Contes et légendes [microforme]
Lorsqu'on m'a demandé de vous adresser la \ parole ca soir, j’ai trouvé qu'on me faisait un grand honneur. Lorsqu'on m’a d-mandé de vous parler du livre que j’ai publié dernièrement et que j'aiinti- <: tulé ‘‘ Contes et Légendes ”’......
Bien, c’est une chose périlleuse et, d’après le grand Pascal, haïssable de parler de soi, surtout en public.
Parler de ses œuvres est peut-être plus délicat encore. Passe pour les mamans. On les écoute patiemment nous raconter les gentillesses de leur progéniture, leur esprit, leur intelligence précosse et, en raison de leur tendresse maternelle, on leur pardonne tout.
Que voulez-vous ? Ce sont des mamans, qui ont pour elles ce dicton danois : pour un corbeau, le plus bel oiseau de toute la création est une petite corneille,
C'est d’une petite corneille que l’on m’a priée de vous parler ce soir et j’ai eu la faiblesse d'accepter, flattée dans ma maternité littéraire, du grand honneur
que l’on me faisait, 2756251
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L'œuvre que }’on crée on ’aime, et il est toujours agréable de parler de ce qui nous est cher.
Le livre que vous écrivez, vous l’aimez follement. Ce livre, même quand il est encore en manuscrit, semble avoir une âme. Ce livre, c’est votre enfant... Vous veillez sur lui avec un soin extrême : vous n’aimez pas le quitter mémeuninstant. Souvent, la nuit, vous vous éveillez en sursaut : c’est que vous venez de rêver que vous avez perdu votre manuscrit, fruit de tant de veilles et de labeurs !....
Le livre que vous écrivez, ie le répète, c’est votre enfant. Vous le voy.. se développer sous vos yeux chaque Jour ; vous rêvez pour lui un avenir heureux et brillant.
Ce charmant poète Gaëtane de Montreuil, qui a bien voulu écrire la préface de ‘‘ Contes et Légendes, ”? dit que ‘‘ce n’est pas aussi facile que cela parait d’écrirepour les enfants.” Etc’est vrai.
Si vous voulez écrire pour les petit8, vous devez user d’infinies précautions. L'âme de Meutss est comme une cire molle, apte à subir toutes les impres-
‘sions. L’enfant est un lecteur sincère et impressionna"\le : un mot mal sonnant, une expression négligée peu faire à l’enfant un tort presque irréparable.
Parlons d’abord des contes ; ensuite nous dirons quelques mots des légendes.
J'ei eesayé d’attacher une petite morale à mes contes, Le conte intitulé ‘‘ La Fée ambitieuse;” et
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celui intitulé ‘* La Voleuse, ”’ enseignent aux enfants que l'ambition, poussée à l’extrême, produit souvent de désastreux effets. Dans le ‘‘ Le Secret de la Citerne”’” et aussi ‘(La Captive,” je démontre que la curiosité est un défaut qui porte souvent son propre châtiment. Dans le conte intitulé ‘‘ Germaine”? et dans celui intitulé ‘ Le Mouse au Visage d’Ange,’? j'er eigne aux petits que la désobéissance est un péché, puni souvent dès ce monde.
J'ai voulu rendre d’autres contes un peu instructifs. Dans ‘‘ En jouant au désert,” je donne aux enfants une idée de ce que sont les déserts. Dans le conte ‘‘ La Perle de l’Océan,’? je leur donne une idée de ce que sont les océans et les mers. Dans le conte ‘Monique, ”” je donne aux enfants une idée de ce qui se passe dans le centre de la terre. Je conduis mes jeunes lecteurs dans une houillère et je leur fais connaître la vie, les habitudes et les mœurs des mineurs.
Il m’a été particulièrement agréable d'écrire ce conte, car j'avais encore tout frais à la mémoire le souvenir d’une excursion que j'ai faite un jour dans une mine de charbon de la Nouvelle Ecosse.
Ce genre d’excursion étant peu banal, j'ai pensé que je pourrais vous intéresser en vous racontant la mienne.
Depuis longtemps, j'étais aiguillonnée du désir de descendre dans une houillère. Ce désir devint à un tel point irrésistible, qu’un beau jour, je partis
pour Westville, où se trouve, je crois, la mine de char. bon la plus considérable de laNouvelle Ecosse. J’arrivai à Westville à deux heures de l’après-midi, par une journée ensoleillée de juillet.
