvait trouver une réponse exacte aux trois questions de l'empereur.
Le premier mois s'écoula avec une rapidité effrayante, le second se passa de même, et le troisième était presque fini sans que la réponse à une seule question fût prête. L'abbé, au désespoir, alla se promener dans les champs. Tout en marchant il se lamentait à l'idée de la disgrâce publique qui l'attendait, s'il ne répondait pas correctement aux questions de l'empereur. Il était tellement absorbé dans ces réflexions qu'il s'arrêta tout surpris quand un de ses bergers s'approcha de lui et dit :
" Bonjour, monsieur l'abbé, êtes-vous malade ? Vous êtes si pâle et si maigre, vous paraissez si triste, qu'avez-vous donc?"
Touché par la sympathie de son berger, le pauvre abbé lui dit :
"Ah, mon ami, vous êtes bien heureux d'être seulement berger ; figurez-vous que l'empereur m'a
demandé combien de temps, à une minute près, il lui faudrait pour faire le tour du monde à cheval ; combien il vaut quand il a sa couronne sur la tête, son sceptre à la main, et tous ses habits royaux. Il exige aussi, non seulement que je devine sa pensée, mais que je prouve que cette pensée n'est pas vraie, sous peine de perdre ma place, et de faire le tour de la ville, monté sur un âne, la tête tournée vers la queue, que je serai forcé de tenir en guise de bride ! "
Le pauvre abbé avait les larmes aux yeux en parlant ainsi, et il allait continuer tristement son chemin quand le berger l'arrêta.
"Monseigneur," dit-il, "je ne suis qu'un pauvre berger ; mais je suis convaincu que je pourrais répondre à ces trois questions. Si vous voulez me prêter votre habit, votre mitre, et votre crosse, j'irai à la cour de l'empereur à votre place."
L'abbé réfléchit un instant; puis, pensant que le berger serait obligé de faire le tour de la ville à sa place s'il ne répondait pas correctement aux questions de l'empereur, il consentit avec joie, et donna sa robe, sa mitre, et sa crosse au berger.
Quelques jours après, quand les trois mois étaient finis, on annonça à l'empereur que l'abbé de Saint Gall était arrivé, et demandait à lui parler. L'empereur se mit à rire, et dit aux domestiques : " Faites-le entrer." Un instant après le faux abbé parut. L'empereur le regarda malicieusement, et dit :
" Monsieur l'abbé, vous n'êtes plus aussi gras qu'il y a trois mois, ce me semble. Maintenant souvenez-vous bien que votre place dépend de vos réponses, et que si vous n'êtes pas parfaitement exact vous serez obligé de faire le tour de la ville, monté sur un âne, la figure tournée vers la queue, que vous tiendrez à la main au lieu de bride." Le faux abbé salua l'empereur, et dit gravement : " Oui, votre majesté, j'ai parfaitement bien compris la condition, et je suis prêt à répondre aux questions."
L'empereur, étonné du sang-froid de l'abbé, dit: "Combien de temps, à une minute près, me faudrait- il pour faire le tour du monde à cheval? Prenez votre temps, et répondez exactement."
Le berger regarda l'empereur bien en face, et dit d'une voix assurée : " Si votre majesté monte à cheval à l'instant où le soleil paraît au-dessus de l'horizon, et voyage juste aussi vite que l'astre solaire, votre majesté fera le tour du monde en vingt-quatre heures, pas une seconde de plus ou de moins."
L'empereur était tellement surpris de recevoir cette réponse qu'il resta un instant interdit, mais comme il n'y avait rien à redire, il fut obligé de s'en contenter et passa à la seconde : " Combien est-ce que je vaux à un sou près, quand j'ai ma couronne royale sur la tête, mon sceptre à la main, et tous mes habits royaux ? "
Le faux abbé, sans se troubler le moins du monde,
regarda l'empereur bien en face et dit : " Jésus Christ, le Sauveur du monde entier, a été vendu pour trente pièces d'argent. 1 Votre majesté ne peut pas prétendre valoir plus que le Rédempteur, donc j'estime que vous valez vingt-neuf pièces d'argent."
La réponse était si bien trouvée, que bien qu'elle ne plût pas à l'empereur il ne put y trouver à redire et s'écria : " Vous avez trouvé une réponse aux deux premières questions, mais si vous ne devinez pas la troisième vous serez néanmoins obligé de faire le tour de la ville monté sur un âne. Dites-moi donc, quelle est ma pensée ? "
"Vous pensez que je suis l'abbé de Saint Gall," répondit le faux abbé.
" Certainement," répondit l'empereur, " et j'aimerais bien savoir comment vous allez prouver que ma pensée n'est pas vraie."
" Je ne suis pas l'abbé de Saint Gall, car je suis son berger ! " et le faux abbé, ôtant sa mitre et sa robe, se présenta devant l'empereur vêtu de ses vêtements ordinaires. L'empereur était si enchanté de l'esprit du berger, qu'il déclara qu'il lui donnerait la récompense qu'il demanderait, et proposa même de le faire abbé du monastère de Saint Gall.
