‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 136 sur 144 · XII. LE GASCON · texte numérisé non relu

XII. LE GASCON

Je soupçonne fort une histoire, Quand le héros en est l'auteur.

1 Ce conte , qui a paru d'abord dans l'édition de 1718, n'est pas encore définitivement enlevé à La Fontaine, puisqu'on ne sait quel autre auteur lqi donner

L'amour-propre et la vaine gloire Rendent souvent l'homme vanteur.

On fait toujours si bien son compte, Qu'on tire de l'honneur de tout ce qu'on raconte.

A ce propos, un Gascon, l'autre jour, A table , au cabaret , avec un camarade ,

De gasconnade en gasconnade,

Tomba sur ses exploits d'amour. ,

Dieu sait si là-dessus il en avoit à dire ! Une grosse servante, à quatre pas de là,

Prêtoit l'oreille à tout cela, Et faisoit de son mieux pour s'empêcher de rire. A l'entendre conter, iln'étoit, dans Paris, De Chloris,

Dont il ne connût la ruelle ,

Dont il n'eût eu quelques faveurs; Son air étoit le trébuchet des cœurs.

Il aimoit celle-là, parce qu'elle étoit belle;

Celle-ci payoit ses douceurs :

Il avoit chaque jour des garnitures1 d'elle;

De plus, il étoit fort heureux;

Il n'étoit pas moins vigoureux :

Telle dame en étoit amplement assurée ;

A telle autre, en une soirée, Il avoit su donner jusques à dix assauts =

Ah ! pour le coup , notre servante Ne put pas s'empêcher de s'écrier tout haut :

k Malepeste! comme il se vante!

Par ma foi! je voudrois avoir ce qu'il s'en faut, s

1 Rubans pour garnir l'épée , le haut-de-c hausse ; dentelles pour garnir les manchettes , la chemise, etc.

Page 1