La première chose que je remarquai à Westville, ce fut l’absence totale de fleurs et de fleurettes. La poussière du charbon, de ce charbon qu’on extrait de la mine, en si grande quantité, tous les jours, semble être mortelle pour les fleurs et les p'antes. Cette poussière de charbon s’attache à tout : à nos habits, à notre personne... Elle s'attache surtout à nos poumons ; nous l’aspirons cette poussière «t nous en ressentons une irritation de la poitrine qui est fort désagréable. Elle noircit tout, cette poussière... Tout est noir à Westville : l'herbe est noire, les arbres sont noirs, les maisons, dont quelques unes sont peinturées en blanc, sont plaquées de noir. Faitesvous une promenade d’une demi-heure dans les rues de Westville, vous revenez à votre hôtel, le visage masqué de noir. Cueillez-vous un brin d’herbe, vous en restez les doigts tachés de noir. Appuyez-vous votre main sur un arbre ; quand vous la retirez, elle est teinte de noir... Et le beau firmament bleu de Westville, vous ne l’entrevoyez qu’à travers un nuage noir.
Autre chose remarquable à Westville— chose et infiniment, triste celle-là —c’est que cette ville contient un très grand nombre d’infirmes, Le propriétaire de l’hôtel où j'étais descendue, un vieillard,
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marchait à l’aide de deux béquilles et, accoudée à une fenêtre, je vis passer quantité d’hommes à qui il manquait soit un bras, soit une jambe.
‘Que d’infirmes ! ’ m’écriai-je.
L'hôtelier m’entendit et il me répondit :
‘Oui, il y a un nombre considérable d’infirmes à Westville. C’est que, voyez-vous, lorsque nous sommes jeunes nous voulons tous travailler dans la mine de charbon ; le salaire des mineurs, voilà ce qui nous tente. Nous avons l’ambition d’accumuler vite une petite fortune ou, du moins, une confortable aisance, Mais, hélas, il arrive tant de malheurs dans ces malheureuses mines : explosions, éboulis, etc... Moi qui vous parle, 'je suis resté quarante-huit heures enseveli sous des monceaux de charbon... On m'a sauvé la vie; mais ma jambe avait été broyée.., Mine de malheur !?? continua l’hôtelier, en levant son poing fermé, ‘‘ on sait quand on y descend ; mais on ne sait jamais si on en remontera.”’ Puis, entr’ouvrant les rideaux d’une fenêtre, cet homme me désigna un monument représentant un mineur.
‘Ce monument a été érigé à la mémoire de cent. soixante-quinze mineurs, qui ont trouvé la mort dans la houillère de Westville, il y a deux ans ! ”’
Je sentis mon enthousiasme d’explorateur s’éva. nouir quelque peu après ce discours, je l’avoue ; mais j'étais venue à Westville expressément pour descendre dans la mine, allais-je abandonner mon projet si près du but?
©F de descendre dans la mine. Il eut l'air surpris.
Ver: les quatre heures de l’après-midi, je me readis chez l'inspecteur, à qui je fis part de mon désir
‘Voilà douze ans qu’il n’est pas descendu de dames dans 12 houillère de Westville,”” me dit-il.
—" Mais, je suis venue à West ville expressément pour cela!” m’écriai-je, croyant voir une certaine hésitation dans les yeux de l’inspecteur.
—‘‘ Je descends examiner certains travaux dans un quart d'heure,’ me dit-il, ‘‘ vous descendrez avec moi si vous le désirez. Mais, auparavant, déposez dans ce coffre-fort, votre montre et autres bijoux. ??
Je dus donner mon nom et mon adresse et dire si j'avais une famille, etc. Toutes ces précautions qu’on prenait pour une simple excursion, m'effrayaient bien un peu! Je me coiffai d’une casquette de mineur. Cette casquette, quoique faite en étoffe bien souple, préserve la tête de bien des coups. L’inspecteur me remit ensuite une lanterne. Cette lanterne qu’on accroche à sa ceinture, est pourvue d’une mèche pas plus grosse que le petit doigt ; mais la lumière que produit cette mèche, projette une clarté suffisante dans la mine.
Avec l’inspecteur, je m’installai dans le char et nous commençame. à descendre dans ces noires profondeurs... Ces : hars sont faits en forme d’escalier, sans rampe, sans entourage. On s’assied tout simplement sur une des marches de cet escalier et le
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char commence sa descente, descente qui semble ne devoir jamais finir! Bientôt le jour disparait et, aussitôt, je ressens une sorte de suffocation, d’oppression, de piquements dans les bouts de: doigts, de bourdonnements dans les oreilles, sans compter le battement de cœur. Je fais part de ces malaises à l'inspecteur qui me répond:
‘Oh! ce n’est rien cela ! Je descends ici tous les jours même plusieurs fois par jour et, chaque fois, j'éprouve ces petits inconvénients.
