LE REPENTIR DE CHARLEMAGNE
Charlemagne, le grand Charlemagne, avait péché. H avait commis un grand péché, son cœur en était oppressé, et sa conscience le tourmentait nuit et jour. L'empereur ne pouvait ni manger ni dormir, car la pensée de ce péché terrible le rendait trop malheureux. Il regrettait beaucoup de l'avoir commis, il jurait qu'il ne le ferait plus jamais, et il alla enfin trouver son confesseur pour lui demander pardon, et pour obtenir l'absolution. Le prêtre lui dit de se mettre à genoux et de se confesser humblement. Charlemagne obéit. Il confessa une multitude de petits péchés et bientôt il ne restait plus que le grand péché à révéler. Mais l'empereur était si repentant, et commença à pleurer si fort qu'il ne pouvait parler. Chaque fois qu'il voulait avouer sa faute les larmes lui noyaient la voix.
Le bon prêtre, voyant que le repentir de Charlemagne était bien sincère, et voulant l'absoudre afin de le rendre heureux, lui dit enfin que puisqu'il ne pouvait pas dire ce qu'il avait fait de mal, il n'avait qu'à l'écrire, vu qu'une confession écrite est aussi bonne qu'une confession orale.
"Oh je voudrais bien, mon père," dit l'empereur, "mais, hélas! je ne sais pas écrire."
1 Charlemagne greatly encouraged learning, founded many schools, and invited many learned men to take up their abode near him. The priest of this legend is supposed to hâve been Alcuin, the most learned man of his time.
" Ce qu'on ne sait pas on peut l'apprendre," répondit le bon prêtre, et il commença à enseigner l'écriture à Charlemagne, qui, comme la plupart des hommes de son temps, savait mieux manier l'épée que la plume.
L'empereur s'appliqua tant, cependant, qu'il apprit bientôt à écrire, et comme il n'avait jamais pu faire sa confession de vive voix, le prêtre lui conseilla enfin de l'écrire. Charlemagne prit les tablettes de cire, alla dans un coin, s'assit, et traça péniblement les caractères qui formaient les mots nécessaires. Tout en écrivant il pleurait beaucoup, car il se repentait de sa faute" passée, et quand il eut fini, il ajouta une petite prière pour demander pardon à Dieu, et pour le supplier d'effacer ce vilain péché.
Quand tout fut fini Charlemagne porta la tablette à son confesseur, la lui donna et se jeta à genoux devant lui, sentant combien il avait mérité une punition bien sévère.
Le confesseur regarda la tablette, et vit avec surprise qu'il n'y avait pas un seul mot. Il avait cependant vu l'empereur qui y traçait ses caractères informes, et il ne comprenait pas comment la tablette se trouvait toute nette, bien que trempée de larmes.
Pendant qu'il l'examinait avec surprise, il y vit apparaître quelques caractères, et lut bientôt:
"Dieu a pardonné à Charlemagne. Les larmes du vrai repentir peuvent effacer tous les péchés." Le confesseur montra la tablette à l'empereur, et
Charlemagne, heureux de voir que son péché avait été pardonné, rendit grâces à Dieu, et ne pécha plus.
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Il y avait une fois un grand monastère au bord du Rhin, où demeuraient une foule d'hommes renommés non seulement par leur piété, mais aussi par leur érudition. Parmi tous ces hommes pieux, il y en avait un qui était si bon que tout le monde l'admirait, et si savant qu'on venait de loin pour lui faire les questions les plus difficiles.
Malgré sa sainteté, ce bon vieillard était bien tourmenté, car il se demandait sans cesse comment il pourrait être heureux pendant toute l'éternité s'il fallait passer tout son temps à chanter des cantiques. "Hélas," disait-il, "on se fatigue de tout dans ce monde, et je crains qu'une éternité, même de bonheur, ne me paraisse bien monotone après quelque temps."
Cette question le tourmentait tant qu'il ne pouvait ni prier ni étudier. Il alla donc se promener dans une forêt, au pied de la montagne sur laquelle on avait construit le monastère. Il était tellement absorbé par ses
1 Thjs legend is told in Sweden, in Austria, and in Gennany. It is nierely an earlier version of "Rip Van Winkle," having originated in monastic times. Heisterbach in the Siebengebirge in Germany is the supposed site of the monastery described in this story. Only the ruins of this édifice are now to be seen.
pensées qu'il ne faisait pas attention où il allait, et de temps en temps il soupirait, faisait le signe de la croix, et disait : " Mon Dieu, faites un miracle, s'il le faut, mais prouvez-moi que le temps ne me paraîtra pas long ail ciel."
Enfin la fatigue commença à se faire sentir, et il regarda autour de lui pour se rendre compte où il était. Il fut fort surpris de découvrir qu'il se trouvait dans une partie inconnue de la forêt, et il s'assit un moment sur un tronc d'arbre, au bord d'une petite clairière tout ensoleillée, pour reprendre haleine, et se reposer un peu.
Pendant qu'il était là, un oiseau inconnu, au plumage bleu de ciel, se posa un instant sur une branche, et chanta. Les notes étaient d'une pureté et d'une rondeur exquise, et le frère Bernard l'écouta avec ravissement. Un instant après, le bel oiseau avait disparu, et le moine se releva pour rentrer au monastère, en disant : " Tiens, que je suis raide ! J'ai évidemment marché bien plus longtemps que je ne pensais."
Il remarqua aussi pour la première fois que sa barbe était toute blanche, et que ses mains paraissaient bien ridées. La forêt, aussi, lui parut changée, car les arbres semblaient beaucoup plus grands, et presque tous les buissons avaient disparu. Quand il arriva au village, il fut de plus en plus étonné de voir des visages inconnus, et il se frotta les yeux à plusieurs reprises en disant : " Je croyais pourtant connaître tous les villageois, et en voici que je n'ai jamais vus. D'où viennent-
ils donc, et pourquoi me regardent-ils comme une bête curieuse, au lieu de venir comme d'habitude me baiser la main et me demander ma bénédiction ? "
Il était si pressé de rentrer au monastère qu'il ne s'arrêta pas pour les interroger, mais quand il arriva à la porte du cloître, son étonnement augmenta encore en voyant un nouveau portier à la place du frère Antoine, qui avait rempli cet office pendant plus de cinquante ans.
"Ouest le portier?" demanda-t-il tout ému, "qu'estil donc arrivé, pourquoi est-ce que tout est changé ? "
" Je suis le portier," dit le frère qui avait les clefs du monastère à la ceinture, " et je vous assure qu'il n'y a eu aucun changement depuis que je suis ici. Il y aura bientôt trente ans que je suis portier de ce monastère."
" Mon Dieu ! " cria le pauvre frère Bernard, " qu'estil donc arrivé ? Je suis sorti ce matin, pour faire une petite promenade dans la forêt, et maintenant je reviens pour ne plus retrouver mes anciens camarades. Ne me reconnaissez- vous pas?" dit-il en arrêtant deux vieux moines qui traversaient la cour. " N'y a-t-il per- , sonne ici qui connaisse le frère Bernard ? "
" Frère Bernard," dit un des frères d'un air méditatif, " frère Bernard ! Nous n'avons pas de frère de ce nom dans le monastère, mais je me souviens d'avoir lu dans les chroniques, l'histoire d'un frère de ce nom. C'était un saint homme, allez. Il était si bon, si pieux, et avec cela il avait la foi naïve d'un petit enfant. Il
a quitté le monastère un matin, on l'a vu disparaître dans la forêt, là au pied de la montagne, mais il n'est jamais revenu. Le prieur, un autre bien brave homme, l'a fait chercher, mais comme on n'en a jamais trouvé de trace, il a dit aux frères que le Seigneur l'avait sans doute enlevé dans son chariot de feu comme le prophète Elie, et qu'il avait probablement fait ce miracle pour le récompenser de toutes ses bonnes œuvres. Mais il y a bien longtemps de cela, car mille ans se sont écoulés depuis la disparition mystérieuse du bon frère Bernard."
Le pauvre moine en entendant ceci, se jeta à son cou en disant : " Je suis le frère Bernard, et Dieu a, en effet, fait un miracle en ma faveur." Puis il tomba à genoux et rendit grâces à Dieu en disant : " Mon Dieu, je comprends enfin. Vous avez envoyé un des oiseaux du paradis pour me chanter un petit air. Mille ans se sont écoulés, comme un songe, pendant que je l'écoutais avec ravissement. Seigneur, pardonnez-moi d'avoir douté de votre toute puissance, et permettezmoi enfin de vous rejoindre au cieux, pour y jouir de l'éternité de bonheur que vous promettez à ceux qui croient en votre nom."
Cette prière achevée, Frère Bernard tomba face contre terre, et quand on le releva on vit qu'il était mort. L'expression de bonheur sur son visage montrait clairement qu'il avait entrevu les demeures célestes, même avant de quitter ce monde.
L'archevêque de Cologne, Engelbert le Pieux, avait amassé de grands trésors qu'il destinait à la construction d'une cathédrale. Il fit donc venir le plus grand architecte de la ville, et lui commanda de faire les plans pour un édifice somptueux et de les lui apporter à une époque fixée. L'architecte, enchanté de cette commission, rentra chez lui tout joyeux, prit une grande feuille de parchemin qu'il étendit sur sa table, prépara ses compas, ses règles, et ses plumes, et voulut commencer à dessiner. Malheureusement les idées ne lui venaient pas aussi promptement qu'il l'avait espéré, et vers la fin du jour il était encore assis devant sa table, et n'avait pas tracé une seule ligne.
" Allons," se dit-il, " évidemment je ne me porte pas bien, puisque mon cerveau refuse de travailler comme d'habitude. Peut-être qu'un peu d'exercice me ferait du bien," et en disant ces mots il sortit de son atelier et alla se promener.
1 This is one of the most popular of the Rhine legends. It was invented to account for the long unfînished condition of the Cologne Cathedral, which is considered the finest spécimen of Gothic architecture in Germany. The plans were made, presumably by Meister Gérard, under the orders of the Archbishop Engelbert the Holy, in 1225. The présent Cathedral was begun in 1248. Owing to a lack of funds, and to numerous political disturbances, the Cathedral was completed only in 1880, when the Emperor William I. laid the last stone. The lottery alluded to in the legend actually took place, and the proceeds, 18,427,552 marks, were used to complète the building.
Tout en marchant il pensait sans cesse à la cathédrale qui devait être placée- au milieu de la ville, et dont les tours et le clocher s'élèveraient au-dessus de toutes les autres églises de la ville. Quand il arriva en dehors d'une des portes de la ville, et qu'il se trouva au bord du Rhin, il eut tout à coup une idée lumineuse, et vit en imagination le plan idéal qu'il avait cherché en vain toute la journée. Craignant que cette vision ne lui échappât s'il ne la dessinait pas tout de suite, il regarda autour de lui pour trouver un petit morceau de papier ou une planche, mais il n'y avait rien de pareil. Le sable uni de la plage lui offrait cependant une grande surface, et il se mit à y dessiner avec ardeur, en se servant de sa canne comme crayon.
Le plan, la coupe, et l'élévation d'une cathédrale magnifique, se trouvèrent bientôt esquissés sur la plage, et quand la dernière ligne y eut été tracée, il se redressa fièrement et s'écria tout haut :
"Voilà le plan d'une cathédrale qui immortalisera mon nom ! Il n'y en a pas une seule au monde qui soit aussi belle que celle-là! "
A peine eut-il fini ces mots, cependant, qu'il entendit un petit ricanement, et quand il se tourna brusquement, il vit un petit vieillard qui se tenait les côtes de rire.
"Pourquoi riez-vous ainsi?" demanda l'architecte avec humeur.
"Parce que vous vous imaginez que vous avez inventé ce plan, qui est une copie exacte de la cathédrale de Mayence," répondit le vieillard, en riant de plus belle.
L'architecte regarda son plan tout ébahi, et s'aperçut bientôt que le vieillard avait dit vrai, et que sa mémoire lui avait joué un bien mauvais tour. Il effaça rapidement son dessin, et une nouvelle idée lui étant venue, il commença à tracer un autre plan, tout à fait différent et cependant beaucoup plus beau que le premier.
Il était tellement absorbé qu'il oublia entièrement le vieillard, et quand il eut fini il s'écria avec transport :
"Voilà un plan vraiment magnifique. Il n'y a point de cathédrale au monde qui puisse rivaliser avec celle-là."
"Non; pas une seule excepté celle d'Anvers, dont c'est une copie exacte," répondit le vieillard, en recommençant son ricanement moqueur.
L'architecte, indigné, regarda son plan, mais il fut bien obligé de reconnaître que le vieillard avait raison. Il effaça donc toutes les lignes qui couvraient le sable, le nivela de nouveau, et commença un troisième dessin, encore plus merveilleux que les deux précédents. Quand il eut fini, il se tourna fièrement vers le vieillard en disant :
"Voilà un plan, auquel vous ne pouvez sûrement rien trouver à redire! "
"Non; rien excepté que c'est le plan de la cathédrale de Beau vais!" dit l'étranger.
L'architecte était si furieux d'être obligé de reconnaître la justesse de cette critique, qu'il jeta sa canne aux pieds du vieillard en disant:
"C'est bel et bon, mon petit monsieur, vous savez fort bien vous moquer des autres, mais je voudrais bien voir quel espèce de plan vous dessineriez."
A ces mots le vieillard saisit la canne et commença à dessiner avec une rapidité étonnante. L'architecte suivait chaque mouvement avec un étonnement croissant, car le plan, esquissé à la hâte par le vieillard, était d'une beauté merveilleuse. Quand la dernière ligne fut tracée, le vieillard se tourna vers lui et dit d'un ton moqueur 2
" Eh bien, monsieur l'architecte, que pensez-vous de cela?"
"Je pense," murmura l'architecte, interdit; "je pense que vous êtes le plus grand architecte du monde, ou bien — "
" Sa Majesté Satanique, à votre service," continua le vieillard en faisant un salut ironique. " Je suis venu ici, mon cher, pour vous offrir ce plan. Vous n'en trouverez jamais de plus beau, personne ne saura que ce n'est pas vous qui l'avez inventé, et si vous voulez bien signer un petit papier pour me promettre votre âme, je vous le donnerai, et vous en aurez toute la gloire."
L'architecte, qui mourait d'envie d'avoir ce plan, recula cependant d'horreur quand il entendit la proposition de Satan, et quand celui-ci continua à lui parler il fit en tremblant le signe de la croix en criant :
"Retire-toi de moi, Satan."
Bien entendu le diable disparut aussitôt, et l'architecte, s'apercevant qu'une vague avait complètement effacé le beau dessin, rentra chez lui tout troublé. Malgré tous ses efforts il ne pouvait se rappeler une seule partie de la cathédrale esquissée par le diable, mais cependant ce plan le poursuivait tellement qu'il ne pouvait penser à rien d'autre.
Le temps se passa, et enfin arriva la veille du jour fixé pour la présentation du plan. L'architecte n'avait pas encore commencé son dessin ; la grande feuille de parchemin était toute blanche, et il était au désespoir. A la nuit tombante il sortit furtivement, et alla se promener au bord du fleuve, où il rencontra le petit vieillard, qui s'approcha de lui bien amicalement et lui dit tout bas:
" Eh bien, monsieur l'architecte, ne voulez-vous pas mon beau dessin? Vous n'avez qu'à signer ce méchant petit papier, et vous aurez un plan qui immortalisera votre nom ! "
La tentation était trop forte, l'architecte céda, et dit en haletant : " Donnez-le-moi vite, je signerai tout ce que vous voudrez."
" Bravo ! " dit le diable, " voilà qui est bien dit.
Venez ici à minuit, je vous donnerai le plan, vous signerez le pacte, et l'affaire sera réglée."
L'architecte rentra chez lui, s'enferma dans son cabinet, et pensa à ce qu'il avait fait. Il avait vendu son âme au diable pour un plan, un plan magnifique, il est vrai. Il avait peur, bien peur ; mais il voulait le plan, coûte que coûte. Brisé d'émotions, il tomba enfin à genoux, et commença à prier à haute voix, en répétant à chaque instant: " Pardonnez-moi, Seigneur, si je vends mon âme au diable ; mais le plan qu'il m'offre est si beau, si beau que je ne puis résister à la tentation d'aller le chercher à minuit ; pardonnez-moi, Seigneur, et sauvez-moi quand même."
Sa vieille gouvernante, qui était fort curieuse, et qui avait remarqué le trouble de son maître, avait l'oreille au trou de la serrure, et quand elle entendit que son maître allait vendre son âme au diable pour obtenir un plan pour la cathédrale, elle faillit tomber à la renverse.
Dans son épouvante elle courut droit à l'église, confessa tout ce qu'elle avait entendu, et supplia le prêtre de sauver Pâme de son pauvre maître avant qu'il ne fût trop tard.
Le prêtre écouta toute l'histoire avec la plus grande attention, et quand la femme eut entièrement fini de parler, il dit :
" Ma bonne femme, vous comprenez bien que ce plan doit être fameusement beau, puisque votre maître, qui s'y connaît, veut bien l'acheter au prix de son salut.
Les âmes sont précieuses, en effet, et il nous faut absolument sauver celle de votre maître ; mais, si c'est possible, nous aurons ce dessin aussi."
Après avoir dûment réfléchi, il alla chercher une sainte relique, un morceau de la vraie croix, qu'il donna à la vieille femme, en lui disant de la porter à son maître, et de lui dire de la cacher sous son manteau, quand il irait au rendez- vous. Il lui recommanda aussi de dire à l'architecte de faire tout son possible pour obtenir le plan avant de signer le pacte, et de se servir de la relique pour exorciser le démon s'il essayait de le saisir.
La vieille femme obéit, et l'architecte alla au rendezvous tenant la sainte relique sur son cœur. Au dernier coup de minuit, le diable arriva, tenant le plan d'une main et le pacte de l'autre.
"Tenez, monsieur l'architecte," dit-il, "voici le petit pacte dont j'ai eu l'honneur de vous parler tantôt. Signez vite, et vous aurez ce plan, le plus beau qu'on ait jamais vu."
