CONTE TIRÉ DES CENT NOUVELLES NOUVELLES
Messire Artus, sous le grand roi François 2,
Alla servir aux guerres d'Italie 3 ,
Tant, qu'il se vit, après maints beaux exploits,
Fait chevalier en grand' cérémonie.
Son général lui chaussa l'éperon;
Dont4 il croyoit que le plus haut baron
Ne lui dût plus contester le passage.
Si 5 s'en revint, tout fier, à son village,
Où ne surprit sa femme en oraison.
Seule il l'avoit laissée à la maison;
Il la retrouve en bonne compagnie ,
Dansant, sautant, menant joyeuse vie,
Et des muguets avec elle à foison.
Messire Artus ne prit goût à l'affaire ; Et, ruminant sur ce qu'il devoit faire : « Depuis que j'ai mon village quitté , Si j'étois crû, dit-il, en dignité De cocuage et de chevalerie !
C'est moitié trop. Sachons la vérité» i> Pour ce s'avise, un jour de confrérie, De se vêtir en prêtre , et confesser.
1 Nouv. lxxviii, avec le même titre. Mais ce conte se retrouve , avec des circonstances différentes , il est vrai , dans Boccace, Decamerone, giornata vu, novella 5.
2 Édition de 1668 :
Messire Artus -, dessous le roi François. C'est François Ier dont il s'agit.
:i Manuscrits de Gonrart :
S'en fut servir aut guêtres d'Italie.
* D'où, dans l'acception du mot latin unde. — 5 Ainsi, Sic.