Le berger refusa cet honneur et dit : " Puisque votre majesté a promis de m'accorder la récompense
1 An allusion to the u thirty pièces of silver" for which Judas delivered his Master up to the Jews.
que je préfère, je demande que mon maître conserve sa place jusqu'à sa mort."
L'empereur, touché du dévouement du berger, consentit à laisser l'abbé en paix, mais il le condamna à payer de gros gages à son berger, qui se trouva assez riche pour avoir de la viande à dîner tous les jours. Quant à l'abbé, il continua à demeurer dans le monastère aussi longtemps qu'il vécut, mais il n'oublia jamais les trois terribles questions qui lui avaient coûté tant de nuits blanches, et pour lesquelles il n'avait jamais pu trouver de réponse.
-oo^OC-
BARAM ET COPHER. 1
Dans une petite ville de l'Asie vivait un homme nommé Baram, qui était très pauvre, mais très content de son sort. Il avait des voisins qui étaient très riches, mais il ne les enviait jamais, et tous les soirs il remerciait Dieu de lui avoir tant donné et de l'avoir rendu si heureux.
Le pauvre homme ne fut pas toujours aussi heureux, car son fils aîné, au lieu de profiter de ses bons conseils, commença à mener une vie désordonnée, et il osa même nier l'existence de Dieu.
Le pauvre Baram, voulant sauver son fils aîné à tout
1 This anecdote is adapted from " Le Magasin Pittoresque."
BARAM ET COPHER. 63
prix et le séparer de ses méchants amis, résolut d'entreprendre un voyage avec lui.
- ♦•Baram était pauvre, bien pauvre, mais il se mit en route avec son fils. Ils marchèrent, jour après jour, admirant la belle campagne, et la magnificence des villes qu'ils traversaient. Un jour, après avoir voyagé à travers bien des contrées, ils voulurent retourner dans leur pays. Ils marchèrent longtemps, et fatigués enfin, ils s'assirent à l'ombre d'un grand arbre, où ils se reposèrent longtemps. Enfin le père dit: "Mon fils, il est tard, bien tard, si nous voulons arriver au prochain village avant la nuit, il faut partir immédiatement.''
Ils partirent donc, mais l'obscurité étant venue, ils s'égarèrent dans une épaisse forêt. Un homme vertueux ne craint pas la solitude, et le bon Baram continua tranquillement sa route; mais Copher, son fils, qui avait une mauvaise conscience, avait peur, bien peur.
Enfin ils virent une lumière au loin, et Copher dit avec joie : " Voilà une lumière, nous sommes sauvés, nous sommes sauvés."
"Pourquoi êtes-vous si content de voir cette lumière? " demanda son père.
"Parce que si nous allons vers cette lumière, nous trouverons une maison où nous pourrons passer la nuit, et demain nous pourrons continuer notre route," répondit le fils.
"Qu'est-ce qui vous fait penser que cette maison est habitée? " dit le père à son fils.
" Mon père, je sais que la maison est habitée ; une lumière ne s'allume pas toute seule ! "
" Ah, mon fils," dit le père, " vous voyez cette riche campagne, vous voyez le soleil, la lune, et les étoiles, vous voyez toutes les merveilles de la création, et vou£ dites: 'Il n'y a pas de Créateur;' mais quand vous voyez une misérable petite lumière paraître au loin, vous dites qu'il est impossible qu'elle se soit allumée toute seule I "
Le jeune homme comprit la leçon que son père lui avait donnée, et dit bien humblement : " Mon père, vous avez raison. J'ai eu tort, je reconnais mon erreur. Je reconnais que j'ai été déraisonnable. Je crois maintenant qu'il y a un Créateur, et je vous promets que je ne nierai plus jamais l'existence de Dieu."
>î*?Oo.
Hatto, évêque de Mayence, était aussi riche qu'avare, et passait tout son temps, non pas à prier et à faire du
1 This is the legend of the Mouse Tower, at Bingen on the Rhine ; for the signification of the myth, see " Guerber's Myths of Northern Lands," American Book Co. Southey has given a spirited poetical version of this taie. Mayence is the German Mainz, a town on the Rhine.
bien aux pauvres, mais à augmenter sa fortune. Ses fermes étaient les plus belles de tout le pays, ses granges étaient toutes pleines du plus beau blé, et ses coffresforts contenaient une multitude de jolies pièces d'or, que l'évêque comptait tous les jours.
Les autres personnes n'étaient pas aussi heureuses que lui, et il y avait dans ce temps-là beaucoup de pauvres qui n'avaient jamais assez à manger. Enfin arriva une mauvaise année; une inondation détruisit toute la récolte, et une disette terrible en fut le résultat. Les pauvres, qui n'avaient pas de provisions, souffraient cruellement, et ils étaient tellement affamés, qu'ils se rendirent enfin chez l'évêque pour le prier de les secourir.
" Monseigneur, vous qui avez tant de beau blé dans vos granges, donnez-nous-en pour nos femmes et nos petits enfants qui meurent de faim," dirent-ils.
Mais le prêtre, au cœur de pierre, écouta leurs prières sans s'émouvoir, et les renvoya sans leur avoir donné la moindre chose. Jour après jour, les malheureux revinrent, et jour après jour Hatto les renvoya, les mains vides, en leur disant que son beau blé était bien trop précieux pour servir de nourriture à des gens affamés comme des rats.