L'architecte mit sa main dans sa poche, qui était vide, et dit naïvement : " Tiens, j'ai oublié mon crayon et ma plume."
"Prenez votre canif, faites-vous une petite entaille au poignet, et signez avec votre sang," dit le diable, avec impatience.
"C'est que je n'ai pas de canif, non plus," dit l'architecte, en feignant un regret qu'il était loin de ressentir.
"Attendez un instant," dit le diable, "je trouverai
bien une pierre tranchante qui fera l'affaire," et il commença à tâter à terre. Comme il n'avait qu'une main de libre, il ne trouva pas tout de suite ce qu'il cherchait, et voyant que l'architecte ne l'aidait pas, il lui tendit enfin le pacte et le plan en disant:
"Tenez ces paperasses jusqu'à ce que j'aie trouvé ce qu'il nous faut."
L'architecte saisit le plan, le cacha sous son manteau, prit la sainte relique, et quand le diable leva la tête, il la lui montra en criant de toutes ses forces : " Retiretoi de moi, Satan, au nom du Christ qui est mort sur cette croix."
Le diable, tremblant de rage, et voyant qu'il avait été dupé, se retira en jurant que la cathédrale ne serait jamais finie sans son consentement, et que le nom de l'architecte serait entièrement oublié.
Quant à l'architecte il retourna chez lui tout joyeux, rendit la relique à sa gouvernante en l'embrassant, et porta le plan à l'archevêque le lendemain même.
La cathédrale fut commencée tout de suite, et avança bien rapidement. L'architecte fit graver son nom en grosses lettres sur une immense pierre de taille qu'il fit hisser sur la tour presque achevée. Mais, pendant qu'il était debout sur ce bloc que les ouvriers n'avaient pas assujetti convenablement, il tomba du haut en bas de la cathédrale, et fut écrasé par la pierre qui tomba sur lui.
Les travaux commencés furent suspendus, et pen-
dant plusieurs siècles la cathédrale resta en plan. Enfin on se décida à la finir, et comme il n'y avait pas assez d'argent, on établit une loterie pour en obtenir. Les personnes qui n'aiment pas les loteries, dirent donc que c'était l'œuvre du diable, et qu'il était évident qu'il avait enfin consenti à ce que la cathédrale fût finie. Mais le nom de l'architecte est entièrement inconnu ; et on ne sait pas à qui l'on doit cette cathédrale magnifique qui est en effet un des plus beaux édifices du monde.
Un cordonnier, qui demeurait à Perpignan, était assis devant sa porte, et pendant qu'il travaillait il chantait une romance très à la mode. Un cavalier passa. Il s'arrêta un instant pour écouter la chanson du cordonnier. Il resta là immobile, et quand le cordonnier eut fini il descendit de cheval. Il s'approcha, prit une paire de ciseaux, coupa en pièces quelques bonnes paires de souliers, et sans dire un seul mot, il remonta à cheval et continua son chemin.
Le cordonnier, stupéfait d'abord, poursuivit bientôt le cavalier en criant : " Misérable, pourquoi avezvous été si cruel ? Je suis pauvre, je ne vous ai
1 This story îs adapted from u Le Magasin Pittoresque." It has many counterparts, among others, the story of Master Grupello, which îs one of the " Khine Legends."
pas fait de mal, pourquoi, oh, pourquoi m'avez-vous ruiné?"
Le cavalier répondit tranquillement : " Mon ami, vous êtes fâché contre moi. Vous dites que je vous ai fait beaucoup de mal. Venez avec moi chez le roi, il est juste, vous exposerez votre plainte, et moi je donnerai l'explication de ma conduite. Le roi jugera entre nous deux."
Le cordonnier consentit. Il alla avec le cavalier. Tous deux se présentèrent devant le roi. Le cordonnier parla le premier et dit:
"Seigneur, mon roi, ce cavalier s'est arrêté devant mon magasin ce matin. Il a pris mes ciseaux, il a coupé mes souliers en pièces, sans aucune raison, car je ne lui avais fait aucun mal."
Le roi dit : "Mon pauvre homme, vous avez raison, le cavalier a été très cruel. Cavalier, pourquoi avez-vous été si cruel envers ce pauvre homme? Défendez- vous."
Le cavalier répondit, " Seigneur roi, voulez-vous me permettre de faire quelques questions au cordonnier ? "
Le roi fit signe que " oui," et le cavalier dit : " Cordonnier, que f aisiez-vous quand je me suis arrêté ? "
" Je faisais une paire de. souliers pour mon voisin ! "
44 Que faisiez-vous d'autre ? "
44 Je chantais. C'est mon habitude quand je travaille. Mais il est permis de chanter. Les oiseaux chantent. Je ne chante pas aussi bien que les oiseaux, mais je chante assez bien pour m' amuser, et cela me suffit."
"Cela ne me suffit pas à moi," dit le cavalier. "Quelle chanson chantiez- vous?"
" Je chantais la chanson à la mode, ' Le silence dans la foret!'"
"Eh bien, cordonnier," dit le cavalier, "c'est moi qui ai composé les paroles et la musique de cette romance. Je me suis arrêté, parce que vous chantiez ma chanson si haut que toutes les personnes dans la rue pouvaient l'entendre. Mais quand j'ai remarqué que vous chantiez si mal je me suis fâché. Vous n'avez pas chanté une seule note correctement. Vous n'avez pas même chanté les paroles correctement. Vous avez complètement gâté ma chanson. Si vous aviez chanté dans votre maison, je n'aurais rien dit. Mais, vous chantiez dans la rue, et en chantant ma chanson si mal vous nuisiez à ma renommée. Or, comme vous gâtiez ma chanson, j'ai trouvé que j'avais bien le droit de gâter vos souliers, car cette romance est mon ouvrage tout aussi bien que les souliers sont le vôtre."
Le roi en entendant ces mots commença à rire de bon cœur, et dit: "Mes amis, vous avez raison tous les deux. Mais comme il n'est pas juste que le pauvre cordonnier perde le prix de son travail, je paierai les souliers. Il n'est pas juste non plus que la réputation du musicien souffre, donc, monsieur le cavalier, je vous invite à chanter votre chanson à ma cour, ce soir, et je vous promets que tout le monde sera là pour entendre comme elle est belle."
Le jugement du roi plut aux deux hommes, et tous les courtisans déclarèrent que leur maître était aussi sage que Salomon, et que son jugement était aussi remarquable.
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Au midi de la France il y avait une fois un pauvre homme nommé Bourdalous, qui gagnait son pain au jour le jour en vendant des cages, qu'il colportait d'un village à l'autre.
Il gagnait si peu de chose, qu'il avait toujours faim, et bien souvent il se plaignait amèrement de sa mauvaise chance. " La vie est bien dure," disait-il, " et je suis bien malheureux d'avoir à voyager sans cesse, et de ne pas trouver d'acheteurs pour mes cages, qui sont cependant bien jolies."
Il se lamentait ainsi un jour, assis au bord de la route, quand il vit tout à coup un bon vieillard, qui s'était approché de lui sans bruit, et qui lui adressa la parole en disant :
" Mon pauvre ami, vous avez, en effet, eu bien peu de chance jusqu'à présent ; mais tout vient à celui qui
1 This is another tradition very popular in Southern France, the home of the Troubadours, who traveled throughout the whole country telling stories, and especially singing their songs to the accompaniment of the guitar. It has its counterpart in folk taies of almost every nation.
sait attendre, et je vais maintenant vous faire un don qui vous sera bien précieux, si vous en faites bon usage."
En disant ces mots le vieillard siffla doucement, et un bel oiseau bleu vint de lui-même se placer dans une des cages vides.
"Voilà un oiseau merveilleux," dit le vieillard, "car pour peu que vous lui disiez : ' Oiseau bleu, fais ton devoir,' il vous procurera tout ce qu'il vous plaira de lui demander."
En disant ces mots le vieillard disparut, et le jeune homme, un peu troublé, fit le signe de la croix, et regarda timidement autour de lui.
Au bout de quelques minutes, voyant que l'oiseau n'avait pas disparu au signe de la croix, il se dit que ce serait une bien belle chose s'il pouvait en effet lui procurer ce dont il avait besoin, et il résolut d'en faire l'essai.
44 Je n'ai jamais mangé à ma faim," dit-il, 44 et j'aimerais bien me trouver assis devant une table bien servie. Oiseau bleu, fais ton devoir ! "
A peine eut-il fini ces mots, qu'il se trouva assis devant une table couverte d'une nappe de damas blanc. Le service d'argent et de porcelaine peinte reluisait, les cristaux scintillaient au soleil comme des diamants, et l'odeur agréable des plats succulents lui chatouillait l'odorat II s'empressa de commencer à manger, goûta le potage, le poisson, la viande, les légumes, la salade,
et le dessert, et ne ke leva pas avant d'avoir bien dîné pour la première fois de sa vie.
" Ah ça," dit-il. " J'ai dîné comme un prince, et je suis tout couvert de haillons, comme un mendiant; cela ne va guère ensemble, et j'aimerais bien être convenablement vêtu. Oiseau bleu, fais ton devoir."
Il avait à peine fini de prononcer ces paroles, qu'il se trouva vêtu de velours de la tête aux pieds, avec des souliers à boucles de diamants, des bas de soie, une chemise de dentelle, et un chapeau à plumes.
" Tiens, tiens," dit-il, en se mirant dans une fontaine qui était à deux pas de là. " Que je suis joli garçon ! Mais si je vais à pied le long de cette route poussiéreuse, je gâterai mes beaux habits. Oiseau bleu, fais ton devoir."
Le hennissement d'un cheval lui fit tourner la tête, et il battit les mains de joie en voyant un joli coursier, tout sellé et bridé, qui l'attendait en piaffant d'impatience. Il accrocha la cage qui contenait l'oiseau bleu au pommeau de la selle, mit le pied dans l'étrier, et partit gaiement en fredonnant une petite chanson.
Après avoir chevauché quelque temps, il arriva à un château magnifique, où l'on faisait fête. C'était la demeure d'un vieil avare, qui s'était fiancé à la plus belle demoiselle du pays, et qui avait invité toute la noblesse des environs à venir danser chez lui.
Malheureusement, les musiciens n'étaient pas arrivés, et les belles dames, qui mouraient d'envie de danser,
pleuraient presque de chagrin, et disaient à chaque instant : " Oh, si nous avions seulement un orchestre ! "
Bourdalous entendit la belle fiancée, qui répétait ces mots d'un ton désolé. Il s'approcha d'elle, la salua galamment, et dit : " Mademoiselle, si vous voulez bien me faire l'honneur de danser avec moi, je me ferai un plaisir de vous procurer un orchestre sur-le-champ."
Charmée de sa bonne mine, car il était jeune et beau, la demoiselle lui accorda sa main. Il cria donc, " Oiseau bleu, fais ton devoir," et une bande de musiciens experts entra dans la cour, et commença à jouer des airs de danse irrésistibles.
Le jeune homme dansa beaucoup avec la demoiselle, et quand il s'aperçut qu'elle commençait à se lasser, il fit servir une collation magnifique, chose à laquelle le vieillard n'aurait jamais songé. Pendant le cotillon, l'oiseau bleu lui procura des bijoux en abondance, qu'il distribua à toutes les dames présentes, en leur disant que son joli oiseau bleu était un trésor inestimable, et qu'il ne voudrait jamais s'en séparer. Tout le monde remarqua cependant qu'il réservait toutes les plus jolies choses pour la fiancée du vieil avare, et qu'il dansait de préférence avec elle.
Quand la fête fut finie, et qu'il se préparait à partir, l'avare s'approcha de lui, et lui demanda combien il voulait pour l'oiseau bleu. Le jeune homme protesta qu'il ne voulait s'en défaire à aucun prix, mais l'avare insista :
" Je vous donnerai ce château."
14 Ce n'est pas assez."
' Je vous donnerai tout l'or de mes coffres-forts."
•'Ce n'est pas assez."
• 4 Je vous donnerai toutes mes fermes," ajouta le vieillard, qui calculait que même à ce prix-là l'oiseau serait bon marché.
44 Ce n'est pas assez."
44 Je vous donnerai tout ce que je possède."
44 Ce n'est pas assez,'' dit le jeune homme, en montant à cheval. 44 Vous n'avez qu'une chose qui pourrait me tenter."
44 Qu'est-ce donc?" dit le vieillard, en le retenant fièvreusementc 44 Parlez donc, je jure de vous le don-
ner."
44 C'est votre fiancée ! " balbutia le jeune homme embarrassé.
44 Ma fiancée ! que ne le disiez-vous plus tôt, mon cher ami ! Je vous la donne, ainsi que mon château, mon argent et toutes mes propriétés, en échange de votre bel oiseau bleu."
La fiancée ne se fit pas prier pour consentir à l'échange de fiancés, et le jeune homme lui baisa la main avec des transports de joie. Quant au vieil avare il s'enfuit à toutes jambes, avec la cage, car il craignait que le jeune homme ne se repentît et réclamât l'oiseau magique.
Arrivé à quelque distance, il rassembla ses amis et leur dit : 44 Ce jeune homme ne savait pas profiter de
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son bonheur ; vous allez voir les prodiges que je vais accomplir. "
Alors il se baissa vers la cage en criant : " Oiseau bleu, fais ton devoir," mais hélas, l'oiseau bleu avait mystérieusement disparu et la cage ne contenait plus qu'un vieux hibou, qui ouvrit la porte et s'envola en faisant "hou hou ! "
DRAK, LE FARFADET. 1
Il y avait le siècle dernier, un jeune marchand qui vivait dans le Languedoc. Ce jeune marchand s'appelait Michel. Il était assez riche, et comme il était seul, il désirait beaucoup se procurer une femme. Il n'était pas difficile ; au contraire, il était très modeste. Il demandait seulement une femme riche, douce, spirituelle, jolie, et de bonne famille !
Malheureusement, toutes les demoiselles de la ville avaient un défaut, et Michel répétait souvent qu'il fallait absolument que sa femme fût riche, douce, spirituelle, jolie, et de bonne famille. Enfin le pauvre Michel, après avoir vainement cherché une femme dans sa ville, entendit parler d'une charmante demoiselle de Lavaur.
1 In early times the French word for yes was oc in the south of France and oil in the north; hence thèse dialecte were called the langue d'oc and the langue cToil, and the régions where they were spoken were distinguished as Languedoc and Languedoil. The Willem -the- wisp is known in Languedoc as "Le Farfadet"; in the other parts of France it is known as " Le Feu Follet"
Cette charmante demoiselle était douce, spirituelle, jolie, de bonne famille ; elle avait mille autres qualités excellentes, et elle avait une dot de vingt mille écus.
Cette somme parut suffisante à Michel, qui déclara qu'il était amoureux, très amoureux de cette jeune fille de Lavaur.
Son impatience de la voir était très grande. Il alla à Lavaur. Il fut présenté à la famille de la belle demoiselle. Le jeune homme plut au père et à la mère, mais la demoiselle elle-même hésita, car elle avait plusieurs autres prétendants.
Enfin ses parents décidèrent qu'ils donneraient une grande soirée, à laquelle ils inviteraient tous les prétendants, afin de les comparer et de bien choisir un bon mari pour leur fille.
Michel reçut une invitation comme tous les autres prétendants, et il partit pour Lavaur avec un grand portemanteau.
Comme il voulait faire une bonne impression, il avait mis dans ce portemanteau un beau costume neuf. Il y avait un habit vert-pomme, une veste gorge-de-pigeon, une culotte de velours noir, des bas de soie rouge, des souliers à boucles, une boîte de poudre pour ses cheveux, et un beau ruban de satin pour attacher sa queue.
Son cheval avait une bride et une selle neuve, et dans les fontes de selle, au lieu de pistolets, le brave Michel avait glissé une petite bouteille d'eau-de-vie, et un peu de nougat, pour se donner du courage si nécessaire.
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Le beau Michel était si anxieux de recevoir la main de la belle demoiselle que son cœur battait bien fort. Quand il vit les premières maisons de Lavaur il commença à trembler. Il voulait composer un joli petit discours, tout plein de compliments pour la belle demoiselle, et il descendit de son cheval, et s'assit au bord de la route, sous un grand arbre, pour arranger ce discours.
Comme l'inspiration poétique est nécessaire quand on veut composer un discours, Michel prit la bouteille d'eau-de-vie et le nougat. Il mangea un peu de nougat, il but un peu d'eau-de-vie, et il pensa un peu à son discours. Absorbé dans ses réflexions, il continua à boire et à manger d'une façon très distraite.
Petit à petit, et à mesure que la provision d'eau-devie diminuait, le courage et la confiance du jeune homme augmentait. Il pensa combien il était beau, spirituel, aimable, et courageux, et il arriva enfin à la conclusion qu'il était vraiment impossible que la demoiselle de Lavaur lui préférât un autre.
Ces pensées l'occupèrent si longtemps, et si agréablement, que la nuit le surprit assis sous cet arbre. Il allait remonter à cheval et continuer son chemin quand il entendit un bruit étrange. C'était une multitude de petits pas qui frappaient l'herbe en cadence, au son de cymbales. Michel regarda autour de lui, et au clair de la lune il aperçut bientôt toute une troupe de feés, qui dansaient autour de leur roi Tambourinet, et qui riaient des folies de Drak, le farfadet.
Michel, qui avait bu assez d'eau-de-vie pour avoir beaucoup de courage, les regarda avec grand plaisir et commença à leur parler amicalement quand ils l'entourèrent. Il leur donna tout le nougat qui lui restait, et les lutins (feés) le mangèrent avec délices. Il y eut assez de nougat pour tous les lutins, excepté pour le pauvre farfadet Drak, qui arriva trop tard.
Le roi Tambourinet regarda alors la bouteille, qui contenait encore un peu d'eau-de-vie. Michel lui dit que c'était quelque chose de bon. Tambourinet goûta, et tous les lutins suivirent son exemple. Ils goûtèrent tous, mais, hélas, quand la bouteille arriva au farfadet Drak, elle était entièrement vide.
