‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 55 sur 144 · LES OIES DE FRERE PHILIPPE · texte numérisé non relu

LES OIES DE FRERE PHILIPPE

G'étoit un étrange partage. Le père, à tout cela, songeoit sur ses vieux ans.

Au reste , il étoit peu de gens

Qui ne lui donnassent la miche1.

Frère Philippe eût été riche , S'il eût voulu. Tous les petits enfants Le connoissoient, et, du haut de leur tête,

Ils crioient : Apprêtez la quête !

Voila frère Philippe! Enfin, dans la cité,

Frère Philippe souhaité Avoit force dévots , de dévotes pas une ,

Car il n'en vouloit point avoir.

Sitôt qu'il crut son fils ferme dans son devoir,

Le pauvre homme le mène voir Les gens de bien, et tente la fortune. Ce ne fut qu'en pleurant qu'il exposa ce fils.

Voilà nos ermites partis; Ils vont à la cité , superbe , bien bâtie ,

Et de tous objets assortie :

Le prince y faisoit son séjour.

Le jeune homme , tombé des nues , Demandoit : « Qu'est-ce là? — Ce sont des gens de cour. — Et là? — Ce sont palais. — Ici? — Ce sont statues... » Il considéroit tout, quand de jeunes beautés

Aux yeux vifs, aux traits enchantés, Passèrent devant lui. Dès lors, nulle autre chose

Ne put ses regards attirer.

Adieu palais, adieu ce qu'il vient d'admirer! Voici bien pis , et bien une autre cause D'étonnement!

Ravi comme en extase à cet objet charmant ,

1 Pain d'une ou deux livres. Les moines mendiants , qui vivaient d'aumônes, allaient de porte en porte chercher une miche de pain.

«Qu'est-ce là, dit-il à son père,

Qui porte un si gentil habit?

Gomment l'appelle-ton? » Ce discours ne plut guère

Au bon vieillard, qui répondit :

a C'est un oiseau qui s'appelle oie.

— 0 l'agréable oiseau! dit le fils plein de joie. Oie! hélas! chante un peu, que j'entende ta voix?

Peut-on point un peu te connoître t ?

Mon père, je vous prie et mille et mille fois,

Menons-en une en notre bois :

J'aurai soin de la faire paître. »

NOUVELLE TIRÉE DE MACHIAVEL2.'

Au présent conte , on verra la sottise D'un Florentin. Il avoit femme prise, Honnête et sage, autant qu'il est besoin, Jeune pourtant, du reste toute belle :

Et n'eût-on cru de jouissance telle Dans le pays, ni même encor plus loin. Chacun l'aimoit, chacun la jugeoit digne D'un autre époux : car, quant à celui-ci , Qu'on appeloit Nicia Calfucci, Ce fut un sot, en son temps, très-insigne. Bien le montra , lorsque bon gré mal gré ïl résolut d'être père appelé ; Crut qu'il feroit beaucoup pour sa patrie

1 Édition de 1685 :

Ne pourroit-on point te connoître?

2 La Mandragola est une comédie en cinq actes.

S'il la pouvoit orner de Calfuccis :

Sainte ni saint n'étoit en paradis,

Qui de ses vœux n'eût la tête étourdie ;

Tous ne savoient où mettre ses présents.

Il consultoit matrones , charlatans ,

Diseurs de mots , experts sur cette affaire :

Le tout en vain ; car il ne put tant faire

Que d'être père. Il étoit buté là,

Quand un jeune homme , après avoir en France

Etudié, s'en revint à Florence,

Aussi leurré * qu'aucun de par-delà;

Propre, galant, cherchant partout fortune,

Bien fait de corps, bien voulu de chacune.

Il sut, dans peu, la carte du pays;

Connut les bons et les méchants maris ,

Et de quel bois se chauffoient leurs femelles ,

Quels surveillants ils avoientmis près d'elles,

Les si, les car, enfin tous les détours;

Gomment gagner les confidents d'amours,

Et la nourrice , et le confesseur même ,

Jusques au chien : tout y fait , quand on aime - ;

Tout tend aux fins , dont un seul iota

N'étant omis, d'abord le personnage

Jette son plomb 3 sur messer Nicia,

Pour lui donner l'ordre de cocuage.