Malgré les refus journaliers du prêtre, les pauvres, sachant qu'il avait assez de grain pour leur fournir du pain à tous, continuèrent à entourer son palais nuit et jour, et à le supplier d'avoir pitié d'eux.
Fatigué de ces clameurs qui ne lui permettaient pas
de dormir en paix, Hatto leur commanda enfin de se rendre tous à une grange vide, qui se trouvait en dehors de la ville, et il promit d'y aller à une heure dite, afin de leur donner de quoi les satisfaire et faire cesser toutes leurs plaintes.
Les pauvres, qui s'imaginaient qu'ils allaient enfin avoir à manger, se rendirent en toute hâte à la vieille grange, où ils entrèrent joyeusement, hommes, femmes, et enfants, pour attendre l'arrivée du prélat qu'ils bénissaient d'avance.
A l'heure indiquée, Hatto arriva, accompagné de tous ses serviteurs. Il s'arrêta devant la grange, mais au lieu d'entrer, il commanda à ses domestiques de fermer toutes les portes et les fenêtres, et de mettre le feu à la bâtisse. Les pauvres, qui n'avaient pas entendu cet ordre, pensaient à chaque instant que le prélat allait entrer, et quand il parut à la dernière fenêtre ouverte, ils crièrent tous "vive monseigneur."
Quel ne fut donc pas leur désappointement et leur horreur, quand ils entendirent ces mots, prononcés d'une voix aussi forte que cruelle :
" Vous êtes comme des rats, et vous allez tous mourir comme des rats, car j'ai fait mettre le feu à la grange pour me débarrasser de vous, et ne plus entendre vos cris perpétuels."
Quelques* minutes après toute la bâtisse était en feu, les flammes montaient de plus en plus haut, et l'on entendait un concert épouvantable de cris de détresse,
car les malheureux ne pouvaient s'échapper de leur prison et y furent tous brûlés vifs.
Les domestiques du prélat étaient pâles et tremblants d'horreur, mais Hatto contempla avec calme le massacre qu'il avait commandé, et quand les derniers cris avaient cessés, et que le toit embrasé était tombé, il rentra tranquillement chez lui, et soupa d'aussi bon appétit que d'habitude.
Pendant la nuit, cependant, son sommeil fut troublé plusieurs fois par des bruits étranges, comme si des rats ou des souris couraient dans la salle-à-manger, et y grignotaient quelque chose. Le lendemain matin il s'aperçut avec chagrin que son portrait gisait à terre en lambeaux, et qu'il avait probablement été mis en pièces par des rats, car on pouvait distinguer la marque de leurs dents.
Quelques instants après, un domestique accourut, en toute hâte, pour lui annoncer qu'il avait vu une multitude de souris et de rats, sortir des cendres encore chaudes de la grange brûlée, et que ces petites bêtes l'avaient suivi de près au palais, où elles venaient sans doute pour le dévorer. L'évêque Hatto, sachant qu'il avait commis un crime abominable, et que les rats et les souris étaient animés par l'esprit des pauvres malheureux qu'il avait si traiteusement tués, saisi d'une terreur subite, voulut s'échapper.
Il monta donc à cheval, et partit au grand galop, mais, malgré la rapidité de sa course, il s'aperçut
bientôt, en tournant la tête, que l'armée de rats se rapprochait de plus en plus, et le rattraperait avant longtemps. Fou de terreur il descendit vers le fleuve, abandonna sa monture, et s'élançant dans un petit bateau, il rama de toutes ses forces vers une tour en pierre construite sur un rocher au milieu de l'eau. Il y arriva bientôt, s'y enferma à double tour, et se réjouit à la pensée qu'il avait enfin échappé aux dents aiguës des rats. Mais sa joie se changea bientôt en horreur, car il s'aperçut que les rats, après avoir dévoré son pauvre cheval, s'étaient jetés à la nage dans le Rhin, et que tous se dirigeaient vers la tour où il s'était réfugié.
Malgré la profondeur de l'eau et la force du courant, ces petites bêtes nagèrent si bravement qu'elles arrivèrent bientôt à la tour. L'évêque ferma le volet de la fenêtre, et se retira au milieu de la tour, mais même là il pouvait entendre le bruit des souris et des rats, qui grimpaient de tous côtés. Quelques secondes après, il les entendit qui commençaient à ronger le bois des portes et des fenêtres, et avant bien longtemps ils se frayèrent un passage et tombèrent sur lui tous à la fois. Malgré ses cris, malgré ses prières, l'évêque de Mayence fut mangé vif par les souris et les rats, et il ne resta bientôt plus rien que les os de ce méchant prélat.
Telle fut la punition de Hatto ; et si vous ne croyez pas cette histoire, vous n'avez qu'à faire un voyage en Allemagne, et visiter le Rhin. Près de Bingen on vous
montrera, au beau milieu du fleuve, une tour en pierre, qu'on appelle encore aujourd'hui la Tour de Hatto, ou la Tour aux Souris.