Drak, furieux, jeta la bouteille avec colère et Michel éclata de rire, et dit gaiement : " C'est justice, mon petit homme, quand on arrive trop tard on n'a rien, rien que le regret."
Drak en colère répondit : " Je vous ferai souvenir de ces paroles, Monsieur Michel! " et disparut.
Michel continua à rire, parce que la colère du farfadet paraissait si absurde, si comique. Enfin Michel dit adieu au roi Tambourinet et à ses lutins, remonta à cheval et continua son voyage vers Lavaur. Il n'avait pas voyagé longtemps quand la selle tourna. Naturellement, Michel tomba rudement à terre. Il remonta à cheval, mais comme il passait un ruisseau, l'étrier droit se cassa et le pauvre Michel tomba dans l'eau. Quelques minutes après il tomba une troisième fois, et
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enfin il ôta la selle de son cheval et continua sa route sans selle. Quand il entra dans la ville, tout le monde se mit à rire. Mais Michel alla à l'auberge pour faire sa toilette. Il ouvrit sa valise et commença à arranger ses cheveux, mais, chose étrange, pendant qu'il poudrait un côté de sa tête, une main invisible poudrait l'autre côté d'une manière différente. Le pauvre Michel était surpris, mais il pensa que comme il était tard, bien tard, il vaudrait mieux continuer sa toilette.
Il voulut prendre le beau ruban de satin pour attacher sa queue, mais le ruban tomba. Quand Michel se pencha pour prendre le beau ruban de satin noir, le ruban commença à danser. Le pauvre Michel poursuivit le ruban de satin par toute la chambre, mais il lui fut impossible de le saisir. Il se décida enfin à mettre le vieux ruban. Alors il mit ses bas, ses beaux bas de soie, et les jolis souliers à boucles d'argent. Il boucla un soulier, puis il boucla l'autre. Quand il eut fini de boucler le second soulier, il vit avec étonnement que le premier soulier s'était débouclé. Il reboucla le premier soulier, et vit que le second s'était débouclé. Il continua ainsi à boucler les souliers neufs, qui se débouclaient immédiatement. Enfin, impatienté, il remit ses vieux souliers. Mais quand il voulut prendre sa veste gorge-de-pigeon, sa culotte de velours, son habit vert-pomme, et son beau chapeau à trois cornes, ils commencèrent tous une danse folle autour de la chambre.
Michel poursuivit son habit, sa veste, sa culotte, et son chapeau. Il les poursuivit partout, et enfin il remarqua que c'était le farfadet Drak qui avait pris ses habits, et qui lui jouait ces tours.
"Misérable petit farfadet," dit-il, "donnez-moi ma culotte, mon habit, ma veste, et mon chapeau. Je veux m'habiller, je veux aller à la soirée donnée par les parents de la plus belle demoiselle de Lavaur. Donnez-moi mes habits."
44 Non, non ! " dit le farfadet, et il ouvrit la porte et sortit de la chambre. Michel le poursuivit. Il le poursuivit dans les corridors, dans les escaliers, et même sur le toit, car à chaque instant il espérait reprendre possession de ses beaux habits.
Enfin le farfadet Drak grimpa lestement sur une cheminée. Il se percha sur la cheminée, et dit en riant :
44 Mon cher Monsieur Michel, vous vous êtes moqué de moi. C'est mon tour maintenant. Je me moque de vous. Regardez vos beaux habits. Je les ai salis en les traînant dans les escaliers et sur les toits ; c'est dommage, c'est bien dommage. Dans cette maison il y a une blanchisseuse, je vais lui donner vos habits ! " En disant ces mots il jeta le bel habit vert-pomme, la veste gorge-de-pigeon, la culotte, et le tricorne dans la cheminée.
Le pauvre Michel se lamenta, et dit: "Mes beaux habits, quel dommage ! Maintenant je serai obligé de
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me présenter à la plus belle demoiselle de Lavaur en costume de voyage. Mais enfin je suis sûr qu'elle me choisira quand même ! "
Et Michel se prépara à descendre du toit pour aller à la soirée, en costume de voyage. En ce moment-là toutes les cloches de la ville commencèrent à sonner. Elles sonnèrent douze coups ! Il était minuit ! Il était trop tard! Drak commença à rire de nouveau, et cria :
"Mon bon Monsieur Michel, il est trop tard.
La plus belle demoiselle de Lavaur a déjà fait son choix ! "
Michel se mit à se lamenter, car il était en effet trop tard. Il gronda le farfadet Drak, et dit : "Misérable, c'est de votre faute, c'est tout de votre faute ! "
" Oui ! " dit le farfadet. " Je me suis bien vengé, monsieur, et je vous prie de ne jamais oublier la remarque que vous m'avez faite : * C'est justice, quand on arrive trop tard on n'a rien, rien que le regret ! ' "
Le pauvre Michel retourna tristement à l'auberge, ferma sa valise vide, paya son compte, fit seller son cheval, et retourna chez lui cette même nuit. Arrivé dans sa chambre il pleura de dépit, car il avait non seulement perdu une femme idéale, mais il avait aussi perdu un beau costume. La leçon lui fut cependant bien salutaire et il ne l'oublia jamais.
lift CONTES ET LÉGENDES.
Il y avait une fois un homme qui était si grand et si fort qu'il méritait bien le titre de géant que tout le monde lui donnait. Cet homme, qui s'appelait Offéro, était bien fier de sa force extraordinaire, et un jour il dit à ses camarades :
*' Mes amis, je suis si grand et si fort que je suis sûr que mes services seraient appréciés par le plus puissant des monarques. Je vais donc me mettre en route, et j'offrirai mes services au plus grand roi de la terre." Peu de temps après, le géant Offéro entra au service du plus puissant des monarques, et il était parfaitement heur|ux en voyant comme tout le reste du monde craignait le maître qu'il s'était donné. Un jour, cependant, un des courtisans parla du diable, et à ce mot le roi trembla. Le géant, surpris, lui demanda pourquoi il tremblait.
" Parce que j'ai bien peur," dit le roi timidement.
" Comment ! " s'écria Offéro, "vous avez peur 5 n'êtes vous donc pas le plus puissant des rois de la terre ? "
1 St. Christopher is specially invoked in favor of persons about to die. The story, which is one of the Roman Catholic legends, is the subject of many beautiful pictures by the Old Masters, who generally represent the saint fording the River of Death, with the Christ Child on his shoulder. Mrs. Jameson gives a complète account of this legend in her u Sacred and Legendary Art." Helen Hunt Jackson has made the legend the subject of a poem which appeared in the Saint Nicholas Magazine.
" Oh, quant à cela, oui," répondit le roi, " mais cela n'empêche pas que je ne suis pas à beaucoup près aussi fort que le diable, qui est le roi de l'enfer."
"Si c'est ainsi," reprit le géant, "je vous quitte. J'ai juré de servir le maître du monde, et puisque le diable est plus puissant que vous, j'irai de ce pas lui offrir mes services."
Le géant partit donc pour trouver son nouveau maître, et en route il demanda à toutes les personnes qu'il rencontrait si elles voulaient bien lui indiquer le chemin de l'enfer. Quand il s'aperçut que tout le monde semblait connaître son nouveau maître et qu'on tremblait toujours en entendant son nom, il ne put cacher sa satisfaction et s'empressa de prendre une des nombreuses routes indiquées, et de se présenter au roi des enfers.
Ses services furent immédiatement agréés ( = reçus) et il se trouva fort occupé, car le diable avait toujours beaucoup de beaux projets que le géant exécutait avec beaucoup de promptitude. Un jour le diable et le géant étaient en tournée ensemble, et ils arrivèrent à un carrefour (un endroit où quatre routes se rencontrent). Une grande croix en bois était au bord de la route ; personne n'était en vue, et le géant fut fort surpris quand il vit pâlir et trembler son maître.
44 Ah ça, qu'avez- vous donc ? " demanda-t-il fort étonné.
44 Moi," dit le diable, en hésitant, 44 ce n'est rien, j'ai peur, voilà tout."
"Peur?" dit le géant de plus en plus ébahi. "Comment se fait-il que vous ayez peur, et que craignez-vous donc ? Je ne vois personne."
" Oh, c'est cette croix . . . ," dit le diable en la regardant timidement.
" C'est impossible ! " dit le géant. " Vous navez sûrement pas peur d'un morceau de bois."
" Oh non ! " dit le diable, " je ne craindrais pas une forêt entière, mais, voyez-vous, une croix me fait toujours penser au Christ, et alors je tremble."
Le géant, qui n'avait jamais entendu parler du Christ, demanda impatiemment : " Qui est donc ce Christ puisque vous tremblez en y pensant?"
" C'est le roi des cieux," répondit le diable, qui, ayant tourné le dos à la croix, sentait revenir son courage.
"Le roi des cieux," répéta Offéro, lentement. Puis il demanda brusquement : " Le roi des cieux estil plus puissant que le roi des enfers ? "
" Hélas, oui ! " dit le diable d'une voix dolente. " Il est beaucoup plus puissant que moi."
"Très-bien," dit le géant, "alors, je vous quitte. J'ai juré de servir le maître du monde et puisque vous avouez que le Christ est plus puissant que vous, j'entrerai à son service."
Le géant quitta le diable sans plus de cérémonie, et alla à la recherche du nouveau maître qu'il voulait servir. Il demanda à tout le monde comment il pouvait
arriver au Christ, mais il ne trouva personne qui pût lui indiquer le chemin des cieux, bien que tout le monde dît que le Christ, qui y régnait, était le plus puissant des monarques. Enfin on conseilla au géant d'aller trouver un vieil ermite, qui avait servi le Christ pendant bien des années, et qui pourrait bien lui indiquer où le trouver.
Le géant se rendit chez Termite, qui lui décrivit éloquemment la bonté et la grandeur du Christ, les splendeurs de son royaume, et jura qu'il n'y avait aucun roi au monde de plus puissant que lui. Mais quand il eut expliqué au géant que personne ne pouvait entrer dans le royaume des cieux sans y être appelé, Offéro lui demanda comment il pourrait servir ce nouveau maître s'il ne pouvait pas même le voir et recevoir ses ordres.
44 Faites comme moi,'' dit l'ermite, " passez tout votre temps à jeûner (= sans manger) et à prier, et peutêtre que le Christ vous appellera bientôt."
" Non ! " dit le géant indigné, " je ne jeûnerai pas ! Si je cessais de manger je perdrais mes forces, et un géant faible serait la créature la plus ridicule au monde. D'ailleurs si je jeûnais, je ne serais pas prêt à servir mon maître quand il demanderait mes services."
Le géant quitta l'ermite pour chercher un autre moyen de servir le Christ, et il rencontra bientôt une longue procession d'hommes, de femmes, et d'enfants de tous les âges et de tous les pays.
44 Qui êtes- vous, et où allez-vous ? " demanda le géant.
"Nous sommes les serviteurs du Christ, et nous marchons vers le ciel," répondirent les pèlerins.
Le géant, enchanté de cette réponse, alla avec eux, et en route il les interrogea souvent et apprit une foule de choses bien étranges. Les pèlerins lui dirent qu'avant d'arriver au royaume des cieux il fallait traverser un fleuve dont les eaux étaient bien profondes, et le courant bien fort. Il n'y avait pas de pont à travers le fleuve, il n'y avait ni bateau ni batelier, et chaque personne était obligée de se frayer un passage tant bien que mal.
Offéro apprit aussi qu'il fallait attendre patiemment au bord du fleuve l'arrivée d'un messager du grand roi. Ce messager apparaissait tout à coup, vêtu de blanc, pour inviter tantôt une personne, tantôt une autre, à traverser le fleuve et à entrer dans le royaume des cieux.
Le géant arriva bientôt avec les pèlerins au bord de la rivière. Lui aussi remarqua combien elle était profonde et vit que le courant était bien rapide et se demanda comment les pauvres vieilles femmes et les petits enfants osaient s'aventurer parmi ces hautes vagues. Pendant qu'il était occupé ainsi, un messager arriva tout à coup, s'approcha d'une pauvre femme malade, et lui dit que le Christ la demandait et qu'il lui rendrait la santé la plus parfaite. La pauvre femme reçut cette invitation avec des transports de joie, mais quand elle arriva au bord de l'eau, elle
se mit à pleurer, car elle avait peur de s'aventurer, et cependant elle savait bien qu'il était impossible de ne pas obéir immédiatement au roi des cieux. Offéro, qui avait bon cœur, et qui savait combien la pauvre femme était faible, s'approcha d'elle, et offrit de la porter. Quelques minutes après, elle était montée sur son dos, et il traversait la rivière, dont les dangers n'avaient nullement été exagérés, car il lui fallait toute sa force pour ne pas se laisser entraîner par le courant. Arrivé de l'autre côté il posa la pauvre femme à terre, en la priant de bien vouloir dire au Christ que le géant Offéro désirait le servir. Il ajouta qu'en attendant d'être appelé à entrer dans le royaume des cieux, il passerait tout son temps et emploierait toutes ses forces à faciliter la traversée aux faibles et aux impotents, et retourna bravement de l'autre côté du fleuve.
Comme les voyageurs arrivaient sans cesse de toutes les parties du monde, le géant était bien occupé, car il y en avait bien peu qui avaient assez de courage pour passer le fleuve tout seuls. Le géant était toujours prêt à offrir ses services, et tout le monde disait que son nom d'Offéro, qui signifie le porteur, était bien à propos. Pour être toujours prêt à secourir les voyageurs, qui étaient appelés à toutes les heures du jour et de la nuit, le géant se construisit une petite cabane au bord de l'eau, où il demeurait.
Une nuit de printemps, le vent soufflait bien fort, les vagues étaient bien hautes et bien menaçantes.
Offéro rentra dans sa petite maison, et se coucha en disant : " Il fait si mauvais temps que personne ne traversera cette nuit." Cependant, quelques minutes après, il entendit frapper à la porte, et il courut ouvrir. L'obscurité était si grande qu'il ne vit d'abord personne, et alla chercher sa lanterne. Quand il revint, il trouva un petit enfant, qui regardait les vagues avec effroi en disant : " Il faut que je traverse cette nuit ! "
"Pauvre petit," dit le géant, "il est heureux pour vous que je sois là, car avec une tempête pareille il vous serait impossible de traverser tout seul."
En disant ces mots, le bon géant plaça le petit enfant sur ses épaules, et entra bravement dans l'eau. Mais malgré sa force, malgré son courage, malgré son bâton, le pauvre Offéro s'aperçut bien vite que le courant était plus fort que jamais auparavant et qu'il y avait grand danger de périr dans l'obscurité.
La pensée du pauvre petit enfant, qui avait tant de confiance en lui, soutint ses forces, bien qu'à chaque pas l'eau parût plus froide, les vagues plus hautes, le courant plus fort, et le petit enfant de plus en plus lourd. Le pauvre géant arriva enfin à grand'peine de l'autre côté du fleuve, et quand il eut posé l'enfant à terre il vit avec surprise que ce n'était plus un enfant, mais un bel homme, de forme majestueuse, qui le regardait avec bonté et qui lui dit :
" Offéro, je suis le Christ, que vous servez depuis si longtemps. Vous m'avez aidé cette nuit à passer le
fleuve de la mort. J'ai été là-bas, sur la terre, pour sauver tous ceux qui périssaient. Mon œuvre est finie, car j'ai été crucifié pour sauver tous ceux qui croiront en mon nom. Si je vous ai paru bien lourd, c'est parce que je portais tous les péchés du monde. Vous m'avez porté, Offéro, et parce que vous avez fait cela on vous appellera désormais Christophe, ce qui signifie 'celui qui a porté le Christ.' Vous m'avez servi fidèlement pendant bien des années, voilà pourquoi je vous invite maintenant à entrer dans le royaume des cieux où vous pourrez toujours demeurer avec moi."
Le seigneur d'Estouteville avait quitté la Normandie, et avait été en Palestine, où il avait combattu bravement contre les Sarasins. Mais un jour il se trouva en danger de périr, tout seul dans le désert. Le seigneur d'Estouteville n'était pas très pieux, mais quand il se vit en danger, il tomba à genoux et commença à prier. Il fit même un vœu, et promit de bâtir une abbaye, près de son château, si Dieu lui permettait de retourner en Normandie.
1 This is a popular tradition in Normandy, one of the northern provinces in France. It is also another version of the well-known legend of St. Elizabeth of Hungary. It refers to the feudal âge in France, when each lord had the power of life and death over his vassals.
Dieu délivra le seigneur d'Estouteville de son péril extrême, et le conduisit heureusement en Normandie, où il commença à bâtir une belle abbaye. Tous les vassaux du seigneur étaient forcés de travailler sans cesse à cette nouvelle abbaye, et le maître cruel ne leur donnait rien que du pain à manger et de l'eau fraîche de la fontaine à boire. Les hommes, obligés de travailler jour et nuit, et si mal nourris, n'avaient que peu de forces, mais le seigneur exigeait autant de travail que possible et ne leur permettait pas un instant de repos.
La fille du seigneur d'Estouteville, qui était belle comme un ange et aussi bonne que belle, s'aperçut bientôt que les pauvres vassaux de son père souffraient beaucoup. Elle était compatissante, et elle voulut les aider. Elle leur porta donc des viandes succulentes, et du vin généreux, pour leur donner des forces, et tous les hommes la bénissaient.