Petits inconvénients ! ! Je croyais eu mourir !!
Enfin le char s'arrête. ‘Nous voilà arrivés’? dit l'inspecteur, ‘nous sommes ici à douze-cents pieds sous terre.””
Douze-cent pieds sous terre !.. Il me sembla tout: à-coup que je sentais sur mes épaules tout le poids de cs tonnes de terre et de charbon !! Mon oppression devint plus grande encore; j’étouffais littéralement !
Nous entrâmes dans une sorte de couloir, long d’une trentaine de pieds et l’inspecteur se mit à examines les travaux de charpenterie. Car il se fait de la charpenterie continuellement dans une houillère : il faut que les voûtes soient supportées, ans quoi il y aurait effordrement et Lien dee pauvres mineurs se trouveraient emprisonnés pourtoujours. Ettandis que l'inspecteur inspectait, je revins à l’entrée du couloir, j'élevai ma lanterne au-dessus de ma têteet je regardai: ce n'était quo coulcirs et boyaux
ténébreux se croisant en tous sens et j’aperçus, accrochées ici et là, de grandes pancartes portant ce mot très-rassurant : ‘‘ Danger, ’? écrit en lettres longues de deux pieds.
“{Ciel!”” pensai-je, combien vite en s'égarerait dans ces noirs dédales !
Soudain, je fus prise d’une sorte de paniqueet je voulus revenir dans le couloir où j'avais l’aissé l’inspecteur... Je marchai pendant quelques secondes ; mais je ne voyais nulle part le fanal de l’incpecteur... Alors je compris: je m’étais trompée de couloir ; il y en avait tant !... Je fus saisie d’une horrible crainte et je revins sur mes pas... du moins, je le crus... Mais, dans mon égarement, n’aveis-je fait que continuer ma route?.., Ce couloir me semblait sans fin... Bientôt, un frisson d’horreur me secoua de la tête aux pieds, car jé compris que je m'étais égarée dans la mine ! Je me mis à appeler, à crier. .. Mais la voix ne porte pas à douze-cents pieds sous terre ; on se croirait atteint de surdité: on entend à peine sa propre voix...
Découragée, je m’affaissai sur un monceau de charbon et je pleurai.:. Alors, je me rappelerai cette poésie intitulée ‘‘ Les Catacombes de Rome,’ où le jeune homme perd le fil qui conduisait ses pas et dont la bougie s’éteint enfin le laissant dans une complète obscurité. Pendant combien d’heures mu lanterne éclairerait-elle ?... Et, quand elle s’éteindrait enfin, que deviendrai-je dans cette effreuse nuit ? Je le sa
vais bien, je mourrais de peur. Je me rappelai les précautions prises par l'inspecteur avant ma descente dans la mine. On avait mon nom et mon adresse ; on écrirait à mes proches, qui verseraient bien quelques larmes sur mon malheureux sort, et c’est tout. Jamais on ne me retrouverait ; sion me retrouvait un jour, par hasard, il ne resterait de moi qu’un horrible squelette. Je me mis à trembler d’épouvante, mes cheveux se redressèrent sur ma tête : javais peur de mon propre squelette !...
Tout-à-coup —Dieu soit loué !—j’aperçus la lumière pâlotte d’un fanai. Jamais étoile de première grandeur ne m'avait semblée aussi belle ni aussi brillante!..,
‘Vous avez voulu faire une petite excursion solitaire ” dit la voix del’inspecteur. ‘‘ Nel’essayez plus ; rien n’est plus facile que de s’égarer dans la mine, croyez-le ”?
Inutile de le dire, après cela, je ne quittai plus l'inspecteur d’une semelle. Pendant au-delà d’une heure je me promenai dans la ho‘ïillère, à sa suite. Nous allions d’un couloir à un autre et à certains endroits, il fallait ramper tant la voute était basse. Plusieurs fois, pendant la promenade à travers la mine, je crus sentir quelque chose me frôler les pieds ; je n’en fis aucun cas, pensant que c'était des parcelles de charbon détachées qui roulaient sur mes pieds... D'autres fois, quelque chose semblait se poser sur mon Casque de mineur ; de cela non plus
je ne fis aucun cas, croyant que c'étaitune voue, trop basse, que ma tête aurait frôlée en passant. Si j'avais su à quoi m'en tenir!!... Je lesus ; mais seulement lorsque je fus sortie de la mine... heureusement !
