‹ Contes et légendesChapitre 8 sur 13 · LA CLOCHE D'ATRI · texte numérisé non relu

LA CLOCHE D'ATRI

Quelques minutes après le juge arriva sur la place publique, escorté de la plupart des habitants de la ville, et vit, non pas un homme ou une femme, mais un pauvre cheval bien maigre, qui, faute de mieux, mangeait les feuilles de la vigne attachée à la corde de la cloche.

Indigné d'avoir été dérangé pour si peu de chose, il demanda avec» impatience :

44 A qui est ce cheval, et que fait-il ici ? "

Alors on lui raconta que le cheval appartenait à un grand seigneur des environs, qu'il avait été beau et fringant dans le temps, qu'il avait porté son maître dans bien des batailles, et que plus d'une fois il lui avait sauvé la vie par la rapidité de sa course. Mais, petit à petit, le coursier fringant était devenu vieux, et comme son maître était très avare, il avait donné ordre de le mettre à la porte, afin qu'il pût paître le long des chemins et sous les arbres.

Le pauvre cheval, vieux et boiteux, avait erré ainsi pendant bien des jours sans trouver assez de nourriture pour satisfaire à sa faim, et en arrivant enfin à la ville, il s'était arrêté pour manger les feuilles de vigne.

Le juge, dont la mauvaise humeur était entièrement dissipée, fit venir le maître du cheval, et après l'avoir bien interrogé, il découvrit que tout ce qu'on lui avait dit était parfaitement vrai. Alors il déclara que puisque le cheval avait fidèlement servi son maître tant qu'il en avait eu la force, le maître serait forcé, par

la loi, de le nourrir et de le loger convenablement, aussi longtemps qu'il vivrait, et de le traiter avec le plus grand respect.

Les habitants de la ville reçurent ce décret avec des exclamations de joie, et déclarèrent que leur cloche était supérieure à toutes les autres, vu que même les animaux pouvaient obtenir justice et faire appel contre la cruauté de leurs maîtres. Quant au # cheval, il fut reconduit en triomphe à son écurie, où son maître fut obligé de lui donner la meilleure place, et où il eut tout plein de foin et d'avoine tant qu'il vécut.

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