‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 15 sur 144 · DE LA SECONDE EDITION! DU PREMIER LIVRE DES CONTEE · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE EDITION! DU PREMIER LIVRE DES CONTEE

J'avois résolu de ne consentir à l'impression de ces Contes, qu'après que j'y pourrois joindre ceux de Boccacc, qui sont le plus à mon goût; mais quelques personnes m'ont conseillé de donner dès à présent ce qui me reste de ces bagatelles , afin de ne pas laisser refroidir la curiosité de les voir, qui est encore en son premier feu. Je me suis rendu à cet avis sans beaucoup de peine , et j'ai cru pouvoir profiter de l'occasion. Non-seulement cela m'est permis, mais ce seroit vanité à moi de mépriser un tel avantage. Il me suffit de ne pas vouloir qu'on impose en ma faveur à qui que ce soit, et de suivre un chemin contraire à celui de certaines gens, qui ne s'acquièrent des amis que pour s'acquérir des suffrages par leur moyen; créatures de la cabale, bien différents de cet Espagnol qui se piquoit d'être fils de ses propres œuvres. Quoique j'aie autant de besoin de ces artifices que pas un autre , je ne saurois me résoudre à les employer : seulement, je m'accommoderai, s'il m'est possible, au goût de mon siècle, instruit que je suis par ma propre expérience, qu'il n'y a rien de plus nécessaire. En effet, on ne peut pas dire que toutes saisons soient favorables pour toutes sortes de livres. Nous avons vu les rondeaux1, les métamorphoses2, les

' Cette dépréciation des rondeaux nous paraît être une allusion à l'entreprise poétique de Benserade, qui s'occupait alors de mettre en rondeaux les Métamorphoses d'Ovide.

2 Allusion à la pièce intitulée Métamorphose des yeux de Phillis

bouts-rimés1, régner tour à tour; maintenant ces galanteries sont hors de mode, et personne ne s'en soucie ; tant il est certain que ce qui plaît en un temps peut ne pas plaire en un autre! Il n'appartient qu'aux ouvrages vraiment solides, et d'une souveraine beauté, d'être bien reçus de tous les esprits et dans tous les siècles, sans avoir d'autre passe-port que le seul mérite dont ils sont pleins. Comme les miens sont fort éloignés d'un si haut degré de perfection, la prudence veut que je les garde en mon cabinet, à moins que de bien prendre mon temps pour les en tirer. C'est ce que j'ai fait ou que j'ai cru faire dans cette seconde édition, où je n'ai ajouté de nouveaux Contes, que parce qu'il m'a semblé qu'on étoit en train d'y prendre plaisir. Il y en a que j'ai étendus, et d'autres que j'ai accourcis, seulement pour diversifier et me rendre moins ennuyeux. On en trouvera même quelques-uns que j'ai prétendu mettre en épigrammes. Tout cela n'a fait qu'un petit recueil, aussi peu considérable par sa grosseur, que par la qualité des ouvrages qui le composent. Pour le grossir, j'ai tiré de mes papiers je ne sais quelle imitation des Arrêts d'Amour, avec un fragment où l'on me raconte le tour que Vulcain fit à Mars et à Vénus, et celui que Mars et Vénus lui avoient fait. Il est vrai que ces deux pièces2 n'ont ni le sujet ni le caractère du tout semblables au reste du livre; mais, à mon sens, elles n'en sont pas

en astres, par Germain Habert, abbé de Cerisy, de l'Académie française; cette pièce, publiée en 1639, passait pour le chefd'œuvre du genre.

1 Les bouts-rimés avaient fait fureur à l'époque de la Fronde, où tout le monde s'en mêlait.

2 C'étaient deux fragments du Songe de Vaux, une Imitation des Arrêts d'Amour recueillis par Martial d'Auvergne, jurisconsulte et poëte du quinzième siècle , et une ballade , que La Fontaine avait réunis, dans cette édition, à la première partie de ses Contes.

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