1 Terme de fauconnerie : dressé au leurre ; rusé.

2 Molière paraît s'être souvenu de ce passage dans ses Femmes savantes , qui furent représentées en 1672 , un an après la publication du troisième livre des Contes :

Un amant fait sa cour où s'attache son cœur ; Il veut de tout le monde y gagner la faveur, Et, pour n'avoir personne à sa flamme contraire; Jusqu'au chien du logis il s'efforce de plaire.

(Act. I , se. m.)

3 Expression proverbiale signifiant : vise à un but. On dit encore dans le même sens jeter son dévolu.

Hardi dessein! L'épouse de léans1, A dire vrai, recevoit bien les gens; Mais c'étoit tout; aucun de ses amants 3Ye s'en pouvoit promettre davantage.

Celui-ci seul, Callimaque nommé, Dès qu'il parut, fut très-fort à son gré. Le galant donc près de la forteresse Assied son camp , vous investit Lucrèce , Qui ne manqua de faire la tigresse A l'ordinaire , et l'envoya jouer 2.

Il ne savoit à quel saint se vouer, Quand le mari, par sa sottise extrême, Lui fit juger qu'il n'étoit stratagème, Panneau n'étoit, tant étrange semblât, Où le pauvre homme à la fin ne donnât De tout son cœur, et ne s'en affublât. L'amant et lui, comme étant gens d'étude, Avoicnt entre eux lié quelque habitude; Car Xice étoit docteur en droit canon : Mieux eût valu l'être en autre science, Et qu'il n'eût pris si grande confiance En Callimaque. Un jour, au compagnon, Il se plaignit de se voir sans lignée. A qui la faute? Il étoit vert galant; Lucrèce, jeune, et drue, et bien taillée. a Lorsque j'étois à Paris, dit l'amant, Un curieux y passa d'aventure.

Je l' allai voir : il m'apprit cent secrets, Entre autres un pour avoir géniture ; Et n'étoit chose à son compte plus sûre. Le grand Mogol3 l'avoit avec succès

• De ce logis , de ce lieu-là — 2 On dit maintenant dans le même sens envoyer promener quelqu'un. — 3 Dans l'édition de 1671, il y a Moqor, qni n'a jamais été qu'une faute d'impression.

Depuis deux ans éprouvé sur sa femme : Mainte princesse et mainte et mainte dame En avoient fait aussi d'heureux essais.

Il disoit vrai; j'en ai vu des effets. Cette recette est une médecine Faite du jus de certaine racine, Ayant pour nom mandragore ; et ce jus, Pris par la femme , opère beaucoup plus Que ne fit onc nulle ombre monacale D'aucun couvent1, déjeunes frères plein : Dans dix mois d'hui 2 je vous fais père enfin, Sans demander un plus long intervalle ; Et touchez là : dans dix mois , et devant 3 , Nous porterons au baptême l'enfant.

— Dites-vous vrai? repartit messer Nice : Vous me rendez un merveilleux office.

— Vrai; je l'ai vu!.. Faut-il répéter tant? Vous moquez-vous , d'en douter seulement? Par votre foi, le Mogol est-il homme

Que l'on osât de la sorte affronter 4 ? Ce curieux 5 en toucha telle somme , Qu'il n'eut sujet de s'en mécontenter. » Nice reprit : « Voilà chose admirable , Et qui doit être à Lucrèce agréable !

Quand lui verrai-je un poupon sur le sein? Notre féal , vous serez le parrain ; C'est la raison 6; dès hui 7 je vous en prie.

— Tout doux, reprit alors notre galant; Ne soyez pas si prompt, je vous supplie : Vous allez vite ; il faut auparavant

Vous dire tout. Un mal est dans l'affaire;

1 Allusion à cet axiome de Rabelais , dans Pantagruel : « L'ombre du clocher d'une abbaye est féconde. » — 2 D'aujourd'hui, à compter de ce jour. — 3 Auparavant. — '■ Tromper. — 5 Curieux de la nature, naturaliste, savant inventeur. — 6 C'est bien justice. — 7 Dès aujourd'hui.

