XI. LA COUTURIÈRE
Certaine sœur, dans un couvent,
Avoit certain amant en ville,
Qu'elle ne voyoit pas souvent; La chose, comme on sait, est assez difficile. Tous deux eussent voulu qu'elle l'eût été moins; Tous deux, à s'entrevoir, apportoient tous leurs soins.
1 Ce conte , qui a été réclamé par Autrcau , parut d'abord dans l'édition de 1718.
Notre sœur en trouva le secret la première : Nonnettes, en ceci, manquent peu de talent.
Elle introduisit le galant,
Sous le titre de couturière.
Sous le titre et l'habit aussi ,
Le tour ayant bien réussi ,
Sans causer le moindre scrupule , Nos amants eurent soin de fermer la cellule, Et passèrent le jour assez tranquillement
A coudre, mais Dieu sait comment.
La nuit vint; c'étoit grand dommage,
Quand on a le cœur à l'ouvrage.
11 fallut le quitter : « Adieu, ma sœur, bonsoir!
— Couturière, jusqu'au revoir! »
Et ma sœur fut au réfectoire ,
Un peu tard, et c'est là le fâcheux de l'histoire. L'abbesse l'aperçut, et lui dit en courroux : « Pourquoi donc venir la dernière?
— Madame, dit la sœur, j'avois la couturière.
— Vos guimpes ont donc bien des trous , Pour la tenir une journée entière?
Quelle besogne avez-vous tant chez vous, Où jusqu'au soir elle soit nécessaire?
— Elle en avoit encor, dit-elle, pour veiller; Au métier qu'elle a fait , on a beau travailler,
On y trouve toujours à faire. »