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Dans une petite vallée, située au milieu de hautes montagnes, il y avait une fois un petit village. Le village était composé de quelques modestes' cabanes. Dans les cabanes demeuraient quelques familles, bien pauvres, mais bien bonnes et bien respectables. Les habitants de la vallée avaient quelques jardins, où ils cultivaient des légumes ; quelques champs, où ils cultivaient le grain pour faire leur pain, et quelques chèvres et quelques vaches, qui leur donnaient du lait, dont ils faisaient du beurre et du fromage.
Les hommes et les femmes étaient très industrieux ; les enfants étaient industrieux aussi. Les enfants gardaient les vaches et les chèvres sur la montagne. Un jour une petit fille descendit rapidement de la montagne. Elle courut à la maison, et dit à sa mère :
" Oh ! maman, venez vite ! venez vite ! Il y a une belle dame sur la montagne. La belle dame a une robe
1 This is the most celebrated of Canon Christopher Schmid's taies. It has been translatée! into French. It is generally considered in France and Germany as one of the best juvénile taies, and is supposed to hâve been written to explain how the custom of distributing Easter eggs originated. Only an outline of the story is hère given.
blanche Elle est arrivée à cheval. Elle est accompagnée d'une petite fille et d'un petit garçon. Il y a aussi un homme, qui dit : ' Madame,' quand il parle à la dame. La dame est fatiguée, maman. Elle est assise sur un rocher. .Elle m'a demandé un peu de pain et de lait pour les enfants, qui ont faim et soif."
La mère prépara une cruche de lait, prit du pain, du beurre, et du fromage, et alla à la montagne avec son mari et sa petite fille. Quand elle arriva au rocher, elle vit une jeune dame d'une grande beauté. Cette dame avait une petite fille sur les genoux. La petite fille était aussi jolie que la mère, et elle et le petit garçon portaient de beaux vêtements (habits).
"Oh," dit la pauvre femme à son mari, "cette dame est évidemment très riche ! Regardez ces beaux vêtements. Ceux des enfants sont aussi bien beaux, et quant à l'homme qui est là, à côté du cheval, il est aussi très-bien vêtu."
La pauvre femme s'approcha timidement, et offrit le pain, le beurre, le fromage, et le lait, à la dame, qui la remercia avec beaucoup de grâce. Les enfants avaient faim et soif, la dame et le domestique aussi, et pendant qu'ils mangeaient et buvaient, la dame questionna la pauvre femme et son mari.
Quand elle apprit que le village était habité seulement par des paysans, et que les voyageurs étaient très rares dans cette vallée, elle dit avec émotion :
"Je suis sûre que Dieu nous a conduits ici, mes
enfants, mon domestique, et moi. J'ai été obligée de quitter ma maison, voulez-vous me permettre de demeurer avec vous ici, dans ce petit village? Y a-t-il une maison vide ici où je puisse loger avec mes enfants? Je vous paierai bien, mais j'aimerais tant rester ici, je suis fatiguée de voyager dans les montagnes."
"Alors la pauvre femme dit à la belle dame qu'il y avait une petite maison neuve dans le village qui n'était pas encore occupée, et les voyageurs descendirent dans la vallée. La dame examina la maison, et déclara bientôt qu'elle lui convenait. Elle loua la maison, paya le loyer, et acheta quelques meubles indispensables. Puis elle dit qu'elle voulait avoir une jeune fille comme servante.
Il y avait une jeune fille dans le village, qui dit qu'elle aimerait être la servante de la dame. La dame la prit à son service. Alors la dame dit :
44 Marie, voici de l'argent, allez acheter de la viande, du beurre, du fromage, et du pain ! "
Marie répondit : 44 Madame, il est impossible d'acheter de la viande, car il n'y a pas de viande dans le village. Nous n'avons jamais de viande à manger, excepté en hiver, quand un des hommes tue un ours ! "
44 Pas de viande ! " dit la dame. 44 C'est terrible. Eh bien, allez me chercher des œufs, je donnerai des œufs aux enfants ! "
44 Oh, madame," dit Marie, 44 vous ne serez sûrement
pas assez cruelle pour prendre les œufs des petits oiseaux qui chantent si bien."
44 Non, non," dit la dame, 44 je demande des œufs de poule, et non pas les œufs des oiseaux qui chantent dans la forêt."
44 Madame," dit Marie, 44 je ne sais pas ce que c'est que ces œufs de poule dont vous parlez. Nous n'avons pas de poules ! "
44 Comment ! " dit la dame, 44 vous n'avez pas de poules ! "
Elle était très surprise, mais comme les poules venaient de l'Orient, elle comprit bientôt que les pauvres gens qui demeuraient dans cette vallée, qu'ils ne quittaient jamais, ne pouvaient pas facilement se procurer des poules.