Mais ici-bas put-on jamais tant faire , Que de trouver un bien pur et sans mal? Ce jus, doué de vertu tant insigne, Porte d'ailleurs qualité très-maligne :

Presque toujours il se trouve fatal A celui-là qui le premier caresse La patiente; et souvent on en meurt. » Nice reprit aussitôt : « Serviteur !

Plus de votre herbe ; et laissons là Lucrèce Telle qu'elle est. Bien grand merci du soin ! Que servira, moi mort, si je suis père? Pourvoyez-vous de quelque autre compère : C'est trop de peine; il n'en est pas besoin. L'amant lui dit : « Quel esprit est le vôtre ! Toujours il va d'un excès dans un autre. Le grand désir de vous voir un enfant Vous transportoit naguère d'allégresse ; Et vous voilà, tant vous avez de presse, Découragé sans attendre un moment, Oyez ' le reste ; et sachez que Nature A mis remède à tout , fors à la mort. Qu' est-il de faire, afin que l'aventure Nous réussisse , et qu'elle aille à bon port? Il nous faudra choisir quelque jeune homme D'entre le peuple, un pauvre malheureux, Qui vous précède au combat amoureux, Tente la voie , attire et prenne , en somme , Tout le venin : puis , le danger ôté , Il conviendra que de votre côté Vous agissiez sans tarder davantage ; Car soyez sûr d'être alors garanti.

Il nous faut faire in anima vili Ce premier pas, et prendre un personnage Lourd et de peu, mais qui ne soit pourtant

1 Écoutez ; du verbe ouïr

LA MâNDMGORE. 179

Mal fait de corps , ni par trop dégoûtant , Ni d'un toucher si rude et si sauvage , Qu'à votre femme un supplice ce soit.

Nous savons bien que madame Lucrèce , Accoutumée à la délicatesse De Nicia , trop de peine en auroit.

Même il se peut qu'en venant à la chose, Jamais son cœur n'y voudroit consentir.

Or ai-je dit un jeune homme, et pour cause ; Car plus sera d'âge pour bien agir , Moins laissera de venin , sans nul doute : Je vous promets qu'il n'en laissera goutte *. »

Nice d'abord eut peine à digérer L'expédient; allégua le danger, Et l'infamie; il en seroit en peine ; Le magistrat pourroit le rechercher , Sur le soupçon d'une mort si soudaine : Empoisonner un de ses citadins !

Lucrèce étoit échappée aux blondins : On l'alloit mettre entre les bras d'un rustre! « Je suis d'avis qu'on prenne un homme illustre, Dit Callimaque, ou quelqu'un qui bientôt En mille endroits cornera le mystère !

Sottise et peur contiendront ce pitaud2 : Au pis aller, l'argent le fera taire.

Votre moitié n'ayant lieu de s'y plaire , Et le coquin même n'y songeant pas, Vous ne tombez proprement dans le cas De cocuage. Il n'est pas dit encore Qu'un tel paillard 3 ne résiste au poison;

1 Pas du tout, pas une goutte. — 2 Rustre. On dit aujourd'hui palauà. Ce mot vient de pileux , qui dérive de pile, petite monnaie de billon , et qui s'entendait d'un homme de rien. — 3 Pauvre diable, homme du peuple.

Et ce nous est une double raisou

De le choisir tel , que la mandragore

Consume en vain sur lui tout son venin :

Car quand je dis qu'on meurt, je n'entends dire

Assurément. Il vous faudra demain

Faire choisir sur la brune le sire ,

Et dès ce soir donner la potion :

J'en ai chez moi de la confection.

Gardez-vous bien, au reste, messer Nice,

D'aller paroître en aucune façon.

Ligurio choisira le garçon;

C'est là son fait, laissez-lui cet office.

Vous vous pouvez fier à ce valet

Comme à vous-même ; il est sage et discret.