Enfin le seigneur d'Estouteville s'aperçut que sa fille donnait à boire et à manger à ses vassaux. Il se mit en colère, et lui défendit de continuer à leur porter de la viande et du vin. La jeune fille obéit pendant quelques jours, mais quand elle vit enfin que les pauvres hommes mouraient, faute de nourriture, elle se dit : " Mon père est injuste ! Dieu commande aux enfants d'obéir à leurs parents, mais il commande aussi la charité. Je vais faire la charité à ces pauvres hommes, qui souffrent tant, et je suis sûre que Dieu me pardonnera ma désobéissance." Un jour que son père était absent, la
jeune fille prit de la viande succulente, et l'enveloppa dans sa robe ; puis elle prit une cruche pleine de bon vin, la cacha sous son voile, et partit pour l'abbaye. En route elle rencontra son père, et elle se mit à trembler, car la colère de son père était terrible. Son père arrêta son cheval et dit sévèrement, car il était sûr que sa fille allait porter à manger et à boire aux ouvriers malgré sa défense :
44 Eh bien ! ma fille, qu'avez- vous là, dans les plis de votre robe ? "
La jeune fille, toute tremblante, répondit timidement : 4 'Ce sont des roses, mon père, de belles roses que j'ai cueillies dans le jardin ! "
"Des roses !" dit le père, "je ne vous crois pas. Qu'avez-vous dans la cruche que vous cachez sous votre voile ? "
44 De l'eau, mon père, de l'eau fraîche de la fontaine, de l'eau pour mes fleurs ! " dit la jeune fille.
Mais le seigneur d'Estouteville s'écria en colère, 44 Vous avez menti, ma fille, vous avez menti." Il descendit de cheval et s'approcha de sa fille, qui tremblait et priait intérieurement la Sainte Vierge, sa patronne. Elle l'implorait de l'aider. Le père s'approcha de la jeune fille, il renversa la cruche, et à sa grande surprise il ne vit que de l'eau fraîche qui se répandit à terre. Il ouvrit la robe de sa fille et des roses rouges et des roses blanches tombèrent à terre. Le seigneur d'Estouteville était surpris, et rentra à la
maison. La jeune fille ramassa ses roses, reprit sa cruche, et continua son chemin. Quand elle arriva à l'abbaye, la cruche était pleine de vin, et les roses avaient été changées de nouveau en viande succulente, pour les pauvres vassaux affamés.
Quand la jeune fille arriva au château d'Estouteville, son père, qui était encore en colère, la rencontra et lui dit:
" Ma fille, je suis sûr que vous me trompez, et j'ai décidé que vous entreriez demain daijLS un couvent, car je ne veux pas que vous donniez à manger et à boire à mes vassaux."
La jeune fille répondit bien humblement : " Que votre volonté soit faite, mon père ! "
Mais au même instant elle fut emportée au ciel, par la Vierge et par les anges, qui avaient admiré sa charité et qui ne voulaient plus la laisser sur la terre où son père cruel la rendait malheureuse en maltraitant ses vassaux.
Le seigneur d'Estouteville, qui n'avait pas vu la Vierge et les anges, chercha longtemps sa fille, mais il ne la trouva jamais ; elle était au Paradis.
Depuis lors, on n'a jamais oublié la bonté et la charité de cette bonne demoiselle, et on en parle encore bien souvent en Normandie. Les vieilles femmes, assises au coin du feu, racontent son histoire aux petits enfants, et leur recommandent toujours de suivre son exemple et d'être bien charitables.
Au sixième siècle, du temps des rois mérovingiens, il y avait à Noyon un excellent prêtre, qui avait une grande réputation de sainteté. Ce bon prêtre, qui était l'évêque de la petite ville de Noyon, aimait tendrement tous ses paroissiens, et tous les dimanches et tous les jours de fête, il leur prêchait un bon sermon, et les exhortait à mener une vie vertueuse.
Le bon évêque Médard avait de bonnes paroles pour tout le monde, mais il aimait surtout les jeunes filles de son diocèse, et s'occupait à leur donner de bons conr seils. " Car," disait-il, " ces jeunes filles se marieront bientôt. Si elles sont bonnes, elles choisiront de bons maris, elles élèveront bien les enfants que la Providence leur donnera, et les enfants qui ont des parents vertueux et sages sont généralement bons aussi."
Près de Noyon il y avait un petit village, le village de Salency. Dans ce village il y avait des paysans, qui menaient une vie simple et laborieuse, et comme le bon évêque Médard était né dans ce village, il le visitait
1 Salency is a village in France, not very far from Paris. The story of the institution of the prize for virtue is an actual fact. The statue of St. Médard's sister, the first Rosière, adoras the portai of the church. The king mentioned in this story is Louis XIII. He is known to hâve crowned a Rosière with his own hand. The remainder of the story is not as well authenticated. The Merovingian kings are the first dynasty in French History.
bien souvent, et prenait un intérêt tout spécial aux habitants.
Pour encourager les jeunes filles à mener une vie laborieuse et vertueuse, il institua une fête annuelle à Salency et décréta qu'une couronne de roses et une somme de vingt-cinq livres serait donnée à la jeune fille qui recevrait le plus de suffrages parmi les gens du village.
Un beau jour le brave évêque annonça cette décision, et toutes les jeunes filles de Salency commencèrent à rivaliser de vertu et d'industrie. Elles voulaient mériter l'honneur de la couronne de roses, et recevoir ies vingt-cinq livres que le bon évêque leur avait promis. La jeune fille qui les reçut fut appelée la Rosière.
La tradition rapporte que ce fut la sœur du brave évêque qui reçut la première couronne, de la main de son frère. Heureux de ce choix, le bon évêque fit faire le portrait de sa sœur, et le plaça dans l'église, et-quand il mourut il légua une somme suffisante pour payer la récompense annuelle, et aussi pour donner une fête à la commune.
Cette fête annuelle était vraiment très belle, car toutes les jeunes filles, vêtues de blanc, allaient chercher la Rosière pour la conduire à l'église. Là tout le village était assemblé, et après une messe solennelle, la rosière était couronnée par le seigneur du village, en présence de toute l'assemblée.
Le prêtre remettait alors à la jeune fille le prix de la vertu, et tout le monde l'escortait sur la place publique, où l'on avait un banquet, et où l'on dansait gaiement au son des instruments des musiciens du village. Cette coutume, instituée au sixième siècle, continua d'année en année, et les familles de Salency suspendaient les portraits de leurs rosières dans leurs petites maisons. Là les mères les montraient fièrement à leurs filles, et disaient :
" Regardez, mon enfant ! Voilà le portrait de votre bisaïeule, elle était rosière. Voici le portrait de votre grand'mère, sa fille, elle aussi a été rosière. Voici mon portrait, car moi aussi j'ai remporté le prix de la vertu, et les vingt-cinq louis ont composé toute ma dot. Maintenant, ma fille, il y a eu une rosière dans la famille dans chaque génération, et je compte sur vous pour remporter le prix à votre tour, et pour maintenir la réputation de la famille par votre industrie et par votre bonne conduite ! "
Naturellement, une jeune fille ainsi exhortée faisait tout son possible pour mériter la couronne de roses, et on disait qu'il n'y avait pas en France de plus vertueuses filles que celles de Salency, car elles rivalisaient de vertu pour mériter la couronne de roses.
En 1642, quand Louis le Bien Aimé était encore roi de France, à la fin de son règne orageux, un cavalier, suivi d'un seul domestique, allait lentement vers Salency. C'était au commencement du mois de Juin,
CONTES BT LÉO. — 9
quelques jours seulement avant la célébration de la fête communale, et le soleil était bien chaud. La route était longue et poudreuse, et le cavalier paraissait souffrir de la chaleur. Tout à coup il arrêta son cheval, mit pied à terre, remit la bride de son coursier à son domestique, et le quitta en disant :
" Attendez-moi là ! Je vois une chaumière, là-bas sous les arbres, et je vais demander aux braves gens qui y demeurent de me donner quelque chose à boire ! "
Le domestique s'inclina respectueusement, conduisit les deux chevaux à l'ombre, et attendit patiemment pendant que le cavalier disparaissait sous les arbres, dans la direction de la pauvre petite chaumière.
Arrivé à la porte, le cavalier levait déjà la main pour frapper, quand il remarqua que la porte était entr'ouverte. Poussé par la curiosité, il regarda dans la petite chambre, et vit un bien joli groupe. Il y avait d'abord une vieille femme, assise sur un banc, au milieu de la chambre. Agenouillée devant elle, il y avait une jeune paysanne, d'une beauté remarquable, qui tenait quelque chose de précieux dans les bras, car elle regardait cette chose avec admiration. Cette admiration était aussi partagée par la vieille femme, et par trois petits enfants, groupés autour de la jeune fille.
Les enfants faisaient tant de bruit que le cavalier n'entendit qu'une seule exclamation de la jeune fille agenouillée, qui disait: "Ah voici un papier, une lettre ! "
Le cavalier curieux écouta encore plus attentivement, et il fut très content quand la vieille grand'mère fit asseoir tous les enfants sur le banc à côté d'elle, et leur commanda le silence. Alors le cavalier vit que la jeune fille était agenouillée devant un panier, dans lequel reposait un beau bébé, entouré de dentelles, et qu'elle tenait à la main non seulement une lettre, mais un collier de diamants, une bourse d'or, et un petit médaillon.
Au même moment la jeune fille commença à lire, d'une voix agitée, la lettre suivante, et le cavalier écouta de toutes ses oreilles.
"Braves gens. Nous sommes des parents nobles, mais bien malheureux. Nous vous confions notre enfant unique, notre plus précieux trésor. Nous sommes en route pour l'Angleterre, pour aider notre bon et malheureux roi Charles à regagner sa couronne. Comme nous sommes nobles, nos têtes sont à prix. Nous craignons pour la vie de notre enfant. Nous savons que nos ennemis sont sur nos traces, et nous confions cet enfant chéri et notre vie en vos mains. Ne révélez à personne l'existence de ce bébé, cachez-le pendant trois jours, jusqu'à ce que le danger soit passé, et Dieu vous bénira. Dans le panier vous trouverez les habits de l'enfant, un collier de diamants, une bourse d'or, et un médaillon sur lequel sont peints les portraits de ses parents. Gardez ce médaillon avec soin, il nous aidera à reconnaître notre enfant si Dieu nous permet de revenir en France."
La jeune fille ayant fini la lecture de cette lettre, regarda la vieille femme avec attendrissement et dit: "Ah, mère Michel, quel dommage que ces pauvres gens soient si malheureux ! Quel dommage qu'ils aient été obligés de quitter ce joli enfant qu'ils aiment tant I Regardez, voilà leurs portraits, qu'ils sont beaux, tous deux ! "
La vieille admira aussi le médaillon, et alors elle commença à discuter comment elles pourraient disposer de l'enfant.
" Ah, Catherine," dit-elle, " il est impossible que je garde ce bébé ; mon mari arrivera ce soir et il voudra tout savoir. Quand il verra cet or, il le prendra, il ira au cabaret, il boira, et il racontera toute l'histoire. Prenez le bébé chez vous."
" Oh ! " répondit Catherine, " je voudrais bien, mais, hélas, mère Michel, vous savez bien que ma mère et mon fiancé Sylvain aiment beaucoup causer. Si je porte l'enfant chez nous, je serai obligée de leur dire où je l'ai trouvé. S'ils savent le secret, ils le raconteront à tout le village, et ce petit bébé et ses pauvres parents seront alors en danger. Non ! il m'est impossible de le porter chez moi, le pauvre petit ! "
Alors, après beaucoup d'hésitation, la jeune fille dit : "Mère Michel, l'enfant serait en sûreté chez votre fille Jacqueline. Son mari est absent, elle demeure toute seule dans la petite maison de l'autre côté de la forêt, et elle a un bébé de cet âge. Donnez-le à votre fille."
44 Oui," dit la vieille feome, " mais il faut que vous portiez le bébé à Jacqueline, car je suis trop âgée pour aller si loin. Tenez ! le bébé est endormi. Donnezmoi l'or, les diamants, et les vêtements de dentelles, qui trahiraient le secret. Enveloppez le bébé dans ces langes qui ont servi au petit Jean, mettez-le dans le panier, attachez ce linge autour du panier, et alors si vous rencontrez quelqu'un, on pensera que vous portez seulement un paquet de linge ! "
44 Très-bien," dit la jeune fille, u j'irai. Mais j'ai peur de traverser la forêt seule, car on dit qu'il y a des voleurs partout. Mais enfin le pauvre enfant est en danger, il faut donc le sauver à tout prix! "
Catherine arrangea le bébé comme la vieille avait dit. La vieille prit les diamants et l'or, mais elle ne remarqua pas que les enfants, en jouant, avaient suspendu le médaillon autour du cou de Catherine, qui ne l'avait pas remarqué non plus.
44 Adieu, mère Michel," dit Catherine, 4; priez afin que j'arrive sans accident chez Jacqueline, avec ce pauvre bébé, et faites comprendre aux enfants qu'ils ne doivent rien dire de ce qu'ils ont vu et entendu ! "
En disant ces mots la jeune fille prit le panier et se prépara à partir. Le cavalier, qui avait entièrement oublié sa soif, et qui avait tout entendu, s'était retiré de la porte quand Catherine avait dit qu'elle avait peur des voleurs dans la forêt, et dit tout bas :
44 Quelle bonne fille 1 Je la suivrai et je la protégerai I "
Catherine sortit de la maison, traversa la route, et entra dans la forêt. Elle marchait rapidement et ne remarqua pas que l'étranger la suivait. Elle arriva heureusement chez Jacqueline, elle lui donna l'enfant, et lui promit cinq francs si elle le gardait cinq jours sans dire à personne qu'elle avait un enfant en nourrice.
La pauvre Jacqueline, qui n'était pas curieuse, promit de bien garder l'enfant et Catherine partit pour traverser la forêt une seconde 'fois. Elle avait peur, car la nuit commençait à tomber, mais elle était si heureuse d'avoir trouvé un asile pour le pauvre bébé, qu'elle tomba à genoux devant la croix à l'entrée de la forêt et remercia la Sainte Vierge de tout son cœur.
Pendant qu'elle était agenouillée là, deux soldats ivres arrivèrent. Quand ils virent cette jolie jeune fille, toute seule à l'entrée de la forêt, ils voulurent l'embrasser. La pauvre Catherine, effrayée, jeta un grand cri. Au même instant le cavalier sortit de la forêt, et s'approcha d'elle. D'un geste impérieux il renvoya les soldats ivres, qui le regardèrent avec terreur, et alors il ôta son grand chapeau de feutre, s'inclina respecteusement devant Catherine, et dit :
" Mon enfant, si vous voulez traverser la forêt, permettez-moi de vous accompagner. Je vous donne ma parole d'honneur qu'il ne vous arrivera aucun mal."
Catherine regarda l'étranger, et quand elle rencontra son regard franc et ouvert, elle accepta son offre, car elle avait peur d'être poursuivie par les soldats. La
jeune fille et le cavalier traversèrent donc la forêt ensemble.
En route le cavalier interrogea la jeune fille, qui répondit franchement et avec une confiance naïve à toutes ses questions.
" Où demeurez- vous, ma bonne enfant? "
44 A Salency, monsieur."
44 Quel est votre nom?"
44 Catherine Gaillot, à votre service, monsieur. "
44 Vos parents ont-ils des moyens? "
44 Oh, oui, monsieur. Mon père est le plus riche paysan de Salency, il a même promis de me donner une vache et un arpent de terre quand je me marierai."
fc4 Alors vous êtes fiancée ? "
44 Oui, monsieur ! "
44 Est-ce que vous aimez bien ce fiancé ? ''
44 Oh, oui, monsieur, j'aime Sylvain de tout mon cœur ! "
44 A la bonne heure, voilà une bonne dot ! L'amour est la meilleure dot pour un heureux mariage ! Quand est-ce que ce mariage aura lieu?" continua le cavalier avec grand intérêt.
* 4 Après la fête patronale, monsieur, car on m'a choi • sie comme rosière ! "
44 Voilà un bon choix ! " dit l'étranger d'un ton approbateur. 44 Vous êtes contente, n'est-ce pas ? "
44 Oh, oui, monsieur. Je n'ai qu'un seul regret, c'est que Huchette, mon amie, ne soit pas rosière aussi.
Nous étions trois, Juliette, Huchette, et moi, mais c'est moi qu'on a choisie."
" Eh bien, ne regrettez-vous pas le désappointement de Juliette aussi? "
" Oh, non, monsieur, pas beaucoup," dit la jeune fille, en rougissant.
L'étranger commença à rire, et dit :
" Je vois que vous n'aimez pas Juliette ï Mais ditesmoi, qui sera votre parrain à la fête patronale ? "
" Ce sera le bailli, je suppose," dit la jeune fille d'un ton de regret, "car le seigneur de Salency est absent ! "
" Pourquoi ne choisissez-vous pas quelqu'un d'autre, si vous n'aimez pas le bailli ? " dit le cavalier. " Le comte de Salency est un de mes bons amis ; si vous voulez m'accepter comme parrain à sa place, je serai heureux de vous servir."
" Oh, merci, monsieur," dit Catherine, et elle rougit de joie à la pensée que ce cavalier distingué serait là pour la couronner, au lieu du vieux bailli, qui faisait toujours des discours ridicules.
En causant ainsi, l'étranger apprit bientôt toute l'histoire de la jeune fille, et quand il arriva au bout de la forêt, il lui toucha amicalement la main, et lui dit adieu en promettant d'être à l'église pour lui servir de parrain le lundi suivant.
Il l'avait à peine quittée que le bailli et Juliette, qui étaient cachés derrière un arbre, arrivèrent et dirent :
" Ho, ho, Catherine ! vous qui prétendez être si ver-
tueuse, que faites-vous ici si tard ? Et qui est ce beau monsieur qui vous a dit adieu si amicalement? "
Catherine, confuse, ne répondit pas mot.
Alors Juliette continua malicieusement :
"Pourquoi ne parlez-vous pas? Qui était ce beau monsieur?"
Catherine, qui ne voulait rien dire de crainte de révéler le secret de l'enfant qu'elle avait trouvé, chercha à s'échapper des mains de Juliette. Un brusque mouvement révéla le médaillon. Juliette le montra aussitôt au bailli en disant :
" Voyez, monsieur le bailli, cette fille, qui est si vertueuse, et qui a été choisie comme modèle pour toutes les jeunes filles de Salency, se promène le soir avec un monsieur étranger, et reçoit même des bijoux de lui. Voyez, elle porte le portrait de ce galant auquel elle a donné un rendez-vous dans la forêt ! "
Le bailli commença alors à interroger la pauvre Catherine, mais elle resta muette, et quand ils la quittèrent enfin elle retourna tristement à la maison, où sa mère et son fiancé lui demandèrent aussi où elle avait été.