Comme elle ne pouvait pas obtenir de viande ou d'œufs, elle donna du pain et du lait aux enfants pour leur souper, et quand les enfants et la servante furent couchés, elle appela son fidèle domestique Kuno, et dit:
44 Mon brave Kuno, nous sommes arrivés ici dans une vallée solidaire, où mes ennemis ne nous trouveront sûrement pas. Demain matin, de bonne heure, partez avec le cheval, traversez ces montagnes, allez à la ville que nous avons vue hier, et achetez-moi les choses nécessaires que j'ai marquées sur cette liste. Achetezmoi aussi un coq et quelques poules ! "
44 Très-bien, madame," dit le domestique. Il partit
de bonne heure le lendemain matin, et il revint seulement vers le soir. Il paraissait fatigué, très fatigué. Le cheval était chargé de toutes sortes de choses utiles, et tous les enfants du village s'assemblèrent autour du domestique avec curiosité, car il portait une cage, dans laquelle il y avait des oiseaux extraordinaires.
La dame arriva à la porte, et dit avec joie : " Oh, quel bonheur ! voilà des poules ! "
Kuno plaça la cage à terre et ouvrit la porte. Le coq sortit, les poules suivirent le coq. La dame donna du grain au coq et aux poules, et tous les enfants du village les regardèrent manger avec admiration. Leur admiration augmenta encore quand le coq se mit à chanter, et le lendemain quand ils virent les gros œufs blancs que les poules pondaient, leur admiration fut vraiment sans bornes (limites).
Les habitants du village étaient très curieux. " Qui était la belle dame ? Pourquoi était-elle seule avec ses enfants et son domestique ? Pourquoi était-elle venue se réfugier dans cette pauvre petite vallée?" Voilà les questions qu'ils se demandaient sans cesse.
Ils questionnèrent le domestique, qui dit : " Ma maîtresse est une grande dame. Je suis son domestique, voilà tout ce que je puis vous dire." Quand les habitants questionnaient les enfants, les enfants, qui étaient très petits, disaient : " Nous appelons cette belle dame 'Maman,' les domestiques l'appellent 'Madame.'
Nous nous appelons Edmond et Blanche, et nous aimons beaucoup cette petite maison."
Les habitants du village n'osaient pas questionner la bonne dame elle-même, mais ils remarquèrent qu'elle pleurait beaucoup. Elle pleurait surtout quand le vieux Kuno avait été à la ville, et quand en réponse à sa question habituelle : " Avez-vous de bonnes nouvelles, Kuno?" il lui disait toujours, " Hélas, non, madame, je n'ai pas de bonnes nouvelles ! "
La bonne dame était si charitable que tout le monde l'aimait beaucoup dans le village. Elle donna des provisions aux pauvres, elle soigna les malades, elle consola les affligés, et elle passa tout l'été, tout l'automne, et tout l'hiver dans le village. Elle avait maintenant beaucoup de poules, et par conséquent beaucoup d'oeufs, qu'elle donnait aux malades du village. Elle enseigna aux femmes à ouvrir les œufs, à les cuire, à les manger, et les pauvres villageois trouvaient que les œufs de poule étaient aussi délicieux qu'ils étaient extraordinaires. Les poules amusaient aussi beaucoup tous les enfants du village. Ils imitaient les poules et le coq, et quand la dame mit couver une poule, et quand il y eut une quantité de jolis petits poussins, leur admiration fut sans bornes, et ils jetèrent des cris de joie.
Les pauvres gens étaient très serviables, et enfin la dame se dit : " Toutes ces bonnes gens ont été bien serviables. Il faut que je leur fasse un petit plaisir
pour les récompenser ! " Comme les habitants du village travaillaient tous les jours excepté le dimanche, la dame attendit jusqu'au jour de Pâques, et prépara un festin pour ce jour-là.
Aidée par sa bonne, Marie, la dame fit des gâteaux et des crèmes, puis elle colora une grande quantité d'œufs. Elle les colora de rouge, d'orange, de bleu, de vert, de lilas, de jaune, de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, car elle voulait faire une surprise agréable aux enfants du village.
Le jour de Pâques les enfants de la dame allèrent de porte en porte. Ils s'arrêtèrent à chaque maison, et le petit garçon dit :
"Maman vous invite, vous et toute votre famille, grands et petits, à un festin chez nous. Venez après la messe ! "
Tous les villageois étaient très contents de recevoir cette invitation. Ils acceptèrent tous avec plaisir, et après la messe ils allèrent tous chez la dame.
La belle dame les reçut très cordialement, et les invita à entrer dans le jardin. Là, il y avait une longue table, à laquelle il y avait place pour toutes les grandes personnes. Il y avait aussi une seconde table pour les enfants. La dame invita les parents à s'asseoir et dit aux enfants :
44 Mes chers enfants, allez avec Edmond et Blanche. Ils vous conduiront dans le petit bois derrière la maison. Là, chaque enfant fera un nid de mousse.
Mettez ce nid sous le grand arbre, et remarquez bien sa position, car chaque enfant trouvera peut-être quelque chose dans son nid."