En entrant dans une petite pièce, j'entends le hennissement d’un cheval.
‘Comment! Il y a des chevaux ici!” m’écriai-je.
—‘‘Il y en a une trentaine dans la houillère ?? me fut-il répondu. ‘‘Ce sont eux qui transportent les chars chargés de charbon, de l’endroit de leur chargement jusqu’à la voie ferrée,
Cette existence est dure pour les pauvres bêtes, aussi au bout de quelques années, (deviennent-elles incapables de travailler dans la mine ; il faut les remonter à la surface du sol. Pour descendre les chevaux dans la houillère ou pour les remonter, on les attache aux chars avec ile fortes courroies de cuir.
J’entendis tout-à-coup un bruit épouvantable, comme le grondement du tonnerre. Je m'arrêtai, effrayée. On m’expliqua que ce bruit étrange c'était celui d'une explosion partielle. .. Je crus m’évanouir; mais il me fut expliqué que cette explosion avait eu lieu à un mille ou deux de l'endroit où nous étions. |
‘Si c'était plus rapproché,” dit l'inspecteur, ‘nous serions déjà dans l'éternité,’
Quel endroit idéal n'est-ce pas ; on voudrait y passer sa vie! Comme dit la romance: ‘C’est là que je voudrais vivre, et mourir. ??
Malgré le bruit des chars, remontant à la surface du sol, chargés de charbon et descendant dans la mine, allèges; malgré le bruit des pics, attaquant continuellement la paroi, un silence de mort semble planer dans la houillère... Les mineurs passent comme des ombres silencieuses. On les aperçoit à peine ; on n’aperçoit souvent que la lumière de leurs î fanaux : on dirait des feux follets, Voyez-vous ces | deux fanaux qui se croisent en route : ce sont deux mineurs qui se rencontrent. : Mais ils se rencontrent en silence, sans échanger de gai bonjour. Plus loin, F on voit trois ou quatre fanaux ensemble : ce sont trois
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ou quatre mineurs qui travaillent de concert ; mais ils travaillent en silence, sans échanger de propos joyeux. Jamais on entend siffler gaiement dans la mine ; ces hommes, pauvres malheureux, sont là pour travailler et travailler durement. Ils savent bien qu’ils risquent leur vie tous les jours pour gagner leur pain et celui de leur famille. Oui, c’est un triste lieu qu’une houillère : c’est le lieu de l'obscurité, du silence et souvent—trop souvent hélas—de la plus affreuse des morts!
Voici que j’entends le bruit d’une machine qui fonctionne avec régularité! Ce sont les pompes à air. Je m’appuie sur une sorte de corniche, de charbon, naturellement, et j’aspire avec délices cet air artis
ficiel. .. Ces pompes, qui distribuent l'air respirabie dans la mine, si elles cessaient de fonctionner... ce serait la mort à coute échéance. J’en avais assez, plus qu’assez et je ne demandais qu’à sortir de cette houillère que j'avais tant voulu explorer. Avec quel bonheur je pris place dans le char ! L’ascension commença ; j'avais le dos tourné à l’entrée de la mine. Tout-à-coup un mineur, qui remontait avec nous me dit:
‘Regardez là haut !’?
Je regardai et je vis comme une toute petite étoile ; c'était le jour, l’air, la lumière!... Il faut
avoir été privé de ces choses essentielles pendant une couple d'heures pour savoir les apprécier...
Revenue au bureau de l’inspecteur pour reprendre ma montre et payer cet homme qui m'avait servi de guide, je lui fis part de mes impressions.
‘Que je plains ces pauvres mineurs |”? dis-je, Puis, après une pause j'ajoutai: ‘Je plains aussi ces pauvres chevaux ; comme ils doivent s’ennuyer là-dedans ! ”
— ‘Mais non,” dit un mineur, ‘ils ne s’ennuient pas car ils ont des compagrons,”” et cet homme se mitàrire. ‘‘ Les rats et les chauves-souris tiennent compagnie aux chevaux assurément | ”’
C’est aïiors que je me rappelai ces frôlements sur mes pieds et sur ma casquette. Comment n’y avais-je pas pensé?... Je le savais pourtant, pour
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l'avoir lu souvent, que les mines de charbon étaient infestées de rats et de chauves-souris, Si j'avais pensé à cela, la peur et le dégoût m’eussent empêchée de descendre dans la houillère, car, comme vous tous, j'ai horreur des rats et j'aimerais mieux, je crois, faire face à un lion dans le désert que de me sentir frôler par l’aile d'une chauve-souris !
