TREFACE DE LA PREMIERE EDITION
Nouvelles ', les vieilles traductions de Boccace2 et des Amadis^y Rabelais4, nos anciens poètes, nous en fournissent des preuves infaillibles. L'auteur a donc tenté ces deux voies, sans être certain laquelle est la bonne. C'est au lecteur à se déterminer là-dessus ; car il ne prétend pas en demeurer là, et il a déjà jeté les yeux sur d'autres Nouvelles pour les rimer. Mais , auparavant , il faut qu'il soit assuré du succès de celles-ci , et du goût de la plupart des personnes qui les liront. En cela , comme en d'autres choses, Térence lui doit servir de modèle. Ce poëtc n'écrivoit pas pour se satisfaire seulement, ou pour satisfaire un petit nombre de gens choisis ; il avoit pour but :
Populo ut placèrent qaas fecisset fabulas 5.
1 Les Cent Nouvelles nouvelles furent racontées vers l'an 1456, par Charles le Téméraire , depuis duc de Bourgogne , par le Dauphin de France , depuis roi sous le nom de Louis XI, et par •es seigneurs de leur maison, lorsque le Dauphin, cherchant à la cour de Bourgogne un refuge et un appui contre la colère de son père Charles VII, se retira au château de Genappe en Belgique. Antoine de La Sale , auteur de la charmante chronique du Petit Jehan de Saintré , fut le rédacteur des Cent Nouvelles nouvelles, qui ne sont pas inférieures à celles de Boccace.
2 Laurent du Premierfait a traduit le Decamerone de Boccace, au quinzième siècle , et Antoine Le Maçon, au seizième. La traduction de ce dernier est un chef-d'œuvre d'élégance et de naïveté.
3 Le célèbre roman d'Amadis a été traduit de l'espagnol, au seizième siècle, par Nicolas de Herberay, seigneur des Essarts, Gilles Boileau, Jacques Gohorry, Auberl de Poitiers, Gabriel Chapuis et quelques autres écrivains, qui savaient manier avec beaucoup d'habileté notre ancienne langue française.
4 La Fontaine avait pour Rabelais une admiration qui ne s'est jamais démentie. Peu de jours avant sa dernière maladie , raconte Brossette dans ses notes sur les œuvres de Boileau, étant à dîner chez M. de Sillery, évêque de Soissons, comme le discours tomba sur le goût de ce siècle : « Vous trouverez encore parmi nous, dit-il de tout son sérieux, une infinité de gens qui estiment plus saint Augustin que Rabelais. »
5 Antlria, prologue.