Les enfants allèrent joyeusement faire leurs nids, et pendant qu'ils étaient occupés ainsi, la dame fit les honneurs du festin aux parents. Les parents mangèrent des œufs en quantité, ils mangèrent des œufs à la coque, des œufs frits, des œufs au lait, ils mangèrent du gâteau et de la crème ; tout leur parut excellent, et les bonnes femmes disaient : " Oh, quelle bonne chose que les poules ! "
44 Oui ! " dit la dame, 44 les poules sont une bien bonne chose. J'ai une quantité de jeunes poules maintenant, et j'ai envie de donner un coq et trois poules à chaque famille du village. Je vous ai expliqué quelle est la nourriture qui est bonne pour les poules, et je vous ai expliqué comment cuire les œufs. Vous en aurez bientôt en abondance si vous faites bien attention à vos poules ! "
Naturellement les parents étaient très heureux de recevoir un coq et trois poules. Ils remercièrent chaudement la bonne dame. Alors les enfants arrivèrent. La dame leur donna beaucoup de bonnes choses à manger, et quand ils eurent fini leur festin elle dit gaiement :
44 Maintenant, mes enfants, allez vite examiner vos jolis nids ! "
Les enfants partirent en courant, et en quelques minutes les parents entendirent de grands cris de joie.
Les enfants avaient trouvé cinq œufs de couleur dans chacun de leurs nids de mousse. Ils étaient si heureux, qu'ils arrivèrent bientôt pour montrer leurs œufs à leurs parents.
44 Regardez, père ! regardez, mère I j'ai des œufs, cinq œufs de couleur."
Bientôt les enfants s'aperçurent qu'il y avait de petites marques sur un des œufs de chaque nid. • Ils demandèrent à la bonne dame ce que ces marques signifiaient.
44 Oh," dit la dame, 44 il y a une devise écrite sur chaque œuf."
Elle prit un œuf, et lut :
" A l'enfant doux et docile L'obéissance est facile ! "
et fit répéter la devise à l'enfant jusqu'à ce qu'il la
sût bien. Alors elle lut une seconde devise :
" De mentir garde-toi bien, Du menteur on ne croit rien."
Elle lut toutes les devises aux enfants. Chaque enfant apprit sa devise, et quand ils partirent avec leurs» parents, ils étaient tous heureux. Les parents étaient heureux parce qu'ils avaient tant joui de la fête chez la belle dame, et parce qu'ils avaient un coq et trois poules, et les enfants parce qu'ils avaient de si beaux œufs de couleur.
La dame était à la porte de sa maison pour leur dire adieu, quand elle vit un étranger, un pauvre jeune
homme, qui avait l'air bien triste et bien fatigué. Comme la dame était toujours très charitable, elle appela le jeune homme, et lui parla avec bonté. Elle le questionna, et elle apprit bientôt que le pauvre jeune homme était en route pour aller faire visite à sa mère malade. Il était fatigué, parce qu'il avait marché longtemps, et parce qu'il n'avait rien mangé depuis
• le matin, car il n'avait qu'un peu d'argent, et il voulait le garder pour le donner à sa mère, qui était pauvre et très malade.
La dame, touchée par l'histoire du jeune homme, l'invita à entrer, lui donna un bon repas, et quand il eut mangé autant qu'il voulait, elle lui donna des provisions pour son souper, une pièce d'or pour sa mère, et un œuf de couleur sur lequel elle avait écrit :
" En Dieu mets ta confiance, Tu recevras assistance 1 "
Les enfants de la dame s'approchèrent, et quand le jeune homme parla de son petit frère et de sa petite sœur, qui avaient leur âge, les enfants lui donnèrent
• un œuf rouge pour son frère, et un œuf bleu pour sa sœur. Le jeune homme remercia beaucoup la dame et ses enfants, et continua son chemin. Il traversa la montagne, il mangea les provisions que la dame lui avait données, et il approchait rapidement de son village quand le soleil se coucha. Ce jeune homme, qui s'appelait Fridolin, passait alors près d'un ravin, au fond duquel il aperçut tout à coup un cheval sellé.
" C'est curieux," dit-il, " je vois un cheval, mais je ne vois pas de cavalier ! " Tout à coup il pensa : " Peut-être que le cavalier est tombé. Peut-être qu'il a besoin de secours ! " Fridolin était impatient d'arriver chez lui, mais il descendit dans le ravin, où il trouva un homme en armure qui paraissait mort.
Fridolin examina l'homme avec soin. Il ôta son casque, et quand il vit que l'homme n'était pas mort, il courut chercher de l'eau dans le casque, et baigna la figure du pauvre homme. Quelques minutes après le pauvre homme ouvrit les yeux. Fridolin lui donna de l'eau à boire, et l'homme dit :
" Dieu merci, vous êtes venu dans ce ravin. Je suis tombé ici avec mon cheval la nuit dernière. Je me suis cassé la jambe. Il m'a été impossible de remonter à cheval. J'ai pensé périr ici, seul, sans ami. Je n'ai rien bu depuis hier, et j'avais bien soif. Je n'ai rien mangé non plus. J'ai grand' faim ; n'avez-vous pas un morceau de pain à me donner ? "
" Hélas," dit le jeune homme, "j'ai mangé tout le pain et le fromage que la bonne dame m'a donné. Je n'ai plus rien que trois œufs de couleur, qu'on m'a donnés pour ma mère, mon frère, et ma sœur."
44 Oh ! " dit le pauvre homme, " donnez-moi ces œufs. Je vous donnerai une pièce d'or pour chaque œuf, et comme vous êtes pauvre, l'or sera plus utile à vos parents que des œufs ! "
Fridolin dit : " Merci, monsieur, je ne veux pas votre
or, mais je vous donnerai ces œufs, car ma mère, mon frère, et ma sœur vous les donneraient de bon cœur s'ils étaient ici."