Le lendemain, tout le monde dans le village parlait de Catherine et du beau monsieur avec qui on l'avait vue sortir de la forêt, et dont elle portait le portrait, car Juliette avait malicieusement répandu cette calomnie. Sylvain, le fiancé de Catherine, entendit ceci. Il courut chez Catherine et recommença à la questionner, mais
Tous les habitants de Salency demandèrent pardon à Catherine, qui leur accorda ce pardon de bon cœur. Elle pardonna même à Juliette, et à Sylvain, et peu de temps après, son mariage eut lieu. Elle fut bien heureuse, car Sylvain était un brave homme et il avait appris que sa Catherine était la meilleure des femmes, et qu'il avait eu bien tort d'être si jaloux.
Le roi ordonna qu'on donnât un ruban bleu et une bague d'argent à la rosière en souvenir dé Catherine, et cet ordre fut toujours religieusement observé.
Jacques était le jardinier de Monsieur le comte de Surgères, et comme il faisait tout son possible pour satisfaire son maître, il devint bientôt un horticulteur expérimenté. Monsieur le comte appréciait les services dévoués du brave Jacques, et quand celui-ci voulut se marier, il lui donna une charmante petite maisonnette, entourée d'un bon jardin.
Ce fut dans cette petite maisonnette que Marie, la fille unique de Jacques, vint au monde, et ce fut là que mourut la femme du jardinier, quand son enfant n'avait que cinq ans. Le pauvre Jacques, laissé seul avec cette
1 One of the moral taies of Canon Schmid. It deals with feudal times, when the lord of the manor had full power over ail his vassals.
enfant, l'éleva de son mieux, et Marie passait toute la journée dans le jardin du château, à regarder travailler son père.
Comme Marie était toujours dans ce jardin, elle apprit à aimer et à connaître toutes les belles fleurs, et tous les matins elle faisait une tournée pour admirer les fleurs nouvellement fleuries. Elle aimait aussi le chant des oiseaux, et passait des heures sous les grands arbres à les écouter.
Marie était toujours gaie et obéissante, et ainsi elle attira bientôt l'attention de la comtesse, qui lui adressa de bonnes paroles, et qui l'envoya dans le château auprès de la couturière, pour apprendre à coudre et à raccommoder.
Les leçons de la couturière, et celles de la cuisinière qui s'intéressa aussi à la petite orpheline, furent très utiles à Marie, et quand elle eut atteint sa quinzième année, elle .était une bonne petite ménagère, et son père disait bien souvent qu'elle était presque aussi capable que sa chère mère, qui était maintenant aux cieux.
Marie était très reconnaissante, et cherchait tous les jours à prouver à la bonne comtesse combien elle la remerciait de toutes ses bontés. Quand elle allait dans les bois cueillir des fraises, elle apportait toujours les plus belles au château pour les offrir à sa bienfaitrice, et toutes les plus jolies fleurs de son jardin étaient mises de côté pour en faire des couronnes et des bouquets pour la fille de la comtesse, qui avait à peu
près son âge. et qui s'était aussi montrée bien gentille envers la petite orpheline.
Marie était si adroite qu elle apprit aussi à faire des corbeilles charmantes, et le soir elle en tressait toujours. Ces corbeilles servaient à porter les fleurs et les fruits au château, et de temps en temps Marie en vendait quelques-unes au marché, quand elle avait besoin de souliers neufs, ou dune robe neuve ou de quelque chose d'autre.
La plus jolie de toutes ces corbeilles cependant fut réservée pour l'anniversaire de naissance de la jeune comtesse, car Marie voulait la lui offrir toute pleine de belles fleurs fraîches.
Elle se leva donc de grand matin, alla cueillir ses roses toutes couvertes de rosée, les arrangea avec goût dans la jolie corbeille qu'elle avait garnie de mousse, et quand ce cadeau fut prêt elle le porta elle-même au château. La jeune comtesse, Amélie, charmée de ce cadeau, l'admira beaucoup, puis elle pria Marie de l'attendre un instant, et courut dans la chambre voisine pour le montrer à sa mère. Quelques minutes après la jeune comtesse revint et dit*
" Marie, ton cadeau m'a fait le plus grand plaisir et j'aimerais pouvoir à mon tour te donner quelque chose d'aussi joli, car je sais que c'est aussi ton jour de naissance aujourd'hui. Voilà pourquoi je te prie d'accepter cette robe, et j'espère que tu penseras à moi chaque fois que tu la porteras."
Marie quitta le château enchantée de son joli cadeau, et surtout des bonnes paroles de la jeune comtesse. Tout le monde se réjouit de son bonheur ; tout le monde excepté Henriette, la femme de chambre de la jeune comtesse, qui avait espéré recevoir cette jolie robe, et qui était jalouse de l'affection de sa jeune maîtresse pour la fille du jardinier.
Marie avait à peine eu le temps de montrer sa belle robe à son père, quand la jeune comtesse entra dans leur maisonnette, pâle, tremblante, et hors d'haleine. " Oh, Marie," dit-elle, d'un ton de reproche, " comment as-tu pu faire une chose pareille ? Rends-moi vite la bague en diamants de ma mère, et je te promets que je te protégerai 1 "
Marie, qui ne comprenait pas ce que signifiaient ces paroles, lui demanda une explication, et apprit bientôt que la bague en diamants de la comtesse avait disparu. La comtesse Pavait laissée sur la table, dans la chambre de sa fille, où personne n'était entré excepté la jeune comtesse et Marie ; voilà pourquoi on l'accusait d'avoir volé le bijou.
Marie protesta son innocence, jura qu'elle n'avait ni vu ni touché la bague en diamants, et malgré les larmes et les prières de la jeune comtesse et de son vieux père, elle continua à nier le crime.
Son père convaincu finalement de son innocence, essaya de la consoler en lui disant que Dieu n'abandonne jamais ceux qui ont la conscience nette, mais
la jeune comtesse refusa de la croire, et continua à la supplier de lui rendre la bague.
Quelques minutes après le bailli arriva, pour arrêter la voleuse, qui fut mise en prison, et le lendemain on la mena devant le juge, où elle jura de nouveau qu'elle était innocente du vol.
Malheureusement on appela la femme de chambre comme témoin. Elle était si jalouse de Marie qu'elle témoigna l'avoir vue prendre la bague en diamants, et sur ce témoignage le juge condamna la pauvre fille à plusieurs années de prison.
En voyant la douleur du fidèle Jacques, quand il apprit que sa fille avait été condamnée à languir en prison pendant plusieurs années, le comte promit de faire tout son possible pour adoucir la peine. Le résultat de ses prières auprès du juge fut que Marie fut condamnée à l'exil, et qu'on lui défendit de revenir dans cette partie du royaume.
Le pauvre Jacques, qui ne voulait pas abandonner sa fille, déclara qu'il l'accompagnerait, et malgré son âge avancé il se prépara à partir, laissant toutes ses possessions qui avaient été confisquées pour remplacer la bague volée. La seule chose que Marie et son père emportèrent fut la corbeille que la jeune fille avait tressée avec tant de soin pour la jeune comtesse, car Henriette en les voyant passer devant le château, la lui avait jetée, en lui disant de l'emporter, vu que sa jeune maîtresse ne voulait plus jamais la revoir.
Marie, accablée de tristesse, marchait lentement à côté de son père, qui quittait le pays à regret, et tremblait d'émotion. Le pauvre homme avait mené une vie si tranquille et si laborieuse, que les émotions des derniers jours lui avaient fait autant de mal qu'une longue maladie, et il tremblait comme s'il eut eu la fièvre.
Marie et son père marchèrent ainsi pendant quelques jours, cherchant un asile, se nourrissant des fruits sauvages qu'ils trouvèrent au bord du chemin, et couchant sous un arbre. Ces fatigues et ces privations rendirent le pauvre Jacques si malade, qu'il tomba enfin au bord de la route, et Marie s'aperçut avec douleur qu'il s'était évanoui. Elle regarda précipitamment de tous côtés, et voyant une petite maison au bas de la colline, elle y courut en toute hâte afin de demander du secours pour son père malade.
Le fermier et la fermière, qui étaient de bien braves gens, s'empressèrent de venir au secours du pauvre Jacques. Ils le transportèrent dans leur maison, le couchèrent dans un bon lit, et la fermière s'empressa de sacrifier une de ses poules, pour faire du bouillon pour le malade.
Grâces aux bons soins de ces braves gens, le bon Jacques se remit bientôt, et le fermier, ayant entendu leur triste histoire, lui offrit deux chambres dans sa maison. Le jardinier accepta cette hospitalité avec reconnaissance, et Marie travailla sans cesse pour mon-
trer à la fermière combien elle la remerciait des bons soins qu'elle avait donnés à son père malade. Quand Jacques eut recouvré ses forces, il passa ses journées à cultiver le jardin du fermier, et ses soirées à lui tresser des paniers.
Trois années se passèrent ainsi, et Jacques et Marie étaient aussi heureux qu'ils pouvaient l'être loin de leur maison et des maîtres qu'ils aimaient tant. La pensée qu'on la croyait ingrate et voleuse, était bien amère pour la pauvre Marie, et elle se demandait bien souvent comment elle pourrait continuer à vivre quand son père, son seul ami, le seul qui la croyait innocente, ne serait plus là, pour la -soutenir et la consoler par de bonnes paroles.
Jacques qui était maintenant fort âgé, travaillait tous les jours un peu moins, et quand le quatrième hiver arriva, il fut obligé de rester au lit, car il n'avait plus la force de se lever. Marie, assise à côté de lui dès qu'elle avait un instant de loisir, cousait et tricotait assidûment pour lui procurer les médicaments nécessaires et écoutait ses bonnes paroles. Le brave Jacques lui parlait sans cesse de leur séparation prochaine, et lui disait souvent qu'elle ne serait pas seule, vu que Dieu protège les orphelins.
Enfin le pauvre Jacques mourut; Marie le fit enterrer dans le petit cimetière du village, où elle allait tous les jours visiter sa tombe. Comme elle était trop pauvre pour placer un monument sur cette tombe, elle y apporta
la corbeille qu'elle avait tressée pour la jeune comtesse, la remplit de mousse humide, et tous les jours elle y mettait des fleurs fraîches et les arrangeait avec grâce.
Le fermier et la fermière, qui avaient un fils unique, lui donnèrent enfin leur ferme en disant: "Cher fils, nous te donnons tout ce que nous avons maintenant car nous sommes trop âgés pour travailler. Tu as toujours été un bon fils, et nous sommes sûrs que tu nous soigneras tant que nous vivrons."
Le fils jura de se montrer reconnaissant, mais malheureusement il était faible de caractère. Malgré les prières de ses parents, il épousa bientôt une jeune fille des environs, qui était très capable mais très avare. Aussitôt qu'elle arriva à la ferme, elle relégua les parents de son mari dans la pauvre petite chambre de Jacques. Tous les jours elle répétait qu'il était bien ennuyeux d'avoir ces vieilles gens dans la maison, et elle ne leur donnait que peu de chose à manger.
Le fils souffrait de voir ses parents si mal traités, mais comme il avait peur de sa femme, il n'osait rien dire. Les vieux, assis dans leur petite chambre mal chauffée, regrettaient le passé, et disaient bien souvent qu'ils avaient eu tort de se défaire de leur propriété avant leur mort. Leur seule consolation était les soins affectueux de Marie, qui faisait tout ce qu'elle pouvait pour leur rendre la vie un peu plus douce.
La jeune fermière s'aperçut bientôt que Marie plaignait les vieux parents, et elle en fut furieuse. Pour se
venger elle la traitait aussi mal que possible, la faisait travailler du matin au soir, la grondait toujours, ne lui donnait pas assez à manger, et pire que tout le reste, l'appelait toujours " La voleuse."
Le vieux fermier et sa femme disaient souvent à la pauvre fille: "Partez, mon enfant, vous avez la vie trop dure ici ! "
Mais Marie refusait toujours de les quitter et répondait chaudement : " Qui vous soignera si je m'en vais ? Non ; je resterai ici aussi longtemps que possible, car vous avez besoin de moi, et je n'ai pas oublié comme vous nous avez reçus, mon père et moi, quand nous étions dans la misère! "
Afin de pouvoir rester auprès du pauvre fermier et de sa bonne femme, Marie supporta sans murmure tous les mauvais traitements de leur belle-fille. Elle travaillait même une bonne partie de la nuit, afin de gagner quelques sous, pour acheter un peu de vin pour fortifier la vieille femme, qui était devenue bien faible. Marie essayait aussi de les égayer et de leur rendre la vie plus facile, et les vieilles gens lui disaient souvent, les larmes aux yeux:
" Ah, Marie, vous nous soignez mieux que le fils que nous avons élevé, et la belle-fille pour laquelle nous avons tant travaillé ! "
La jeune fermière, qui écoutait aux portes, entendit cette remarque, et en fut si offensée qu'elle résolut de chasser Marie aussitôt que possible, et chercha seule-
ment un prétexte pour la renvoyer. Le prétexte fut bientôt trouvé. La fermière étendit une pièce de toile sur l'herbe pour blanchir, et quand elle alla la chercher, ne la retrouva pas. La toile avait été volée, et la fermière accusa la pauvre Marie du vol et la chassa le soir même.
La pauvre Marie remercia encore une fois le vieux fermier et sa femme de toutes leurs bontés, et partit en pleurant. Arrivée au cimetière, elle s'assit à l'ombre d'un grand arbre, près de la tombe de son père, pensant y passer la nuit. La lune éclairait non seulement les tombes environnantes, mais aussi la corbeille remplie de fleurs fraîches, qui ornait la tombe du vieux jardinier. Il y avait une heure à peine que Marie était là, quand elle entendit une voix bien douce qui l'appelait familièrement par son nom. Elle leva la tête, et vit une belle jeune femme, vêtue de blanc, qu'elle prit d'abord pour un ange.
Cette jolie personne la prit doucement par la main, et lui dit avec bonté : " Ma bonne Marie, est-ce que tu ne me reconnais donc pas ? "
Marie la regarda et reconnut la jeune comtesse Amélie. Etonnée de la trouver dans le cimetière à pareille heure, elle lui demanda comment elle y était arrivée. La jeune comtesse lui montra la jolie corbeille et répondit : " Chère Marie, je suis venue ici pour te demander pardon de tout le mal que nous t'avons fait. On a découvert ton innocence, et mes parents et moi nous aimerions bien racheter le passé I "
Marie, heureuse de savoir qu'elle avait enfin été déclarée innocente du vol dont on l'avait accusée, pleura de joie, et assura sa jeune maîtresse qu'elle ne lui avait jamais gardé rancune ni à elle ni à ses parents. Quand la première émotion fut calmée, la comtesse lui dit :
" Chère Marie, que je regrette que ton bon père ne soit plus ici pour m'entendre. J'aimerais tant lui demander pardon de lui avoir causé tant de souffrances. Mais je suppose qu'il te tarde de savoir comment nous avons retrouvé cette malheureuse bague en diamants, la cause de tous tes malheurs. L'année passée je me suis mariée, et en été mon mari et moi nous sommes allés passer quelques jours au château de Surgères, où je n'avais pas été depuis ton départ.
Pendant notre séjour nous avons eu un orage terrible, la foudre a frappé un des grands arbres à côté du château et en a fait tomber une grande branche. En même temps que la branche, la foudre a abattu le grand nid de pie qui s'y trouvait. Mes jeunes frères se sont précipités sur ce nid le lendemain matin, et y ont trouvé une quantité d'objets brillants, entre autres la bague qui t'a causée tant de larmes. Tu ne peux pas t'imaginer notre joie et notre chagrin en la retrouvant. Nous étions si heureux d'être enfin convaincus de ton innocence, et si malheureux à la pensée de tout ce que tu avais souffert ! Il n'était que trop évident qu'une pie était entrée par la fenêtre ouverte, et avait pris la bague, car ces oiseaux aiment tout ce qui brille.
Mon père a immédiatement donné ordre de faire venir Henriette, qui a confessé combien elle t'avait détestée, et qui nous a raconté comment elle avait menti pour se débarrasser de toi. Nous avons de suite renvoyé cette créature envieuse et menteuse, et nous avons essayé de découvrir ce que vous étiez devenus, toi et ton malheureux père.
Malgré toutes nos démarches nous n'avons rien pu découvrir, et nous craignions que vous ne fussiez morts tous les deux. Ce printemps nous sommes venus en visite au château voisin, et aujourd'hui la dame du château m'a menée ici pour me montrer le cimetière du village. Après m'avoir fait admirer les plus beaux monuments, elle m'a dit qu'il y en avait un qui lui plaisait mieux que tous les autres, et elle m'a fait voir cette corbeille de fleurs fraîches.
La corbeille était si bien cachée par les fleurs, que je ne la reconnus pas d'abord, mais quand mon amie me dit que c'était la tombe d'un vieux jardinier, et que les fleurs y avaient été mises par sa fille Marie, je me suis mise à l'interroger anxieusement. Elle ne te connaissait pas, mais elle a appelé le bon prêtre, qui nous a raconté la mort de ton père, et nous a dit comme tu t'es montrée bonne et dévouée envers les braves gens qui vous ont recueillis.
Je me suis empressée, de me rendre à la ferme, où les braves vieilles gens m'ont raconté ton départ, et m'ont dit que je te trouverais probablement encore
auprès de la tombe de ton père. J'y suis revenue en toute hâte pour te trouver, ma bonne Marie, et j'espère que tu nous pardonneras tout le mal que nous t'avons fait, et que tu viendras demeurer chez moi, car j'ai envie de t'avoir toujours auprès de moi."
Marie accepta cette invitation de grand cœur et accompagna la jeune comtesse au château voisin, où elle remercia Dieu de toutes ses bontés avant de se coucher. Le lendemain elle alla avec sa jeune maîtresse faire visite au vieux fermier. La comtesse Amélie ayant vu ces braves gens, et ayant appris par le prêtre combien ils avaient à souffrir de la méchanceté de leur bellefille, le raconta au seigneur du château. Celui-ci en fut si indigné, qu'il alla à la ferme, rendit tout aux parents, et déclara à la belle-fille qu'elle serait forcée de les servir au lieu de les maltraiter.