Explorer une houillère, c'est intéressant et peu banal ; mais je ne conseille à personne d’en faire l'expérience, à moins que ce ne soit pour avoir le plaisir d’en parler plus tard, ou bien d’en écrire un article, une nouvelle, ou bien un conte, comme je l'ai fait pour celui de mon livre que j'ai intitulé ‘ Monique.’
Et ma ant, quelques mots des légendes :
Légende ‘eut dire, choses qui doiv: * être lues. Récit qui a souvent un fond vrai, mais y magination, la tradition ont transformé et ampliue.
Le mot légende s'applique à tout récit non authentique, qui est supposé être fondé sur la réalité des faits.
Rien n’est plus agréable qüe de créer une légende et aussi, j’ose le dire, rien n’est plu’ facile : il suffit d'avoir de l'imagination, de l’inspir::ion, et une tournure d'esprit quelque peu poétique.
Un soir, par distraction, vous jetez les yeux sur un coin du firmament. A quoi vous fait penser ce coin du ciel bleu, tout constellé d'étoiles?
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Ne représente-t-il pas à vos yeux un pan du manteau de la Vierge ?... Alors, de là à faire une légende que vous intitulez, si vous le désirez, ‘‘ Le Manteau de la Vierge,” il n’y a qu’un pas.
Tout dans la nature inspire la légende. Si vous faites une promenade dans les bois, dans les champs, dans les prés, tout ce que vous voyez peut vous suggérer une légende. Les arbres... Chaque arbre peut avoir sa légende. Les oiseaux qui chantent dans la feuillée peuvent avoir leur légende ; même les broussailles du sentier peuvent avoir leur légende... Que dire alors des fleurs? Chaque fleur a sa légende ; je devrais dire plutôt, à chaque fleur on peut attacher une légende.
Mon livre (puisque je vous entretiens de mon livre,) mon livre contient plusieurs légendes des fleurs. Je vais vous dire une de ces légendes ; je la choisis celle-là parce qu’elle est très courte. Je fis cette légende un jour que, me promenant dans les bois, j’aperçus une longue tige, au sommet de laquelle croissait une fleur blanche striée de carmin, Je cueille cette fleur et je l’examine ; elle affecte la forme d’un petit sabot... Je consulte mon herbier et je découvre que cette fleur se nomme le Cypripède, ou Sabots de la Vierge. Les sabots de la Vierge ! N’y a-t-il pas là une légende toute faite ?
LE CYPRIPÈDE À travers la Judée, une femme bien belle, Fuvyait hâtivement, portant l’Enfant-Jésus.
-1nis, voyez ce ruisseau. .. Comment passera-t-elle, Sans se blesser les pieds sur les cailloux aigus?. .,
mme.
RE CEE CPL RS,
Quel est 03 bruissement?, , , Ta Vie Et bientôt elle voit un ange radieux Qui, sur un long roszau, croissant seul sur la route,
Suspends des sabots blancs, mignons et gracieux. .. ,
rge- Mère écoute, ,
Depuis, le Cypripède orne sa verte tige
De sabots satinés, striés d’un pur carmin ; Car un auge, autrefois, opéra ce prodige ...
Et la Vierge avait pu poursuivre son chemin.
Mais il est un écrin qui contient des bijoux légendes : cet écrin, c’est l’Evangie. Ouvrez l’Evangile, lisez-en quelques pages : chacune de ces pages vous suggérera une ou plusieurs légendes. La vie de Notre Seigneur, de Bethléem au Golgotha, est si poétiquement belle qu’elle peut inspirer même l'âme la plus prosaïque.
Ces légendes, inspirées par l'Evangile, sont, nécessairement, graves ; elles portent, pour ainai dire, l'empreinte, le sceau du Calvaire.
Autour de la crêche de Bethléem, des milliers de légendes or s été tissées, Puis un jour, l’Enfant- Dieu essaie ses premierspas. Par l'imagination, ne voyez-vous pas ce tableau charmant? L’Enfant- Dieu posant timidement son pied mignon sur le plancher et maintenant l'équilibre de ses deux bras tendus.