J'oublie encor que, pour plus d'assurance,

On bandera les yeux à ce paillard ;

Il ne saura qui , quoi , n'en * quelle part,

N'en quel logis, ni si dedans Florence,

Ou bien dehors, on vous l'aura mené. »

Par Nicia, le tout fut approuvé.

Restoit, sans plus, d'y disposer sa femme. De prime-face2, elle crut qu'on rioit; Puis se fâcha; puis, jura sur son âme . Que mille fois plutôt on la tueroit.

Que diroit-on, si le bruit en couroit?

Outre l'offense et péché trop énorme , Calfuce et Dieu savoient que de tout temps Elle avoit craint ces devoirs complaisants , Qu'elle enduroit seulement pour la forme. Puis, il viendroit quelque mâtin difforme L'incommoder, la mettre sur les dents ! t Suis-je de taille à souffrir toutes gens ?

1 N'en pour ni en, élision fréquente dans les anciens conteurs français. — 2 D'abord.

Quoi! recevoir un pitaud dans ma couche ! Puis-je y songer qu'avecque du dédain ! Et, par saint Jean! ni pitaud, ni blondin, Ni roi , ni roc1, ne feront qu'autre touche , Que Nicia , jamais onc à ma peau. »

Lucrèce étant de la sorte arrêtée ,

On eut recours à frère Timothée :

Il la prêcha , mais si bien et si beau ,

Qu'elle donna les mains par pénitence.

On l'assura, de plus, qu'on choisiroit

Quelque garçon d'honnête corpulence ,

Non trop rustaud, et qui ne lui feroit

Mal ni dégoût. La potion fut prise.

Le lendemain , notre amant se déguise ,

Et s' enfariné en vrai garçon meunier;

Un faux menton , barbe d'étrange guise :

Mieux ne pouvoit se métamorphoser.

Ligurio , qui de la faciende 2

Et du complot avoit toujours été ,

Trouve l'amant tout tel qu'il le demande ,

Et, ne doutant qu'on n'y fût attrapé,

Sur le minuit le mène à mêsser Nice,

Les yeux bandés , le poil teint , et si bien

Que notre époux ne reconnut en rien

Le compagnon. Dans le lit il se glisse

En grand silence ; en grand silence aussi ,

La patiente attend sa destinée ,

Bien blanchement3, et, ce soir, atournéc4.

Voire 5 , ce soir, atournée ! et pour qui ?

— Pour qui? j'entends : n'est-ce pas que la dame

Pour un meunier prenoit trop de souci?

1 Expression du jeu des échecs, où la tour se nomme roc. — 2 Intrigue, affaire; de l'italien faccenda. — 3 C'est-à-dire : en linge blanc. — 4 Parée. — 5 Vraiment.

Vous vous trompez. Le sexe en use ainsi.

Meuniers ou rois, il veut plaire à toute âme.

C'est double honneur, ce semble, en une femme,

Quand son mérite échauffe un esprit lourd ,

Et fait aimer les cœurs nés sans amour.

Le travesti changea de personnage ,

Sitôt qu'il eut dame de tel corsage

A ses côtés, et qu'il fut dans le lit.

Plus de meunier; la galande sentit

Auprès de soi la peau d'un honnête homme 1.

Et ne croyez qu'on employât au somme

De tels moments. Elle disoit tout bas :

a Qu'est ceci donc? Ce compagnon n'est pas

Tel que j'ai cru ; le drôle a la peau fine :

C'est grand dommage; il ne mérite, hélas!

Un tel destin : j'ai regret qu'au trépas

Chaque moment de plaisir l'achemine. »

Tandis 2, l'époux, enrôlé 3 tout de bon ,

De sa moitié plaignoit bien fort la peine.

Ce fut avec une fierté de reine

Qu'elle donna la première façon

De cocuage ; et , pour le décoron 4 ,

Point ne voulut y joindre ses caresses.