Le fils, heureux de ce changement, remercia le seigneur, qui lui recommanda de ne plus jamais se laisser mener par sa femme. Quant à la jeune fermière, elle regretta bien sa mauvaise conduite, et apprit bientôt à être meilleure.
Marie accompagna la jeune comtesse à Surgères, où ses anciens maîtres la reçurent avec joie, et où elle fut bien heureuse. Elle servit la comtesse Amélie pendant plusieurs années, et quand elle épousa enfin un brave jardinier elle reçut une bonne dot, et alla demeurer dans la petite maison où elle était née, et elle y vécut bien longtemps en paix.
Gondoforus, roi des Indes, était un des plus riches monarques de son temps. Il avait petit à petit amassé une fortune immense, et possédait tant d'or et d'argent, tant de pierres précieuses et d'étoffes de prix, que tout le monde lui enviait ses trésors. Ayant amassé tout ceci, le roi des Indes se décida enfin à faire construire un palais magnifique, et il chercha un architecte capable d'exécuter l'œuvre colossale qu'il méditait.
Tout à coup Saint Thomas arriva à sa cour pour offrir ses services, car Notre Seigneur lui était apparu à Césarée, et lui avait commandé de se rendre chez Gondoforus, pour entreprendre cet ouvrage. Le roi, enchanté d'avoir les services d'un architecte si bien connu, lui donna tous ses trésors, et lui montra l'endroit où il pensait construire sa nouvelle demeure. Puis, après lui avoir donné carte blanche, il le quitta en lui disant qu'il allait faire un long voyage, et qu'à son retour, au bout de deux ans, il espérait trouver le palais entièrement fini.
Deux ans se passèrent en voyages, et Gondoforus
1 This is a Roman Catholic legend, very popular among the French and Italian people. Paul Bourget has lately made use of it in his "Un Saint," and Helen Hunt Jackson wrote a poem upon it in the Saint Nicholas Magazine. Mrs. Jameson gives a full account of the legend in her book on u Sacred and Legendary Art," and mentions a number of paintings representing the king. and Saint Thomas. The most celebrated of thèse is Botticelli's.
admira toutes les beaux édifices et tous les palais de l'Europe, de l'Asie, et de l'Afrique. Il les trouva magnifiques, mais son cœur se gonflait d'orgueil à la pensée que son nouveau palais les éclipserait tous, et quand il arriva dans son royaume, il se rendit immédiatement à l'endroit où il avait donné ordre de construire sa nouvelle demeuré.
Quand il y arriva, tout prêt à être ébloui de l'éclat des pierres précieuses et des marbres de prix, il pâlit de colère, en voyant que pas une seule pierre n'avait été mise en place. Il fit venir le saint, et lui demanda avec emportement ce qu'il avait fait des trésors immenses qui lui avaient été confiés, et Thomas répondit qu'il les avait distribués parmi les pauvres.
Le roi, furieux d'avoir été trompé, fit emprisonner cet étrange architecte, et commença à réfléchir aux moyens de torture qu'il pourrait employer pour le punir assez de sa trahison.
Il s'endormit en y pensant, et pendant qu'il dormait son frère mort parut tout à coup devant lui et dit :
" Mon frère, ne fais aucun mal à ce brave architecte. C'est un serviteur de Dieu, et il n'a pas manqué à sa promesse. Les anges m'ont montré un merveilleux palais d'or, d'argent, et de pierres précieuses qu'il a construit pour toi dans le Paradis. Il y a de bien belles demeures là-haut, mon frère, mais aucune ne peut être comparée à celle qui t'est destinée, grâces aux efforts de ce saint homme."
En disant ces mots le spectre disparut, et Gondof orus, réveillé en sursaut, courut se jeter aux pieds de son prisonnier et lui demanda humblement pardon de l'avoir ainsi outragé.
Saint Thomas le releva avec bonté et lui dit :
" Ne savais-tu donc pas, ô roi, que les seules maisons qui durent sont celles qu'élèvent pour nous au ciel notre Foi et notre Charité."
Le roi, convaincu par ces paroles et par la vision qu'il avait eue, passa le reste de sa vie à faire du bien aux pauvres, et à soulager toutes les misères, et quand il mourut, il alla demeurer dans le palais incorruptible qui l'attendait au Paradis.
itcn.
VOCABULARY
a, has.
à, to, of, in, at, with.
abandonn-a, gave up, forsook;
-era, vrill give up; -erait, iconld
give up or forsake ; -er, to give
up or forsake.
abbattirent, s* — ,pounced, aîighted.
abbaye, f., abbey.
abbé, m., abbot.
abîmer, to spoïl; s' — , to wear
one's self out.
abondance, f., abundance.
abord, d'— , atfirst.
abri, m., shelter.
abrité, sheltered.
absolument, absolutely, wholly.
absorbé, absorbed.
absoudre, to absolve.
absurde, absurd.
accablante, overwhelming.
accept-a, -èrent, -ait, accepted; -er,
to accept.
accompagné, -ée, -a, -èrent, ac-
companied; -er, to accompany.
accompl-ir, to accomplish; -i, ac-
complished. accord-a, -èrent, granted; -er, to
grant.
accosta, stepped up to, addressed.
accourut, ran up, ran to meet.
accrocha, hooked, hung.
accus-a, -ait, -é, -ée, accused; -er,
to accuse.
achet-a, -èrent, -é, bought; -er, to
buy ; -ez, buy.
acheteur, -s, m., buyer.
achev-é, -ée, finished; -er, to
finish.
acquittée, acquitted.
act-if, -ive, active.
adieu, m., farewell.
admir-a, -ait, -èrent, -é, -ée, ad-
mired; -er, to admire; -ant,
admiring ; -era, ivill admire.
adonna, s' — , was addicted to.
adoucir, to soften.
adress-a, spoke ; -ant, speak-
ing.
adresse, f., skill, address.
adroite, skillful. [nent.
adversaire, m., adversary, oppoaffaire, -s, f., business, thing.
affamé, -s, famished.
affectueux, affectionate.
afflig-é, -ée, -es, afflicted.
affreux, horrid.
afin que, so as, so that.
Afrique, f., Africa.
âge, -s, m., âge.
âg-é, -ée, aged. agenouill-é, -ée, kneeling.
agitée, agitated.
agréable, agreeable.
agréablement, agreeably.
agrées, received, accepted, granted.
ai, hâve ; -e, -t, -ent, may hâve.
aida, -ait, -èrent, -é, -ée, helped;
-era, -erai, will help; -ez, help;
-er, to help.
aide, m., help.
aigle, m., eagle.
aiguës, sharp, piercing.
aiguille, -s, f., needle.
aile, -s, f., wing.
aille, may go.
ailleurs, elsewhere ; d* — , besides.
aim-a, -ait, -aient, -èrent, -é,
-6e, loved, liked; -erais, -erait,
-erions, -eriez, wouîd love ; -ent,
-ons, -e, -ez, love; -er, to love;
aimait mieux, preferred.
aîné, eldest.
ainsi, thus, so. air, -s, m., air, tune.
aise, glad; -s, f., ease, comfort.
ajouta, added.
all-a, -ait, -aient, -èrent, went; -6,
-ée, -es, gone; -er, to go; -ez,
go, you may be sure; -ons, let
us go, corne.
allum-e, s' — , lights; -ée, lighted.
alors, then.
amass-a, -é f piled up ; -er, topile up.
âme, -s, f., soûl.
amena, brought.
amère, bitter; -ment, bitterly.
ami, -e, -s, friend.
amical, -e, friendly.
amicalement, in friendly fashion.
amour, m., love.
amoureux, m., lover; — fou, head
over ears in love.
ample, -s, wide.
amus-a, -ait, -aient, -èrent, -é, -ée,
-es, amused; -er, to amuse.
ancien, -ne, ancient.
âne, m., donkey.
ange, m., angel.
anim-al, -aux, m., animal, animé, -s, animated, lively.
anneau» m , ring.
année, -s, f., year.
anniversaire, in., anniversary.
annon-ca, announced; -cer, to an-
nounce.
annuelle, yearly.
ans, m., year.
antérieur, -e, front. anxieu-se, -x, anxious; -sèment,
anxiously.
aperçut, -curent, -çu, perceived;
-cevant, perceiving.
appar-aissait, -u, appeared; -aitre,
to appear.
appartenait, belonged.
appel, m., call ; faire — , to ap-
peal.
appel-a, -ait, -aient, -èrent, -é, -ée,
-es, called ; -le, -lent, -ons, -ez,
call ; -era, will call.
appétit, m., appetite.
appliqua, s* — , applied, strove.
apporta, -é, brought; -er, to
bring.
appréciait, -é, -es, appreciated.
appr-endre, to leam; -it, -irent,
-is, learned; -enant, learning.
apprenti, -s, m., apprentice.
approbateur, approving.
approcha, -aient, -èrent, drew
near; -é, -ée, drawn near;
-ant, drawing near; -er, to
draw near.
approuvent, -ez, approve; -é, ap-
proved ; -assent, might approve.
après, after.
après-midi, afternoon.
arabe, m., Arabian.
VOCABULARY
arbre, m., tree.
arc-en-ciel, m., rainbow.
archevêque, m., archbishop.
architecte, m. , architect.
ardeur, f., ardor.
argent, m., money, silver.
arme, -s, f., weapon.
armée, -s, f., army.
armure, -s, f., armor.
arpent, m., pièce.
arrang-ea, -eait, -drent, -é, arrangea, ; -er, to arrange.
arrét-a, -èrent, -é, -ée, s'—,
stopped, arrested; -er, to stop,
to arrest.
arriv-a, -ait, -aient, -èrent, -ée,
-é, -es, arrived, came; -e,
cornes; -era, will corne; -er, to
come.
arrivée, f., arrivai.
Asie, f., Asia.
asile, m., asylum, shelter.
assembl-a, -èrent, -é, -ée, -es, -as-
sembled; -er, to assemble; -e,
assembles.
assemblée, f., assembly.
asseoir, to sit down; -eyait,
-eyaient, -irent, -is, -ise, sat
down.
assez, enough.
assidûment, assiduously.
assiég-é, -ée, besieged; -er, to be-
siege.
assiégeants, m., besiegers.
assistance, f., help, audience.
assombrit, s' — , darkened.
assujetti, fastened.
assur-a, -èrent, -é, -ée, assured;
-er, to assure.
astre, m., star, atelier, m., studio, workshop.
attach-a, -ée, -es, fastened; -ez,
fasten ; -er, to fasten.
attaque, f., attack.
attaquer, to attack.
atteint, reached, attained.
attend, waits; -ait, -aient, -it,
-irent, -u, waited; -ant, -wait-
ing ; -ez, wait ; -re, to wait.
attentivement, attentively.
attira, attracted.
au, aux, at the, to the, with the.
auberge, f., inn.
aucun, -e, any.
au-dessus, above, over.
augment-a, -ait, increased; -er,
to increase.
aujourd'hui, to-day.
auparavant, before.
auprès, near, with.
auquel, to which.
aur-a, -as, -ai, -ons, -ez, -ont, will
hâve; -ais, -ait, -ions, -iez,
-aient, would hâve.
aussi, as, also ; aussi . . . que,
as . . . as.
aussitôt, as soon.
autant, as much, as many.
autel, m., altar.
automne, m., autumn.
autour, around.
autre, -s, other.
Autriche, f ., Austria.
aux, to the, with the ; — quelles,
to which.
av-ais, -ait, -ions, -iez, -aient,
had; -ez, -ons, hâve.
avan-ca, -cèrent, -ce, -cée, ad-
vanced; -ez, advance; -er, to
advance.
avance, 1, advance.
avant, before.
avare, m., miser, avaricious.
avec, with.
avenir, m., future.
aventure, -s, f., adventure.
aventurer, s* — , to venture.
aveuglé, blinded.
avez-vous, hâve you; qu' — , vohat
is the matter f avis, m., opinion.
avoine, f., oats.
avoir, to hâve.
avoua, -é, s'—, acknowîedged ;
-er, to confess; -ez, confess.
ay-ons, -ez, let us hâve, hâve;
-ant, having.
bâche, f., hood.
bague, f., ring.
baigna, bathed.
bailli, in., bailiff.
bais-a, kissed ; -er, to kiss.
baissa, lowered, dropped.
bal, m., bail.
balais, m., broom.
balbutia, stammered.
banc, m., bench.
banda, bandaged.
banquet, m., banquet.
barbares, m., barbarians, bar-
barous.
barbe, f., beard. barrer, to bar, to cross, to dam.
barrique, f., hogshead.
bas, low, bottom.
bataille, -s, f., battle.
bateau, m., boat.
batelier, m., boatman.
bâtisse, -s, f., building.
bâton, m., stick.
batt-ait, was beating ; -it, clapped ;
-u, beaten.
beau, -x, beautiful, fine; au —
milieu, in the very middle;
avoir — , to be in vain.
beaucoup, much, many ; à — près, beauté, f., beauty. [nearly.
bébé, m., baby.
bêche, f., hoe.
bel, -le, beautiful ; — et bon, well
and good; de plus belle, still
more.
belle-fille, f., daughter-in-law.
bénédiction, -s, f., blessing.
bén-ir, to bless; -ira, will bless;
•issaient, -i, blessed.
béquèteront, will peck.
berger, m., shepherd.
besoin, -s, m., need.
bête, -s, f , beast y stupid.
beurre, m., butter.
bibliothèque, f., library.
bien, well, very, surely, good, U is
true ; voulez — , are willing ; —
que, although ; ou — , or else. bienfait-eur, -rice, benefactor.
biens, m., property.
bientôt, soon.
bijou, -x, m., jewel.
bisaïeule, f., great-grandmother.
blanc, -he, -s, white.
blanchir, to bleach.
blanchisseuse, f., washerwoman.
blé, m., whrat.
blessé, wounded, wounded man.
bleu, -e, -s, blue.
bloc, m., block.
boeuf, -s, m., ox.
boir-e, to drink ; -a, will drink.
bois, m., wood, drink.
boîte, f., box.
boiteuse, lame.
bon, -ne, -s, good.
VOCABULARY
bond, m., jump.
bonheur, m. , happiness, luck.
bonne, f., nurse, girl.
bonté, -s, f., goodness, kindness.
bord, -s, m., edge, horder.
borne, -s, f., lirait; sans — , un-
limited.
bouche, f., mouth.
boucl-a, buckled ; — er, to buckle. boucle, f., buckle.
bouillie, f., gruel, mush.
bouillon, m., broth.
bourse, -s, i.,purse.
bout, m., end, bit.
bouteille, f., bottle.
bras, in., arm.
brave, worthy, gond, brave, bravement, undauntedly.
brida, -é, bridled; — er, to bridle.
bride, f., bridle.
brillait, was shilling; -e, shines;
-ant, shining ; -er, to shine.
bris-é, -ée, broken ; -er, to break.
brouter, to crop, to pastnre.
bruit, -s, m., noise.
brûler, to burn ; -é, -ée, burned.
brusque, sudden.
brusquement, suddenly.
bu, drunk; -t, -vaient, drank;
-vez, drink.
buisson, -s, m., bush.
but, m., aim.
ça, that ; ah — , corne now.
cabane, -s, f . , hnt.
cabaret, -s, m., saloon.
cabinet, m., closet, study.
cabriolet, in., gig.
cacha, -èrent, hid; -é, -ée, -es,
hidden ; -ez, hide ; -er, to hiile.
cadavre, m., corpse.
cadeau, m., présent.
cadence, 1, cadence, time.
cadi, m. , judge.
cage, f., cage.
caisse, f., box.
calculait, -é, counted ; -er, to count.
calme, calm.
calm-ée, calmed ; -er, to calm.
calomnie, f., calumny, slander.
camarades, in., comrades.
campagne., f., conntry.
cane, f., duck.
canif, m., penknife.
canne, f., cane.
cantique, -s, in., hymn.
capacité, f . , capability, contents.
capitale, f., capital.
capote, f., hood.
capti-f, -ve, captive.
car, for, because.
caractère-s, m., characters.
caresser, to caress.
carnassier, -s, çarnivorous.
carrefour, m., crossroads.
carte blanche, f ., full powers.
casque, m., helmet.
cass-é, -ée, broken; -er, to break;
se — a, broke.
cathédrale, t, cathedral.
causer, to cause, talk; -ant, causing t
talking ; -é, -ée, caused, talkeà.
caution, f., bail.
cavalier, m., horseman.
cave, 1, cellar.
ce, cet, cette, tins, that, it.
ce-ci, this; -la, that.
céd-a, yielded ; -er, to yield.
ceinture, f., belt.
célébration, f., célébration.
célébré, celebrated, renowned.
céleste, -s, heavenly.
celle, -s, f., this one, that.
celui, m., this one, that; -ci, this
one.
cendre, -s, f., ashes.
cent, -s, m., hundred. • cependant, however, still.
cérémonie, f., ceremony.
cerf, -s, m M deer, stag. certain, -e, certain, certainement, certainly.
cerveau, m., brain.
ces, thèse, those.
cess-a, -ais, -èrent, -é, -es, ceased;
-er, to cease.
cesse, f., ceasing.
ceux, those.
chacun, -e, each, every.
chagrin, m., grief.
chair, î.,flesh.
chaleur, f., heat.
chambre, f., room.
champ, -s, m., field; sur-le ,
immediately. »
chance, f., chance, luck.
chang-ea, -é, -ée, -ées, changea;
se — er, to change.
changement, m., change.
chanson, f., song.
chant, m., singing.
chant-a, -ais, -ait, -èrent, -iez,
sang ; -é, sung ; -e, sings ; -ant,
singing ; -er, to sing.
chapeau, m., hat.
chapelle, f., chapel.
chaque, each, every.
charge, f., load, cargo, charge.
chargea, took charge, loaded.
chariot, m., cart, chariot.
charité, f., charity.
charme, m., charm.
charmé, -ée, charmed, delighted.
chass-a, chased, drove away; -é, driven away ; -er, to drive away, to hunt.
chasse, f., hunt, chose.
château, m., castle.
chatouillait, tickled.
chaud, -e, warm.
chaudement, warmly.
chauff-é, -ée, warmed, heated.
chaumière, f., thatchedroofed cottage.
chef, m., chief y head cook.
chemin, m., road, way.
cheminée, f., chimney, manteU pièce.
chemise, f., shirt.
cher, chère, dear.
cherch-a, -ait, -èrent, -é, sought; -ant, seeking ; -erait, would seek; -er, to seek.
chéri, -e, beloved, darling.
chev-al, -aux, m., horse ; à cheval.
on horseback.
chevalier, m., knight.
chevauché, traveled along on horseback.
cheveux, m., hair.
chèvre, -s, f., goat.
chez, at the house of; — lui, at his place.
choeur, m., chorus.
chois-ir, to choose ; -i, -ie, chosen ; -issez, choose; -ira, -iront, wiïl choose.
choix, m., choice.
chômait, idîed, loafed.
chose, -s, f., thing; si peu de — »
so little.
chou, -x, m., cabbage.
chrétien, -s, Christian.
chronique, -s, f., chronide.