Fridolin arrangea un œuf, que le pauvre homme mangea de bon appétit. Il mangea aussi le second œuf, mais quand Fridolin voulut briser la coque du troisième, l'homme dit : " Non, mon ami ! nous garderons cet œuf. Il est bien joli."
L'homme examina l'œuf, et vit la devise,
"En Dieu mets ta confiance, Tu recevras assistance ! "
"C'est bien vrail" dit-il. "Avant de perdre connaissance, j'ai prié, et j'ai dit, 4 Dieu aidez-moi ! ' et Dieu vous a envoyé pour me sauver la vie."
Fridolin amena le cheval du pauvre cavalier. Il l'aida à monter à cheval. Puis il conduisit le cheval par la bride, et mena le pauvre homme à son village, où il eut la joie de trouver sa mère entièrement convalescente. Fridolin plaça le pauvre homme dans un bon lit. Puis il alla chercher le médecin, qui banda la jambe cassée, et dit à l'homme : " Vous serez obligé de rester tranquille pendant six semaines. Alors vous pourrez continuer votre voyage I "
Le pauvre blessé dit : " Hélas, six semaines sont bien longues. Et puis, mon maître m'attend, mon pauvre maître ! Enfin, puisqu'il faut avoir patience, j'aurai patience."
Le blessé resta six semaines dans la maison de ces pauvres gens. Quand les six semaines furent finies, il se prépara à partir. Il avait beaucoup d'or dans ses poches, et il les paya bien. Il donna une pièce d'or à la petite fille, et dit : " Ma petite fille, j'ai mangé un œuf de couleur qu'une petite fille vous avait envoyé ! Voici une pièce d'or pour remplacer l'œuf."
Il donna aussi une pièce d'or au petit garçon, et il dit à la mère de Fridolin : " Madame, donnez-moi l'œuf que la dame vous a envoyé. J'aimerais le garder comme souvenir de mon danger, et du miracle que Dieu a fait pour moi. Donnez-le-moi, et je vous donnerai aussi une pièce d'or."
La bonne femme accepta, et l'homme partit pour aller trouver son maître, car il était écuyer, et son maître attendait son retour avec impatience.
Pendant que le pauvre blessé était chez Fridolin, la dame et ses enfants avaient continué à demeurer dans le village. Kùno, le domestique, allait souvent à la ville. Un jour il arriva à la maison, et dit : " Madame, j'ai de mauvaises nouvelles pour vous ! "
La dame pâlit, mais elle fit signe au domestique d'entrer dans la maison. La dame et le domestique eurent une longue conversation ensemble. Enfin le domestique sortit de la maison et alla chez le meunier, qui était l'homme le plus riche et le plus vertueux du village.
Kuno frappa à la porte. Le meunier ouvrit, et Kuno
dit : " Monsieur le meunier, voulez-vous avoir la bonté de venir parler à ma maîtresse ? Elle vous demande ! "
Le meunier alla immédiatement chez la dame, qui dit:
" Monsieur le meunier, je vous ai appelé pour vous raconter mon histoire. J'ai besoin de votre protection, je suis en danger. Je suis Rosalinde, la fille du duc de Bourgogne. Mon père avait deux jeunes chevaliers à sa cour. Ces deux chevaliers m'aimaient. Ils demandèrent ma main en mariage. L'un des chevaliers, Arno, était bon et doux. Je l'ai choisi pour mon mari. L'autre chevalier, Hanno, était furieux, et il a quitté la cour de mon père en jurant qu'il se vengerait un jour. Mon mariage fut célébré, et comme mon mari est le meilleur de tous les hommes, j'ai été bien heureuse. Mon père est mort, mais mon mari et mes enfants m'ont consolée.
" Enfin mon mari a été appelé par l'empereur pour aller faire la guerre contre les barbares. Mon mari m'a quittée à regret, mais comme son devoir était de partir, il est parti immédiatement. L'empereur avait aussi appelé le chevalier Hanno, mon ennemi, mais hélas, Hanno n'est pas parti. Il est resté dans le pays, . et quand il a appris que j'étais seule dans le château, avec mes enfants et quelques vieux serviteurs, il est venu assiéger le château. Il a dit qu'il me mettrait en prison si je ne consentais pas à être sa femme, et qu'il tuerait mes pauvres petits enfants.
"Le château de mon mari était fort, mais il était impossible de résister longtemps à l'attaque d'une grande armée comme celle de Hanno. Mon brave domestique Kuno, qui connaissait un passage secret, m'a aidée à échapper du château, et m'a menée ici, où je me suis réfugiée parmi vous, pour attendre le retour de mon mari. Aujourd'hui Kuno a été à la ville ; là il a aperçu Hanno, qui demandait aux habitants si quelqu'un avait vu une dame, deux enfants, et un vieux domestique.
" Kuno s'est caché, et Hanno ne l'a pas vu. Mais je crains qu'il n'arrive des hommes dans la vallée, et que les habitants ne leur disent que je suis ici. Si Hanno me trouve, il me mettra en prison, et mes enfants, mes pauvres petits enfants, seront mis à mort."