A ce garçon, la perle des Lucrèces

Prendroit du goût ! Quand le premier venin

Fut emporté , notre amant prit la main

De sa maîtresse ; et , de baisers de flamme ,

La parcourant : a Pardon , dit-il , madame ;

Ne vous fâchez du tour qu'on vous a fait ;

C'est Callimaque; approuvez son martyre :

Vous ne sauriez, ce coup, vous en dédire ;

1 C'est-à-dire : un homme d'honnête condition, sachant les bienséances. On disait alors un honnête homme, pour désigner quelqu'un bien né et de bonne compagnie. — 2 Pendant ce temps ; du latin tandem et lamdiu. — 3 Mis sur le rôle des maris trompés. — i Pour décorum, à cause de la rime.

Votre rigueur n'est plus d'aucun effet.

S'il est fatal * , toutefois , que j'expire,

J'en suis content : vous avez dans vos mains

Un moyen sûr de me priver de vie ,

Et le plaisir, bien mieux qu'aucuns venins,

M'achèvera; tout le reste est folie. »

Lucrèce avoit jusque là résisté ,

Non par défaut de bonne volonté ,

Ni que l'amant ne plût fort à la belle- Mais la pudeur et la simplicité

L'avoient rendue ingrate en dépit d'elle.

Sans dire mot, sans oser respirer,

Pleine de honte et d'amour tout ensemble,

Elle se met aussitôt à pleurer.

A son amant peut-elle se montrer,

Après cela? « Qu'en pourra-t-il penser?

Dit-elle en soi; et qu'est-ce qu'il lui semble ?

J'ai b! ::i manqué de courage et d'esprit! »

Incontinent , un excès de dépit

Saisit son cœur , et fait que la pauvrette

Tourne la tête , et vers le coin du lit

Se va cacher, pour dernière retraite.

Elle y voulut tenir bon, mais en vain ;

Ne lui restant que ce peu de terrain ,

La place fut incontinent rendue.

Le vainqueur l'eut à sa discrétion ;

Il en usa selon sa passion,

Et plus ne fut de larme répandue :

Honte cessa; scrupule autant en fit.

Heureux sont ceux qu'on trompe à leur profil !

L'aurore vint trop tôt pour Callimaquc ;

Trop tôt encor pour l'objet de ses vœux. « Il faut, dit-il, beaucoup plus d'une attaque- Contre un venin tenu si dangereux; »

1 Décidé par le sort.

Les jours suivants, notre couple amoureux Y sut pourvoir : l'époux ne tarda guères, Qu'il n'eût atteint tous ses autres confrères '. Pour ce coup-là, fallut se séparer.

L'amant courut chez soi se recoucher.

A peine au lit il s'étoit mis encore,

Que notre époux , joyeux et triomphant ,

Le va trouver , et lui conte comment

S'étoit passé le jus de mandragore.

a D'abord, dit-il, j'allois tout doucement

Auprès du lit écouter , si le sire

S'approcheroit, et s'il en voudroit dire :

Puis, je priai notre épouse tout bas

Qu'elle lui fit quelque peu de caresse,

Et ne craignît de gâter ses appas ;

G'étoit , au plus , une nuit d'embarras.

« Et ne pensez, ce lui dis-je, Lucrèce ,

» Ni l'un ni l'autre en ceci me tromper;

« Je saurai tout : Nice se peut vanter

» D'être homme à qui l'on n'en donne à garder;

» Vous savez bien qu'il y va de ma vie.

» N'allez donc point faire la renchérie;

y> Montrez par là que vous savez aimer

■» Votre mari, plus qu'on ne croit encore :

» C'est un beau champ. Que si cette pécore

» Fait le honteux, envoyez sans tarder

•a M'en avertir; car je me vais coucher;

» Et n'y manquez! Nous y mettrons bon ordre. »

Besoin n'en eut : tout fut bien jusqu'au bout.

Savez-vous bien que ce rustre y prit goût?

Le drôle avoit tantôt peine à démordre :

J'en ai pitié; je le plains , après tout.

N'y songeons plus; qu'il meure , et qu'on l'enterre;

1 C'est-à-dire : qu'il fut aussi cocu que pas un mari.

LES REMOIS. 185

Et quant à vous , venez nous voir souvent. Nargue de ceux qui me faisoient la guerre! Dans neuf mois d'hui, je leur livre un enfant.

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