VOCABULARY
cie-1, -ux, m., sky, heaven; bleu
de ciel, sky blue.
cimetère, m., scimitar.
cimetière, m., cemetery.
cinq, fine; -ième, fifth.
cinquante, fifty.
cire, f., wax.
ciseaux, m., scissors.
clair, -e, light, clear.
clairement, clearly.
clairière, f., clearing.
clameur, -s, f., noise, clamor. clef, -s, f ., key.
clientèle, f., custom.
client, -s, m., customers t clients.
cloche, -s, f., bell.
clocher, m., spire, belfry.
cloître, m., cloister.
clopin-clopant, hobbling.
clou, -s, m., nail.
cœur, m., heart; de bon —, heart-
ily y willingly, coffres-forts, m., safes, strong boxes.
coin, m., corner.
colère, f., wrath, anger.
collation, f., refreshments.
collier, m., necklace.
colline, f., hill.
colonel, m., colonel.
colora, -é, colored ; -er, to color.
colossale, large, colossal.
colport-ait, peddled; -er, to ped-
dle.
combatt-re, to fight; -u, fought,
struggled.
combien, how much, how many.
comique, comical.
command-a, -èrent, -é, commanded,
ordered; -e, orders; -er, to or-
der.
comme, as, like.
commença, -çait, -çaient, -cèrent,
began; -ce, -cée, -ces, begun;
-er, to begin ; -cera, will begin ;
-cerait, would begin; -çant, be-
ginning.
commencement, m., beginning.
comment, what, how.
commerce, m., trade.
commis, m., clerk.
commis, -e, committed.
commission, -s, f., errand.
communale, of the district.
commune, f., district.
communicatif, communicative.
compagn-e, -on, m., companion.
compar-er, to compare; -é, -ée,
compared.
compas, m., compassés.
compl-et, -ète, complète ; -ètement,
wholly.
compliment-a, complimented ; -er,
to compliment.
compos-a, -é, -ée, composed; -er,
to compose.
compr-end, -ends, -enez, under-
stand; -endre, to understand;
-enait, -is, -it, understood.
compt-ait, counted; -e, counts;
-er, to count.
compte, m., account.
comte, m., count.
comtesse, f., countess.
conclu-re, to conclude; -ut, con-
cluded.
condamn-a, -é, -ée, condemned;
-er, to condemn.
conducteur, m., leader.
condui-re, to lead; -sait, -sit, -t,
-te, led; -ront, will lead; -sant,
leading.
conduite, f ., conduct.
confess-a, -é, -ée, confessed; -er,
to confess.
confesseur, m., confessor.
confi-a, -é, -es, -ions, confided; -er,
to confide, to trust, to entrust.
confiance, f., trust, confidence.
confisqu-és, -ées, confiscated.
confondre, se — , to confound, to
redouble.
conform-a, -é, conformed; -er, to
conform.
confus, -e, confused, shy.
connaissance, f , knowledge; perdre
— , tofaint.
conn-aître, to know; -aît, knows;
-aisse, may know ; -aissait,
knevo ; -u, -ue, known.
conseil, m., advice.
conseill-a, -é, -ée, advised; -er, to
advise.
consentement, m., consent.
consent-ir, to consent; -it, -i, -ais,
-irent, consented; -irait, would
consent ; -ira, will consent.
conséquent, par — , consequently,
hence.
conserve, keep.
considération, f., considération,
esteem.
consol-a, -é, -ée, consoled; -er, to
comfort.
consolation, f., comfort.
construction, f., building.
construi-re, to build; -sait, -sit,
-sirent, -te, -t, built ; -sant,
building.
consultation, f., consultation.
cont-a, related; -er, to relate.
conte, -s, m., story, taie.
contempl-a, é-, contemplated ; -er,
to contemplate.
conten-ait, -u, contained; -ir, to hold, or contain.
content, -e, -s, glad, contented.
contentement, m., content.
contenter, to satisfy, to content.
contiendra, will hold.
continu-a, -ait, -aient, -é, -ée, -èrent, continued; -er, to continue.
contre, against.
contrée, -s, f., country.
convainc-u, convinced; -re, toconvince.
convenable, suitable.
convenablement, suitably.
conven-ait, suited, acknowledged ; -ir, to suit, to acknowledge.
convention, f., agreement.
copie, f., copy.
coq, m., cock, rooster.
coque, f., shell.
coquin, -e, rascal, rascally.
corbeille, f., basket.
corde, f., rope.
cordialement, cordially.
cordonnier, m., shoemaker.
cornes, f., horns; à trois — , threecornered.
correct, -e, -s, correct.
correctement, correctly.
corridor, m., hall.
côte, f ., hillside, side, rib ; — à — , side by side.
côté, m., side, direction; à — , alongside, beside.
cotillon, m., the German.
cou, m., neck.
couch-a, -èrent, se — a, went to bed ; -é, -ée, gone to bed; -er, to go to bed, to lie down.
VOCABULARY
coucher, to go to bed; chambres
à — , bedrooms.
cou-dre, to sew ; -sait, -su, sewed ;
-sant, sewing.
coup, m., blow, stroke; — d'œil,
glance; — de pied, kick; tout
à — , suddenly.
coup-er, to eut; -e, -ez, eut; -a,
-é, -ée, -èrent, eut; -ant, cutting;
-era, voill eut; -ât, might eut.
cour, f., court, yard; faire la — ,
to woo.
courageu-x, -se, brave.
couraient, -ut, -urent, ran; -u,
run; -ir, to run; -ant, running.
courant, m., current.
couronn-a, -ée, crowned; -er, to
crown.
couronne, -s, f., crown.
couronnement, m., coronation.
course, f., gait.
coursier, m., steed.
court, -e, short.
courtisan, -s, m., courtier.
coûte, costs ; -que coûte, cost vohat
it may, at any priée ; -er, to cost ;
-é, cost.
coutume, f., custom.
couturière, f., seamstress.
couvent, m., convenu couver, to hatch ; se mit à — , be~
gan to hatch ; mit — , set a hen.
couvert, -s, -e, covered.
couvr-aient, -it, covered; -ir, to
cover.
crai-gnant, fearing ; -nt, -gnait,
-gnions, feared; -nt, -ns, -gnez,
-gnons, fear; -ndre, to fear;
-ndrais, would fear; -ndra, will
fear.
crainte, f., fear.
crayon, m.,pencil.
créateur, m., creator.
crème, -s, f., cream, custard.
crève, burst, put ont.
cri-a, -é, -èrent, cried, screamed]
-er, to cry or scream ; -ant,
screaming.
cris, m., cries.
crist-al, -aux, m., crystal.
critique, critical.
critique, f., criticism.
cro-ire, to believe; -is, -it, -ient,
-yez, believe; -yais, -yait, be~
lieved; -yant, believing.
croissant, growing, increasing.
croix, f., cross.
crosse, f., crozier.
croûte, f., crust.
cruauté, f., cruelty.
cruche, f. f jar, crock, jug.
crucifié, crucified.
cruel, -le, cruel.
cruellement, cruelly.
cru, -t, believed.
cueill-i, -ies, picked ; -ir, to pick.
cuillère, f., spoon.
cuillerées, f., spoonfuls.
cuire, to cook.
cuisinière, f., cook.
cuivre, m. , copper, brass.
culotte, f., knee breeches.
cultiv-a, -ait, -aient, -èrent, -é,
cultivated; -er, to cultivate.
curieu-x, -se, odd, curions, inquisi-
tive.
curiosité, f., curiosity.
cymbales, f., cymbals.
damas, m., damask.
dame, f., lady.
dangereusement, dangerously.
dans, in, into.
dans-a, -ait, -aient, -èrent, -é, danced; -er, to dance.
danse, f ., dance.
danseu-r, -rs, -ses, dancer, partner.
de, of /row, with, to.
dé, m., thimble.
débarrass-a, -é, -ée, got rid of; -er, to get rid of.
déboucl-aient, -é, uribuckled.
debout, standing.
décembre, m. , December.
déchir-aient, tore; -é, torn; -ent, tear; -er, to tear.
décid-a, -é, -èrent, decided; -e, décides ; -er, to décide.
déclar-a, -ait, -é, -ée, -èrent, declared; -ant, declaring ; -er, to déclare.
déconcert-é, disconcerted ; -er, to disconcert.
décourag-e, discourage; -es, disconraged ; -er, to discourage.
découvert, discovered.
découvr-ir, to discover; -it, discovered.
décret, m., decree.
décrét-a, -é, decreed ; -er, to decree.
décri-re, to describe; -vit, described.
défaire, to undo ; s'en — , to get rid of.
défaut, m., fault.
défend-it, -irent, -u, forbidden, defended; -ez, forbid, défend; -rons, toill forbid or défend; -re, to forbid or défend.
défense, f., prohibition.
déguis-é, disguised; -er, to disguise.
dehors, out; en — , outside.
déjà, already.
déjeuné, breakfasted.
délai, m., delay.
délices, f., delight, pleasure.
délicieu-x, -se, delicious.
délivr-a, -ée, delivered; -erait,
would deliver ; -er, to deîiver.
demain, to-morrow.
demand-a, -ait, -aient, -èrent, -é,
-ée, asked; -erait, would ask;
-era, will ask; -e, asks; -er, to
ask; -ant, asking.
démarche, -s, f., step, inquiry.
démesur-é, -ée, immeasurable, out
of proportion, very large.
demeure, -s, f ., dwelling.
demeur-er, to dwell ; -a, -ais, -ait,
-aient, -é, dwelt; -ent, dwell.
demoiselle, f., young lady, spin-
ster.
démon, m., démon.
dent, -s, f ., tooth.
dentelle, f., lace.
départ, m., departure.
dépend, dépends ; -re, to dépend dépens-a, expended, spent; -er, to
spend.
déposa, deposited; -er, to deposit.
dépôt, m., deposit.
depuis, since.
déraisonnable, unreasonable.
dérang-é, disturbed; -er, to dis-
turb.
dern-ier, -ière, last.
derrière, behind. des, «owe, of the.
dès, from ; — que, as soon as.
désappointé, -ée, -es, disappointed.
désappointement, m., disappoint-
ment.
VOCABULARY
descend, cornes down ; -re, to corne
down; -it, -irent, -u, descended;
-ant, descending.
désensorceler, to exorcise.
désert, m., désert.
désert, -e, deserted.
désespoir, m., despair.
désir, m., désire , wish.
désir-ait, -é, desired; -er, to wish
for.
désireux, désir o us.
désobéissance, f., disobedience.
désolé, in despair.
désordonné, -ée, unruly.
désormais, henceforth.
desséchée, dried up.
dessert, m., dessert.
dessin, m., drawing.
dessin-a, -ait, drexo; -é, drawn;
-er, to draw ; -eriez, would
draw.
destin-e, destines; -ait, -ée, des-
tined ; -er, to destine, to intend.
déterrer, to dig up.
détestée, disliked, hated.
détresse, f., distress.
détrui-re, to destroy ; -sit, destroyed.
dette, f., debt.
deux, two.
devait, ought, was to, owed, must.
devant, in front of deven-ir, to become; -u, -ue, -us,
become; -ant, becoming.
devi-ent, becomes; -nt, became.
devin-e, guesses; -er, to guess;
-ez, guess.
devise, f., motto.
devoir, m., duty, task.
devoir, must, to owe, ought.
dévor-er, to devour; -é, -ée, -aient,
devoured.
dévou-é, -ée, -es, devoted.
dévouement, m., dévotion.
diable, m., devil.
diamant, -s, m., diamonds.
Dieu, Qod; -x, gods.
différend, m., quarrel.
difficile, -s, difficult.
dimanche, m., Sunday.
diminuait, -é, diminished; -e,
diminishes ; -er, to diminish.
dîn-é, dined ; -er, to dine.
dîner, m., dinner.
diocèse, m., diocèse.
di-re, to say ; -t, -sait, -saient,
-siez,- rent, said ; -sant, saying ;
-se, may say; -s, -sent, say;
-ront, will say.
dirig-er, to direct ; -eaient, directed.
discours, m., speech.
discuter, to discuss.
disgrâce, f., disgrâce.
dispar-aître, to disappear ; -aissait,
-ut, -u, -us, disappeared.
disparition, f., disappear ance.
disposer, to dispose.
dispute, -s, f., quarrel.
disput-er, se — , to quarrel ; -é, -es,
quarrelled.
dissip-é, -ée, dissipated, scattered.
distingu-é, distinguished ; -er, to
distinguish.
distrait, -e, absent-minded.
distribu-er, to distribute ; -a, -è rent,
-é, -es, distributed; -ant, distrib-
uting.
dites, say.
dix, ten; -ième, tenth.
docile, gentle, tractable.
doigt, m., finger.
doi-t, -vent, must, owes, ought.
dolente, doleful.
domestique, -s, servant.
dommage, m., damage; c'est — , it is a pity.
don, m., gif t.
donc, therefore, hence.
donn-a, -aient, -ait, -iez, gave; -é, ée, -ées, given ; -era, -erai, -erons, will give ; -erait, -eraient, would give; -ât, might give; -er, to give ; -e, -ez, give ; -ant, giving.
dont, ofwhich.
dorm-ait, -aient, -i, slept; -ir, to 8leep.
dos, m., back.
dot, f., dowry.
dou-ce, -x, sweet ; -cernent, sweetly.
douleur, t., pain, grief.
dout-ait, -é, se — , suspected; -er, to suspect, doubt.
doute, m., doubt.
douze, twelve.
drachme, f., dram.
droit, right, straight.
du, ofthe, some.
duc, m., duke.
dûment, duly.
dupé, deceived, duped.
dur, -e, hard.
dur-a, lasted; -ent, last, oxoed; -er, to last.
eau, -x, f., water. eau-de-vie,
brandy.
ébah-i, amazed, abashed; -ir, to
amaze.
éblou-i, dazzled ; -ir, to dazzle.
ébranl-ée, shaken, shattered; -er,
to shake.
échange, m., exchange.
échapp-a, -é, -ée, s* — , escaped; -er,
to escape.
écharpe, f., scarf.
éclair-ait, lighted up; -er, to lightup.
éclat-a, burst forth ; -er, to burst
forth.
éclips-ait, would éclipse; -er, to
éclipse.
école, f . , school.
économie, f , economy, savings.
écoula, -é, -ée, -es, elapsed; -er,
to elapse.
écout-a, -é, -ais, -ait, listened; -er,
to listen.
écras-é, crushed; -er, to crush.
écri-a, -èrent, s* — , cried ; s* — er,
to cry.
écri-re, to write; -t, -te, written;
-vant, writing.
écriture, f., writing.
écu, -s, m., dollars.
écurie, f., stable.
écuyer, m., horseman, man-at-arms.
édifice, m., building.
effaça, -ce, -cée, effaced; -er, to
rub out.
effet, effect; en —, indeed.
effrayant, -e, frightful.
effray-é, -ée, s' — , frightened ; -er,
to frighten.
effroi, m., terror.
égale, even, equal.
égar-a, -èrent, s' — , went astray;
-er, to go astray.
égay-er, to enliven, to cheer up.
église, -s, f., church.
élan-cer, s' — , to spring ; çant,
springing.
élev-a, -é, -ée, -èrent, raised,
brought up ; -eront, will raise;
-eraient, would raise; -er, to
raise ; -ent, raise.
élévation, f., élévation, height.
VOCABULARY
Blie, Elijah.
éloign-a, -èrent, went away; -é,
gone away ; s' — er, to go away, éloquemment, eloquently.
embarras, m., embarrassment.
embarrass-é, -ée, embarrassed ; -er,
to embarrass.
embras-é, aflame ; -er, to set flre.
embrass-a, -é, embraced ; -ant, em-
bracing ; -er, to embrace.
émouvoir, s* — , to be moved.
empar-é, seized ; s* — er, to seize ;
•erait, would seize.
empêch-er, to hinder; -ait, pre-
vented ; -e, hinders, prevents.
empêcher, s' — , prevent, help,
hinder.
empereur, m., emperor.
emport-ée, -a, -èrent, carried away ;
-er, to carry away.
empir-a, grew worse ; -er, to grow
worse.
emplo-yé, -yées, -yés, employed;
-yer, to employ ; -ierait, would
employ.
emportement, m., anger, rage.
empress-a, -èrent, -é, -ée, hast-
ened; s' — er, to hasten.
emprisonner, to imprison.
ému, moved.
en, of it, some, any, of them, 6y,
in ; m' — vais, Iam going away. enchant-é, -es, -ée, delighted ; -er,
to delight.
encore, yet, still, again, more.
encouragé, -ée, -ea, encouragea;
-er, to encourage.
endimanch-é, -ées, dressed in their
Sunday clothes.
endorm-it, -i, -ie, fell ' asleep;
s' — ir, to fall asleep*
endroit, m., place.
enfant, -s, child.
enfer, -s, m., hell.
enferm-a, -é, -ée, lockedup; s' — er,
to lock one's self up.
enfila, threaded, put on.
enfin, at last.
enfon-çait, drove in, sank in ; -cer,
to sink or drive in.
enfourcher, to bestride.
enfuit, s'—, fled.
engag-er, to engage ; -ea, engaged.
enlev-ée, -é, -a, carried off; -er, to
carry off.
ennemi, -s, -e, enemy.
ennuyeux, boring y bothersome.