44 Madame," dit le vieux meunier, " les habitants ne diront à personne que vous êtes ici. Et si Hanno vient, nous vous défendrons, au risque de notre vie! "
Le vieux meunier alla à chaque maison et il dit à tout le monde de ne pas révéler que la dame et les enfants étaient dans la vallée. Quand les pauvres gens comprirent que la dame était en danger, ils jurèrent de la protéger. Le lendemain il arriva des hommes à cheval, qui demandèrent aux paysans s'ils avaient vu une dame et deux enfants, mais les paysans prétendirent une telle ignorance que les hommes partirent en disant:
44 II n'y a sûrement jamais eu de dame dans ce vil-
lage! Les habitants sont si stupides qu'ils ne savent pas même ce que c'est qu'une dame."
La vallée resta tranquille après cela, et quand Kuno retourna à la ville il apprit que les troupes de Hanno étaient parties.
La dame, qui était restée dans sa maison, sortit de
nouveau. Les enfants sortirent aussi. Tous les soirs
la mère et les deux enfants allaient à une petite chapelle dans les bois, les enfants pour prier pour l'heureux retour de leur père, et la dame pour prier pour l'heureux retour de son mari. Un jour, pendant qu'ils priaient ainsi, un pèlerin entra dans la chapelle. Le pèlerin était très âgé, il avait une longue barbe blanche. Les enfants s'approchèrent du pèlerin, qui commença à leur parler et la petite fille dit:
" Je prie tous les soirs pour mon cher papa ! "
44 Moi aussi," dit le petit garçon.
La dame, en entendant que les enfants parlaient à un étranger, se tourna avec terreur. Au même instant le pèlerin jeta sa barbe, ses cheveux blancs et sa longue robe, et on vit un beau chevalier. Il courut à la dame, et l'embrassa mille fois en disant:
"Ma femme, ma chère femme!" Il embrassa aussi les enfants, et quand la première émotion fut passée sa femme lui demanda comment il l'avait trouvée.
"Je vous ai trouvée, chère Rosalinde, parce que vous avez été, comme toujours, bonne et charitable!" dit-il. Alors il lui raconta que la guerre finie, il ar-
riva joyeusement à la maison. Là sa joie fut changée en une grande douleur, car il trouva son château en ruines, et sa femme et ses enfants disparus. Il interrogea les pauvres gens des environs, qui lui dirent que le méchant chevalier Hanno avait assiégé le château peu de temps après son départ, qu'il avait une nuit surpris le château, mais qu'il n'y avait plus trouvé la dame et ses enfants. Hanno avait réduit le château en ruines, et il était parti en jurant qu'il chercherait partout la dame, et qu'il la forcerait à devenir sa femme quand il la trouverait.
Naturellement quand le chevalier Arno apprit que sa pauvre femme et ses enfants étaient en danger, il envoya ses hommes dans toutes les directions pour trouver sa famille, et à la tête de son armée il poursuivit Hanno, qui était maintenant son prisonnier.
Malheureusement personne n'avait pu trouver de traces de la dame et de ses enfants. Tous les messagers étaient revenus découragés, tous excepté un, qui n'arrivait pas. Enfin, au bout de six semaines, le dernier messager arriva. Il raconta au chevalier qu'il était tombé dans un ravin, où il aurait péri si un brave jeune homme nommé Fridolin ne l'avait pas trouvé. Il raconta toute l'histoire à son maître, et lui montra l'œuf sur lequel il y avait la devise :
" En Dieu mets ta confiance, Tu recevras assistance I "
Le chevalier, bien ému, dit alors à sa femme :
" Figurez-vous nia surprise, ma chère amie, quand j'ai reconnu votre écriture sur cet œuf ! Je suis de suite parti avec mon écuyer, nous sommes allés chez Fridolin, qui m'a conduit ici. Je me suis déguisé pour arriver plus vite. Mon escorte arrivera demain, et demain vous quitterez cette vallée."
Alors la dame raconta son histoire à son mari, et ne se lassa pas de lui dire combien elle aimait les pauvres habitants de la vallée, qui avaient été si bons pour elle. L'histoire finie, parents et enfants retournèrent ensemble à la petite maison. En quelques minutes la nouvelle de l'arrivée du chevalier se répandit dans tout le village, et tous les villageois arrivèrent. Le chevalier les remercia chaudement de l'hospitalité qu'ils avaient donnée à sa femme. Il leur raconta comment il l'avait retrouvée, et dit :
"Et maintenant, mes amis, pour vous montrer combien je vous suis reconnaissant, je promets de donnei une vache à chaque famille, et chaque année, à Pâques, ma femme et moi nous donnerons des œufs de couleur à tous les enfants, non seulement de ce village-ci, mais de tous les villages sur nos terres."
Le chevalier et sa famille partirent le lendemain avec leur escorte ; mais ils n'oublièrent jamais les pauvres gens dans la vallée, et chaque année ils distribuèrent une quantité d'œufs de Pâques, coutume qui se propagea de pays en pays, et qui est maintenant connue dans tous les pays chrétiens.