énorme, enormous.
enregistrer, to register, to check.
enseignement, -s, m., teaching.
enseign-er, to teach ; -a, taught.
ensemble, together; tout — , the
whole. ensoleill-é, -ée, sunny.
ensorcel-é, -ée, bewitched.
entaille, f., eut, slit.
entam-é, broken into ; -er, to break
into ; -erait, would break into.
entend-ait, -it, -irent, -u, heard;
-s, hear; -ant, hearing ; -re, to
hear ; s'y — re, to underslajid,
be an expert; -u, heard, expert;
bien entendu, of course.
enterrement, m., funeral, burial.
enterr-er, to bury ; -ât, might bui-y.
ent-ier, -ière, whole; -ièrement,
wholly.
entouré, -ée, -a, -èrent, sur
rounded; -er, to surround.
entraîner, to drag on, to entice.
entre, between.
entrée, f., entrance, hall.
entreprendre, to undertake.
entreprise, f., undertaking.
entr-er, to enter ; -a, -èrent, -é, -ée,
-ait, entered ; -eriez, would enter;
-erai, mil enter; -ez, enter.
entreten-aient, conversed; s'— ir,
to converse.
entrevu, caught a glimpse of.
entr' ouvert, -es, ajar, half-open.
envah-i, -ie, -it, invaded; -ir, to
invade.
envelopp-a, -é, -ée, uorapped up;
-ez, wrap up ; -er, to wrap up.
envers, towards.
envie, f ., désire, envy.
envié, -ée, -ait, envied; -er, to
envy.
envieuse, envious, jealous.
environ, -s, m., neighborhood.
environant, -es, neighboring.
envol-a, flew away ; s' — er, to fly
away.
envoy-é, -ées, -es, -a, -èrent, sent ;
-ez, send; -er, to send; -ant,
sending.
épais, -se, thick.
épanou-ir, to bloom; -irent,
bloomed.
épargné, -ait, spared.
épaule, -s, f., shoulder.
épée, f ., sword.
époque, f., epoch, era, time.
épousa, -èrent, married; -er, to
marry ; -erait, would marry.
épouse, f., wife.
épouvantable, frightful.
épouvante, f ., terror.
époux, m., husband, consort.
épreuve, f., trial.
éprouv-er, to expérience ; -a, -ée, ex-
perienced; -e, expériences, tries.
épuis-é, -ée, -ées, exhausted.
ermite, m., hermit.
err-ait, -é, wandered; -er, to wan-
der.
erreur, f., error.
érudition, f., learning.
escalier, -s, m., staircase.
escort-ait, -é, escorted; -er, to
escort.
escorte, f ., escort.
espèce, f ., kind, species.
esp-érait, -éra, -éré, hoped; -ère,
hope ; -érer, to hope.
espoir, m., hope, esprit, m., wit, mind, intelligence,
spirit.
esquisse, f ., sketch.
esquiss-é, -ée, outlined, sketched;
-er, to sketch.
essai, m., attempt.
essay-a, -ait, -é, -èrent, tried;
-ons, let us try ; -er, to try, est, w, belongs.
estime, f ., esteem.
estomac, m., stomach.
et, and.
établ-ir, to settle ; -it, settled.
ét-ais, -ait, -aient, -iez, -ions,
was or were; -ant, being ; -é,
been.
étang, ni., pond. état, m., state.
été, m., summer.
étend-it, -u, extended, spread out;
-re, to spread out.
éternité, f., eternity.
êt-es, are ; -re, to be.
étoffe, -s, f ., stuff.
étoile, -s, f., star.
étonnant, -e, astonishing, surpris-
ing.
VOCABULARY
étonné, astonished; -er, to astonish.
étonnement, m., astonishment.
étrange, -s, strange.
étranger, -s, m., stranger.
étrier, -s, m., stirrup.
étudier, to study.
eu, -s, -t, -rent, had.
eux, they, them.
évanou-i, fainted; s' — ir, to
faint.
évêque, m., bishop.
évidemment, evidently.
évident, -e, évident. exacte, -s, exact.
exagéré, -ée, -es, exaggerated;
-er, to ezaggerate.
examin-a, -ait, -é, -ée, examined;
-ant, examining ; -er, to examine ; eut beau examiner, vainly
examined.
excellent, -e, -es, excellent.
except-é, except; -er, to except.
exécut-a, -ait, -èrent, -é, -ée, exe-
cuted; -er, to exécute.
exemple, m., example.
exercice, m., exercise.
exhort-ait, -ée, exhorted; -er, to
exhort.
exig-ea, -eait, -é, exacted; -erai,
mil exact; -e, exacts; -er, to
exact.
exil, m., exile.
exil-é, -ée, -es, exiled; -er, to
exile.
exist-e, exists; -er, to exist.
exorciser, to exorcise.
experiment-é, -ée, experienced ;
-er, to expérience.
expert, -s, m., expert.
expirer, to die.
explication, f., explanation.
expliqu-er, s' — , to explain; -é,
explained.
expos-er, to expose; -erez, mil
expose.
expressi-f , -ve, expressive.
exprimer, to express.
exquise, exquisite.
extraordinaire, extraordinary.
extrémité, f., extremity, end.
fabrique, f., manufacture.
f abriqu-er, to make ; -a, made.
fâch-é, -ée, angry, sorry.
facile, easy; -ment, easïly.
facilit-er, to make easy.
façon, f.,fashion.
faible, weak; -ment, weakly.
faillit, nearly, almost (idiomatic).
faim, hunger; j'ai — , I am hun-
gry ; à ma — , according to my
hunger.
fai-re, to make ; -tes, -s, -t, make
or makes; -sais, -sait, -saient,
made; -sant, making; -t, -te,
made, done ; se fait, happens.
faisan, m., pheasant.
fallait, was necessary.
fameusement, famously.
familièrement, familiarly.
famille, f.,family.
farfadet, m., will-o^-the-wisp.
fasse, may make, may do.
fatigue, f., weariness.
fatigu-é, -ée, -es, weary.
faudr-a, will be necessary; -ait,
would be necessary.
faut, 18 necessary.
faute, f., fault; — de, from lack
of; ne se firent pas — de, were
not backward about. fauteuil, m., armchair.
faux, false.
faveur, f., favor.
favori, -te, favorite.
fée, -s, f.,fairy.
fei-gnant, feigning ; -ndre, tofeign.
femme, f., woman, wife; — de
chambre, maid.
fenêtre, -s, f., window.
fer, m., iron; -s, shoes.
fer-ai, -a, -as, -ons, -ont, will make
or do ; -ait, would make or do.
ferm-a, -aient, shut ; -er, to shut.
ferme, f., far m.
ferme, flrm.
fermi-er, -ère, farmer.
féroce, -s, wild.
f err-er, to shoe ; -é, -ée, shod.
festin, m. , feast.
f êt-a, feasted ; -er, to celebrate.
fête, f., feast, festival; faisaient — ,
were feasting.
feu, m., fire.
feu, -e, deceased.
feuille, -s, f., leaf.
feuillet-a, turned over the leaves;
-er, to glance over.
feutre, m., felt, felt hat.
fianc-é, -ée, betrothed.
ûûèle, faithful ; -ment, faithfully.
fi-er, -ère,proud; -èrement,proudly.
fièvre, f ., fever.
fiévreusement, feverishly.
figure, f., face.
figur-ez, imagine ; -er, to imagine.
fil, m., thread.
fille, -s, f., girl, daughter.
fils, m., son.
fin, f., end; -alement, finally.
fin-i, -ie, -is, -it, -irent, finished;
-is, finish; -it, finishes; -ir, to
finish ; -issant, finishing.
fi-t, -rent, made, said, had.
fix-é, fastened ; -er, to fasten ; -e,
fastens.
fixement, fixedly.
flamme, -s, f.,flame.
flâner, to loaf, to linger.
flatt-ant, petting ; -er, to pet or
flatter.
fleur, -s, t,flowers.
fleur-i, -ie, -ies, bloomed; -ir, to
bloom.
fleuve, m., river.
foi, î. t faith.
foin, m., hay.
fois, f., time; à la — , at once;
une — , once. folie, -s, i.yfollies.
fond, m., bottom.
fond-rait, would melt ; -re, to
melt.
fontaine, f ., fountain.
fonte, -s, f., holsterë.
for-ca, -ce, forced ; -cer, to compel ;
-cerait, would force or compel.
force, -s, f., strength, à — de, by
dint of.
forêt, -s, î.,forest.
form-a, -é, -aient, formed; -e,
forms; -er, toform.
fort, very.
fort, -e, strong.
fortifier, to strengthen.
fou, folle, crazy, wild.
foudre, f., thunderbolt.
foule, f., crowd.
fournir, tofurnish.
frais, fraîche, fresh.
fraise, -s, f., strawberry.
fran-c, -che, frank ; -chement,
frankly.
franc, -s, m., a franc (tvoenty cents).
VOCABULARY
frapp-a, -ait, -aient, -é, struck,
knocked ; -er, to strike, to knock.
fray-er, se — , to make; -èrent,
made.
fredonn-ant, humming ; -er, to
hum.
frère, -s, m., brother.
fringant, frisky.
froid, -e, cold.
fromage, m., cheese.
front, m., forehead.
f rott-a, se — , rubbed ; -er, to rub.
fureur, f . , fury.
furieu-se, -x, angry, furious.
furtivement, slyly.
fu-s, -t, -rent, was or were; fût,
fussiez, might be.
gages, m., wages.
gagn-é, -es, -a, -ait, earned, won ;
-er, to win or earn.
gai, -e, gay; -ement, gaily.
gain, m., gain.
galamment, gallantly.
galant, gallant.
galop, m., gdllop.
garçon, m., boy, waiter, bachelor.
gard-ait, -aient, -é, guarded, kept,
watched ; -erons, toill keep ; -ez,
keep, watch ; -er, to guard, keep.
garde, f ., care.
garde-chasse, m., keeper.
garnie, -s, trimmed, garnished.
gât-é, -a, -iez, spoiled; -erai, will
spoil ; -er, to spoil.
gâteau, -x, m., cake.
géant, -s, m., giant.
gên-erai, will hinder; -er, to hin-
der, to be in the way. généralement, generally.
génération, f., génération.
généreu-x, -se, gênerons, rich.
genoux, m., knees, lap ; à — ,
kneéling.
gens, f., people.
gentil, -le, kind, nice.
gentilshommes, m., noblemen.
geste, m., gesture.
gisait, was lying.
gliss-a,-é, slipped, glided; se— er,
to slip or glide.
gloire, f ., glory.
gnome, m., dwarf.
gonfl-ait, was swelling; -er, to
swell.
gorge-de-pigeon, many-hued.
goudron, m., tar.
goût, m., taste.
goût-a, -èrent, -é, tasted; -er, to
taste.
gouvernante, f., housekeeper.
grâce, -s, f., grâce, thanks.
grand, -s, -e, -es, large, talL great.
grandeur, f., size.
grand-ir, to grow ; -irent, grew.
grange, -s, f., barn.
granité, m., granité, gras, -se, fat.
gravé, -s, engraved; -er, to engrave.
gravement, gravely.
gravir, to climb.
grignot-aient, nibbled; -er, to nib-
ble.
grimpa, -aient, climbed; -er, to
climb.
grommel-a, grumbled; -er, to
mutter.
grond-a, -ait, -é, scolded, rumbled ;
-e, scolds ; -er, to scold, rumble.
gros, -se, -ses, large, big, fat.
grotte, f., grotto.
groupe, m., group.
group-és, grouped ; -er, to group.
guère, scarcely, hardly.
guerre, f ., war.
guise, f., guise.
habile, skillful; -ment, skillfully.
habiller, to dress.
habit, -s, m., coati clothes.
habitant, -s, m., inhabitant.
habit-é, -ée, inhabited.
habitude, f., habit.
habituelle, usual.
haillon, -s, m., rag.
haleine, f., breath.
halet-ant, panting ; -er, to pant.
hâte, f ., haste ; à la — , hastiîy.
haut, -e, -s, high, tall; là — , up
there ; tout — , out loud.
haut, m., height; en — , on top.
hennissement, m., neighing.
herbe, f ., grass.
hérit-er, to inherit; -erait, would
inherit.
hésit-a, hesitated; -ant, hesitat-
ing ; -er, to hésita te.
heure, f ., hour, Urne ; — dite, at a
certain hour; de bonne — , early;
à la bonne — , that is right.
heureu-se, -x, happy ; -sèment, hibou, m., owl. [happily.
hier, yesterday.
hisser, hoist ; fit — , had hoisted.
histoire, f., story, history.
hiver, m., winter.
homme, -s, m., man.
honneur, m., honor.
honor-er, to honor; -erez, will
honor.
honte, f., shame.
horreur, f., horror, hors, out.
horticulteur, m., horticulturist.
hospitalité, f., hospitality.
hôte, -s, m., host, guests.
huit, eight.
humblement, humbly.
humeur, f., bad temper, crossness. humide, damp.
ici, hère.
idéal, -e, idéal.
idée, -s, f., idea.
il, -s, he, they, it ; — y a, there w,
there are, ago.
imagin-er, s' — , to imagine; -ez,
imagine; -aient, -é, -a, imagined.
imit-aient, imitated; -er, to imi-
tate.
immédiatement, immediately, immobile, motionless.
immortaliser, to render immortal;
-era, will render immortal.
impassible, unemotional.
impatiemment, impatiently.
impatient-é, impatient; s' — a,
got out of patience.
impérieux, imperious.
implor-ait, implored; -er, to implore.
impotent, -s, impotent, lame.
imprécation, -s, f., oath.
inclin-a, bowed; s' — er, to bow.
incommode, -s, inconvénient.
inconnu, -e, unknown.
Indes, f., India.
indign-é, -ée, indignant.
indiqu-er, to point out; -é, -ée,
indicated; -ez, point out.
industrie, f., industry.
industrieu-se, -x, industrious.
infidèle, faithless.
infidélité, f ., faithlessness,
VOCABULARY
informe, -s, awkward, ungainly.
ingéni-a, strove to invent; s' — er,
to strive to invent.
ingrat, -e, ungrateful.
injuste, unjust.
inond-a, -êe.Jlooded; -er, toflood;
-ent, flood.
inondation, L,Jlood.
inquiét-ait, troubled; s 1 — er, to
be troubled.
inquiétude, f., uneasiness.
inscri-re, to inscribe ; -vit, in-
scribed.
insist-a, -ait, insisted ; -er, to insist.
inspect-é, inspected; -er, to in-
spect.
institu-a, -é, -ée, instituted; -er,
to institute.
intacte, whole.
intense, intense.
interdit, speechless, amazed.
intéress-a, interested; s' — er, to
take an interest.
intérêt, m., interest.
intérieurement, inside.
interrogatoire, m., hearing.
interrog-é, -ea, questioned; -er, to
question.
inutile, useless.
invent-a, -é, invented; -er, to invent.
invit-a, -é, invited; -er, to invite ;
-eraient, would invite.
ira, -ai, -ont, will go; -ait, would
go.
ironique, sarcastic.
isolé, isolated.
ivre, -s, intoxicated.
jalou-se, -x^jealous.
jamais, ever; ne . . . — , never.
jambe, -s, m., leg ; à toutes — s,
asfast as he could run.
jambon, m., ham.
jardin, m., garden.
jardinier, m., gardener.
jaune, yellow.
je, /.
jet-é, -ée, -es, thrown ; -a, threw ;
-er, to throw ; -ant, throwing.
jeun, à — , fasting.
jeun-ais, fasted;. -erai, will fast;
-er, tofast.
jeune, -s, young.
joie, tjoy.
joli, -e, -s, pretty.
jou-ait, -é,played; -ant, playing;
-er, toplay.
jou-ir, to enjoy.
joujou, -x, m., plaything.
jour, -s, m., day.
journalier, m., day laborer, daily.
journée, f., day long.
journellement, daily.
joyeu-se, -x, joyful ; -sèment, joy-
fully.
juge, m., judge.
jug-eait, judged; -era, will judge ;
-er, to judge.
jugement, m., sentence.
Juif, m., Jeto.
juin, m., June.
jument, -s, f., mare.
jur-a, -èrent, swore; -é, sworn; -e,
swear; -er, to swear.
jusqu'à ce que, until.
juste, right.
justesse, f., correctness, exact ness.
la, the, it, her.
là, there; là- bas, yonder.
laborieu-se, -x, industrious.
lac, m., lake.
laiss-a, -èrent, -é, -ée, left; -ez,
leave ; -ant, leaving ; -er, to leave.
laisse, en — , by the leading rein.
lait, m., miîk.
lambeau, -x, m., bits, tatters.
lament-a, -ait, lamented; -er, to
lament.
langes, m., swaddling clothes.
langue, f., tongue.
languir, to languish.
lanterne, f., lantern.
laquelle, which.
larme, -s, f., tear.
lasser, to weary.
le, the, him, it; -quel, which.
léchées, licked ; -er, to lick.
leçon, -s, f., lesson.
lecture, f., reading.
légende, -s, f , legend.
légu-é, -a, bequeathed; -er, to be-
queath.
légume, -s, m., vegetable.
lendemain, m., morrow, next day.
lentement, slowîy.
les, the, them.
lestement, promptly, deftly.
lettre, -s, f., letter.
leur, -s, them, their, theirs.
lev-a, -ait, -èrent, raised, got up;
se lever, to rise.
lèvre, -s, f., Up.
libre, free.
lieu, m., place; au — , instead;
avoir — , to happen, take place.
lieue, f., league.
ligne, f., Une.
lilas, m., lilac.
limite, -s, f., limit.
limpide, -s, limpid.
linge, m., linen, clothes.
lingot, m., ingot, bar.
lire, to read.
liste, f., list.
lit, -s, m., bed.